07.09.2009

L'ABECEDAIRE poLétique

Duguesclin2.JPGŒuvre de pédagogie légère sensée démontrer avec bonheur combien la poLésie a son terme ancré dans le quotidien ; où l’on verra en outre tout l’intérêt de conserver par devers soi les ouvrages et essais littéraires, les recueils de poésie et ses vieux manuels de littérature française qui nous ont tant pourri la vie scolaire.

 

 

 

Epigraphe incipitatif aux fins de caution littéralesque :

« Ce n’est pas la station debout permanente qui a séparé l’homme du singe, c’est la poésie » Charles Dantzig, Dictionnaire égoïste de la littérature française – © Éditions Grasset et Fasquelle, 2005.

 

AU SOMMAIRE DE L'ABECEDAIRE POLETIQUE :

 

 

AVANT-PROPOS INTRODUCTIF EN MANIERE D'EXERGUE :

J’avoue avoir choisi cette forme catégorique par lâche concession faite à l’actuelle pression qu’exerce sur les individus certaine gestion du temps qui se prétend moderne et pragmatique. Alliage des fonctions contradictoires de la lecture documentaire et de la contemplation poétique, cet ouvrage (un mictionnaire de poLétique ?) recèle de miens écrits originaux suivis de citations d’auteurs pertinemment décédés pour la plupart – ce qui ajoute au caractère péremptoire de mes choix et permettra au lecteur avisé de s’exclamer ici ou là « ah oui tiens, ça je connais ».

 

Alors, de la pourriture didactique qui nous les avaient rendues indigestes, je gage que nous verrons, après cet exercice, refleurir nos parcs de leurs nourritures terrestres.

 

reading.gifAh, et puis si on vous le demande : le L dans « poLésie », ça veut dire ludique, donc.

PoLétiquement vôtre,

tiniak.

 

 

 

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Avec, par ordre alphabétique d’apparition magnifiante :

Allais
Apollinaire
Aveline
Barbey D’Aurevilly
Barjavel
Barrès
Bernard
Boyer
Breton
Cadou
Cendrars
Charef
Cocteau
Cohen
Cros
Dac & Blanche
De Beauvoir
De Navarre
De Noailles
Deleuze
Destouches
Devos
Dovalle
Duby
Eluard
Fargue
Follain
Gautier
Gélis
Giono
Giraudoux
Goll
Grécourt
Hugo
Ionesco
Jacob
Jarry
La Fontaine
Laforgue
Lamartine
Lapointe
Leduc
Malet
Malherbe
Mallarmé
Malraux
Marinier
Martin du Gard
Michaux
Michel
Montaigne
Moréas
Neveu
Pennac
Péret
Pieyre de Mandiargues
Ponti
Queneau
Reine Margot
Reverdy
Rimbaud
Rochefort
Roy
Saint-Exupéry
Saint-John Perse
Samain
Sarraute
Sartre
Schwob
Senghor
Soupault
Supervielle
Thérèse de Lisieux
Thiry
Toulet
Valade
Vargas
Verhaeren
Verlaine
Vian
Vildrac
Wittig
Yourcenar

 

 

 

*poLèmes précédemment parus sur http://pavupapri.hautetfort.com

Le Bel Aujourd'hui en PoLésie (I & II) ©2007-2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

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allez... pour les pointilleux, les références des textes cités dans sont compilés à l'index de ce mictionnaire poLétique

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LES VERBES HAUTS

Les verbes hauts
de l'abécédaire poLétique


Conjuguant l’action et la réflexion, les verbes hauts portent haut les couleurs du récit. Grâce à eux, quelles que soient sa fonction ou son genre, sa teneur s’écarte des chemins de basse-fosse où versent trop souvent le pamphlet qui mène sa charge, le pédant qui pérore, le pompier qui ne tarit plus d’éloge, et le parnassien qui contemple.
Ayons donc quelque indulgence pour ceux d’entre eux qui désuètent, ou surannent... n'allons pas trop vite leur prêter des intentions péremptoires ou un caractère élitiste. Désignons-les plutôt par ce à quoi ils prétendent : une certaine hauteur de l’esprit.

  • ABC á clic
    adorer - briquer - caresser
  • DEF á clic
    donner* - espérer - fleurir
  • GHI á clic
    gémir - hypothéquer - inonder
  • JKL á clic
    jouer - lire
  • MNO á clic
    mourir - naître* - oser
  • PQR á clic
    plaire quitter - révoquer
  • STU á clic
    savoir - tancer - unir
  • VW á clic
    voiler
  • XYZ á clic
    zigzaguer

Avec, par ordre d’apparition volubile :
Monsieur Léon-Paul Fargue ; Monsieur Claude Ponti ; Monsieur André Pieyre de Mandiargues ; Monsieur Marcel Thiry ; Mademoiselle Frédérique Audouin-Rouzeau (dite Fred Vargas) ; Monsieur René Barjavel ; Monsieur Alphonse Allais ; Monsieur Michel de Montaigne ; Monsieur René-Guy Cadou ; Monsieur Robert (dit Boby, aussi dit Robert Foulcan) Lapointe ; Madame Monique Wittig ; Madame Anna (de Brancovan, comtesse) de Noailles ; Monsieur Jean Cocteau ; Monsieur Albert Cohen ; Monsieur Jean Giraudoux ; Monsieur Léon-Paul Fargue ; Madame Marguerite de Navarre ; Monsieur Léopold-Sédar Senghor ; Monsieur Mehdi Charef ; Monsieur Albert Samain ; Monsieur Isaac Lang (dit Ivan Goll) ; Monsieur Claude (né Evgen Atsine) Aveline.

