27.11.2009

automne, salade !

 

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L'automne,
sa tombe !
Toujours
à l'heure

Quand lui
incombent
de nos
humeurs

le rire
qui plombe
le moindre
élan

est
des colombes
le
châtiment

L'automne ?
Salade !
C'est pain
béni

des ors,
parade
à feu
nourri

trésors,
myriades
aux yeux
jaillies

Oh !
camarade...
C'est
paradis !

Que jamais plus on n'en médise !

Je sais comment l'automne grise
- et joyeuse de l'âme
pas moins qu'été, Ma Dame,
les amours insoumises

 

3automn.jpg

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

24.11.2009

memorandum

Souvent stances
des remembrances
nous disent l’avent de l’apprêt ;
on y a vu des renaissances, allez

L’on… y a vu des renaissances
aller leur train cérémonial
courir au-devant des regrets
sentimentales

sentimentales élégances
enluminures des passés
dont on goûte la confiture
le doigt levé

Devant le tombeau des « soudain »
le mausolée des « Ainsi Donc »
pointe massif et valentin
son triste front

Ainsi front, front, front
foyer des prises de tête
du fond des cartons
déballant les amulettes
et des illusions
perdues pour la chansonnette
Ainsi donc, donc, donc
redorâtes vos blasons

Oui, bon… mais qu’on y entende
rejaillir à la demande
pluie féconde sur la lande
révoquant des parfums de tourbe
du souvenir fléchie la courbe
et la mémoire
s’invente des jeux de miroirs

Eh ! l’aujourd’hui aux habits clairs…
Enfile un gilet de patchwork
et parade, Capitaine Kirk !
de l’une à cette autre atmosphère
va-t-en masser de Mélusine
les pieds gluants de vaseline

C’est le bordel dans le chaos
Vénus et Mars ? au marigot !
Rêve parties, quittez les cloîtres !

Et puis la lune comme un goitre
adressant un dernier halo
au caniveau
s’emplâtre
d’un mur couvert de chaux l’albâtre

Oh, souvenstances rappellatoires
de nos dédales sémantiques
taillez-nous bien ces « quelque part »
à nos buissons dithyrambiques
que tous les plaints et les déliés
- biens hérités de nos fadaises,
y soient payés de nos « fort aise »
quand nous iront nous cache-cacher
au bois joli des parenthèses cultivées

Paradis minéralogique
des arbres généalogiques
où les histoires de familles
seront reçues, même en guenilles

en revanche, c’est tout l’enfer
de nos malheureux Alzheimer

Au gouffre ! les trous de mémoire
et autres cas rédhibitoires
des griffonnages illisibles
bloc_notes.jpgdes inconscient inaccessibles

Au brasero ! les futuristes
les incontinents optimistes
et des poètes de l’espoir
tous les pauvres nœuds au mouchoir

Sortis tous les Vade Mecum
faites place au long défilé
nom de nom d'un petit bonhomme
priorité des jubilés !

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

Quitte, Anse

EdvardMunch_1893.jpg

Et puis, dans un virage
cabré comme un présage nocturne
vint l’or, Anse
béant sa nonchalance au bras d’un ciel mort-né
recueillant des soleils fatigués
toutes les huiles lumineuses
attrayantes ! rieuses !
et partageant les eaux de la Baie des Gueuses

Il y eut comme un printemps à l’or
L’air charriant des rémanences fécondes
vibrillonnait l’onde
- la mer ouverte sous la nuit capitale
avec tous ses boutons d’or pâle,
des sourires vagues s’élargirent
sur le rivage où rebondir

Je descendis vers ce jeune et joyeux chaos
rajustant un peu mon manteau
- à l’épaule ample comme une aube
  et le col monté jusqu’au nez,
Je croyais qu’il pleuvrait
Il fallut donc qu’il pleuve, ah
(mais rien de cette pluie dont les arbres s’abreuvent)
ça ! il pleuvait, de la mer vers le ciel
de l’or de l’Anse l’hydromel

Main tendue paume à terre
je happais, je captais et saisis des lumières
qui sitôt m’échappaient et lâchaient dans le noir
une manière de rire bonsoir
laissant à l’autre dans le couloir une pensée
« Ça ! je l’aurais bien cherché ! »

« Te souviens-tu, semblait me dire
  cette pluie à n’en plus finir,
  Te souviens-tu de la jeunesse que tu m’as faite ?
  Oh, c’est pas tant de tes caresses
  - mais si, aussi, allez va !
  Rappelle-toi, du temps que j’étais à la fête
  l’ivresse que c’était
  ces mots que tu me destinais ».

Mince alors !
Qu’ai-je dit ?
Un trésor… ?

Puis le vent du dehors fraîchit
annonçant la fin de la nuit
l’or avait regagné les ciels
qui pointillaient à qui mieux-miel
(Ah, l’aurore !)

Je poursuivis ma cheminée
à contre-sens
plaidant une nouvelle danse
à rattraper

L’orient dans mon dos s’agitait
ayant tout bu de ton or, Anse
sans même t’en donner quittance
je m’en allai

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

20.11.2009

l'été des écharpes

Papillons-15.gifWere we there? / was it real? / is it truly how I feel? *

tu peux y aller, va
déchire-moi
arrache-moi des cordes le métal hurlant
explose-moi
vide-moi les yeux de ces chats-huants
qui brûlent
les replis déroutants
les recoins désolés de n'être pas assez déserts
où s'échardent
l'hier au menu du jour et celui d'avant
et s'attarde
l'écho maigre du vent sous la porte

allez vas-y, que ça sorte
creuse, creuse
tu sais où et comment trouver ta bienheureuse
ta plantureuse et savoureuse douloureuse... mais oui
tu sais, ta mélodie
alors, vas-y, va
fouille-moi
tu sais, là où ça gargouille au petit matin
grignotants, intestins,
le coq, la grenouille et le chien de concert
qui s'écartent devant la mer
et replient
Papillons-27.gifpéti péti
du jour avec la nuit le seul tapis

voilà, c'est ça, profond
attaque
les murs salés de la baraque à frire
sous l'arbre à pain, pleine face
gris sourire
vas-y, allez,
chamboule-moi la conserve
pille-moi la réserve
et répands ton butin partout bien dans verve an mwen
et puis roucoule que je m'écroule
quand le dernier vers éculé aura coulé à terre

vas-y, allez allez
chante
plante
tu sais, ta mélopée atlante
que j'aie la mémoire indécente
l'oubli serein, le ventre vain
et que j'écharpe ton écharpe à mon écharpe
dans le marin

when was that summer of a dozen words? *

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesKPapillons-15.gif

*lyrics from Paul McCartney's You Tell Me
Memory Almost Full, © 2008 Universal Music

(à découvrir ci-contre
dans la sélection audio Gris Sourire)

Papillons-49.gif

18.11.2009

morna i siesta

D'un geste tout s'arrête, un geste et tout reprend
amour et châtiment, un orage qui peste
nuées de fleurs au vent
et tes mains sinuant plus chaudes sous la veste
cependant qu'un funeste et lent revirement
au ciel qui déforeste
méticuleusement
de l'horizon boisé la ligne mollissant
passe
et du printemps délace
le gilet boutonnant

Mon cœur, c'est le moment de n'être pas en reste
Va, prendre ton content de durables langueurs
à cet apitoiement qui s'empare de l'heure
où la journée proteste
mais prise dans l'humeur vespérale du monde
sombre
sombre

Ah la la ! quelle oblongue et sinistre lueur
dégage ton regard lancé dans ce lointain
qui n'est pas plus certain que tous tes "quelque part"
sans plus de profondeur que tes vains "à demain"
- ils me disent d'attendre… alors je m’exécute
et bien à contrecœur je résigne mon sein
à souffrir en silence
à nouveau ton absence et le souffle marin

Mais voici le bon Chien sur son petit vélo
il m'offre de son dos la pelure miteuse
- ayant à quelque gueuse accordé son manteau,
que je le flatte un peu d'une main généreuse

Je connais ce manège et ses lampions nocturnes
- la meute qui bientôt me prendra pour cothurne
quand nous aurons chanté à la lune l'oubli
des femmes, de nos cœurs et jeté l'hallali
sur le quai des fortun's-du-pot
nous n'irons plus au bois mais boirons notre thune
notre saoûl et du reste le reste, tant pis!

Ah la la, non merci ! je retourne ma veste
où tes mains rejoindront les miennes pour la sieste

rolland-la-belle-endormie.jpg

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

illustrations
ci-dessus : Bernard ROLLAND, Belle endormie - 2003

ci-dessous : ... là ou presque

mido_paris_10_2009.JPG

mido, octobre 2009

 

(mékesskila)

Cette voix qu'il a
chaque fois qu'il a
affaire avec ses anges
me ronge, me dérange
me mange le foie

me couche à terre
contre la pierre
comme un pénitent gris

mais quoi ?

briser la glace
à pleine face
et confondre sa nuit ?

moi qui n'ai que le jour
et mes yeux de velours...

Cette voix qu'il a
chaque fois qu'il a
rattrapé un fantôme
il pleut d'entre ses paumes
le sang des rois

il pleut des madeleines
sur les campagnes vaines
où fanent les dimanches

et quoi !

le jardinier
s'en est allé
ailleurs trousser ses manches

et moi qui n'entends rien
aux choses du jardin...

Ce regard qu'il a
chaque fois qu'il a
une ombre à la fenêtre
je pourrais disparaître
entre ses pas

m'emporte l'âme
comme une lame
affole l'océan

et puis retombe
dans cette combe
où dorment des géants

et moi si jeune encore
vibrant de tout mon corps...

Oh, regarde-moi
Oh, embrasse-moi
je suis la vie aimante

Oh, épouse-moi
Oh, célèbre-moi
et que tout me contente

D'un geste
un mot de toi

 

 

aLaPlume.JPG

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

15.11.2009

infortunée tourterelle

Bonjour à vous, mademoiselle Aux Petits Pas Pressés
bourgeoise tourterelle
qui n'a pas roucoulé

Et bonjour à Madam'-Vot'-Mère; à trotter après vous
l'aura mal aux genoux
et vous le paierez cher

Que restez-vous sur ce parvis toute cloche et boudeuse
dans ce long fourreau gris
la jambe malheureuse ?

C'est des jours à courir au lac avec ses congénères
à tournoyer dans l'air
la chemise ou le sac

Votre jeunesse est là rieuse, espiègle ou délurée
Que n'allez-vous, peureuse !
vous la rabibocher  ?

Ce cœur ganté comme il se doit, le doigt sur la coutume
c'est plus de l'amertume
c'est du ver dans le bois

Allons, donnez-moi votre plume; appelez-moi Pierrot
Bientôt sous d'autres lumes
vous toucherai d'un mot

Dame ! à la fortun' du pot…

 

 

demoiselle1.jpg

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

11.11.2009

lot commun, cycle sans fin

Ah oui, la vie
  ce train qui passe
le jour, la nuit
  la ville lasse
  et la suivante
  et la prochaine
s'enchaînent toute la semaine
  un trait tiré sur les campagnes
  vaines, lentes
  et dormant son content sous la poutre apparente
et puis, sans crier gare
vous laisse quelque part

Ah, bien... la mort
  j'en rêve alors
les doigts pris dans le crâne
je m'interroge l'âme

Eh, dis ! mon âme
  quel est ton réconfort ?

Cette bouche ?
  Cette oreille ?
    Cet œil où le soleil apprend qu'il est midi ?
      Cette chanson sous le ciel gris ?

Quoi, donc ?
  réponds, mon âme... réponds...

La vie, peut-être
  si c'est la vie que mettre
  un mot nouveau dans le dernier regard
  une inconnue sur le compte des jours
  une main dans la main qui s'offre par amour
  un sourire à ce visage ami qui revient

- Alors... il faut donc vivre ?
- C'est le lot.
- ...et cette route à suivre ?
- C'est de l'eau.

- Ah... de l'eau, oui
  de l'eau comme à la source, alors
  de l'eau comme un trésor

Oui,
l'eau comme un fleuve l'emporte
  et charrie sur son dos un rang de feuilles mortes
l'eau comme un long murmure
  où le souffle du vent trouve sa tessiture
l'eau comme un vif élan
  qui révèle la terre et tout son mouvement
l'eau comme un verre de vin
  et ses chants d'amitiés enthousiastes
  qui refondent la nuit, le jour et tous les fastes
l'eau comme un cycle sans fin

Ah oui, la vie alors
...d'accord

Corinne AUDRIX, Couple au bord du fleuve

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustation :

Corinne AUDRIX, Couple au bord du fleuve - 2007.

08.11.2009

dernier regard

Des yeux ce qu'il me faut - sais-tu ?
c'est la bouche qui tremble dessous
et semble ne connaître plus
les mots qui lui ressemblent...

Des yeux, ce qui me va - tu sais,
c'est ce petit regard en biais
de ses volets mi-clos s'élance
nouvelle, une appétence...

Des yeux, ce qu'il me reste - enfin !
c'est l'espace réduit soudain
à ce dernier mot dit
que déjà l'on oublie
et fait place au festin qui nous lie

Chaque fois que je t'ai quittée
ce sont tes yeux qui m'ont manqué
   ton cul, d'accord
   tes mains aussi
   ton rire encore
   ta voix, pardi !
mais tes yeux - tes yeux, mon amie
sans eux comme je perds la vie

   tes yeux taiseux ou volubiles
   tes yeux amoureux ou tranquilles
   tes yeux d'avant, tes yeux d'apprêt
   (oui, ces lunettes sur ton nez)
   tes yeux brûlés à nos fatigues
   tes yeux griffés d'un sang de figue
   tes yeux attachés à mon pas
   tes yeux qui ne m'oublieront pas

tes yeux de tous les yeux les phares
je les veux pour dernier regard.

tinchuimor.jpg

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

Élections

(suffrage par ciel)

coin2.jpgà Jérôme FANSTEN et Sofia COPPOLA

Et puis, rentrés chez eux, ils avaient tout béni
les arbres, le repas, la chambre des petits
avec dans leurs mains jointes
une blancheur de plinthe
qui fait ce beau sourire en coin au bas du mur

On était vendredi, samedi ou dimanche
enfin, un de ces jours qui comptent sous le ciel
un jour en robe blanche
- ou pivoine... ou pervenche,
brillant comme du miel jusqu'au bout des chaussures

Et comme il faisait bon, ils sont restés un peu
à parler des voisins, à rallumer le feu
avec le menton lourd
des largesses du jour
qu'ils savaient méritées après force rigueurs

Le grand Lui, le grand On et tout son tralala
emplissait la raison d'être de ce goût-là
qui vous rend bien meilleur
que les autres ailleurs
puisqu'Il les assurait de son divin Amour

Et rien ne sera dit d'autre que Sa Parole
et les enfants iront dès demain à l'école
avec tous leurs semblables
et pénibles cartables
emplis jusqu'à ras bord du Devoir Accompli

C'était le moins, le mieux et le bien entendu
que de baisser les yeux et de n'en parler plus
il n'était que de vivre
le Jugement du Livre
aurait le Dernier Mot et tout serait guéri

Oh, la Miséricorde ! Oh, Vierges par milliers !
Oh, Tout ! le Sacrifice et le sang du Bélier
pour le service d'ordre
pour les pommes à mordre
pour le juste retour des Justes d'Entre Nous

Ah, ça valait peine
de garder le secret de toute la semaine
et d'aller dans la Paix de sa nature humaine
participer de l'Œuvre
Totale... Finale... et si impénétrable
que c'en est confortable pour l'humilité

Ah, plaisir d'élection que toute Sa Beauté !
Demain dans le journal tout sera bel et bon
fatal et pardonné
la page tournée

vu à Belgrade

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

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