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

 

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Aussi au sommaire de l’abécédaire poLétique :
Des noms communs
Des substantifs peu ordinaires
Des adjectifs épithètes
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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

verbes hauts (abc)

adorer :
 Il n’est pas d’ici ou d’ailleurs rien que j’adore
 plus que ton pas venant à moi dans le silence
 ainsi qu’en ce moment tout ce à quoi je pense
 est contenu dans ce feulement que j’implore

 Il n’est pas d’avant ni d’après que cette vie
 où le soleil ne luit que pour créer ton ombre
 et la nuit dévoile ces étoiles en nombre
 pour éclairer ton rêve où s’abreuve la pluie

 Toute chose reste sans nom sans ta parole
 rien d’agréable qui ne vaille ton sourire
 auprès de toi l’arbre entend comme l’on respire
 la vérité même semble être à bonne école

 Dire que tu m’es tout n’est rien
 si ton destin n’est pas le mien
 je m’en retourne avec les chiens dans la ruelle
 
 Et quand tu sortiras le tien
 trottinant au bout de son lien
 je dirai aux miens : ma maîtresse, c’était elle.
; vouer une passion, un culte à quelque objet qui nous occulte.
- J'adore les huîtres : on a l'impression d'embrasser la mer sur la bouche [Léon-Paul Fargue].

briquer :
 Allons, briquons, mon bon ami
 ci les marches du palais rose
 la Madelon a tant servi
 qu’on y a pissé quelque chose

 Et si l’on doit pousser demain
 la populaire chansonnette
 aucune rose, c’est certain
 ne s’y lerrait conter fleurette

 Fi qu’on nous tienne pour des cons
 gardons sauf notre bel adage
 selon quoi tout finit chanson
 ménageons point notre courage

 Il en va de la Nation
 comme de la paix des ménages
 Allons, mon bon ami, allons
 briquons ! briquons !
; tâcher de me rendre tout ça tout propre et en moins d’deux, je veux !
- La porte a parlé (…) On l'a nettoyée, briquée, graissée, huilée partout où on pouvait. On a versé du pétrole dans la serrure et on lui a laissé le temps de comprendre. [Claude Ponti].

caresser :
 D’espoir on ne caresse pas
 plus que du doigt ne touchera
 la vérité des anges

 Mais que cela n’empêche pas
 qu’on espère et recherche la
 compagnie de l’étrange
; imiter de la main (ou tout autre pareil aimable) le vent dans la fourrure pour apprivoiser de l’autre l’être, procéder de même de l’esprit sur l’idée (ou toute autre pareil objet).
- Ses mains avaient remué premièrement, et elles lui avaient rendu le sentiment de son corps en se portant sur ses petits seins, en caressant son ventre avec amitié, en parcourant tout le beau domaine lisse dont il lui semblait qu'elle s'était retirée pour se concentrer uniquement dans sa tête. " je ne me hais pas", avait-elle pensé encore [André Pieyre de Mandiargues].

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

HUITRE_2.JPG

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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

verbes hauts (def)

donner *:
 Nuage, sans visage et sans nom
 tu forces mon admiration
 je te contemple et je voyage
 sur tes volutes de coton
 je m'obstine à te reconnaître
 à te nommer, à te faire être
 monstre, divagation
 en abusant à ton passage
 mon imagination volage

 Nuage, clé des songes
 presse ma vue comme une éponge

 Nuage, rêve en plein jour
 donne à mon esprit libre cours
; faire exactement le contraire du mondain qui reçoit.
- Les dames donnent, c’est leur nom en italien, / L’une qui laisse voir une mouche à son sein, / L’une qui marche comme on danse ou l’on encense… [Marcel Thiry].

espérer :
 Porte close vibre

 Oh ! mon amour, mon bel amour
 viens, je t'en prie
 et vois ce que j'ai là pour toi
 ce que j'ai pris
 
 Elle est à toi comme jamais
 je ne le puis
 c'est une tendre fleur des bois
 que j'ai cueillie

 Porte close geint
 
 Oh ! mon amour, mon bel amour
 veux-tu entendre
 de ma douleur le chant qui te dit
 viens me prendre

 Oh, mon seigneur ! Oh, mon malheur !
 Oh, ma lubie
 ne reste pas aveugle et sourde
 à ma folie
 
 Porte close nuit
 
 Oh ! mon soleil, mon doux réveil
 mon cher festin
 vois combien mon souffle est pareil
 à ton destin
 
 Oh, mon idole ! Oh, mon école
 des Enfers
 poison de mon sang qui s'affole
 je t'espère
 
 Porte close feint
 
 Ah, mon fidèle ! Ah, mon cruel
 te voilà donc
 Ah ! mon néant, tu m'ensorcelles
 Cupidon !
 
 Ah, mon bonheur ! Ah, mon ardeur !
 Ah, ma furie !
 Ah, mon adorable grenouille
 au fond du puits
; remettre à plus tard ce que l’on souhaite à présent.
- Il faut signaler que l'âme humaine, qu'elle soit bantoue ou de la ferme Desmonchel (Villiers d'Écaudart, Haute-Normandie) est la même partout, j'espère que tout le monde le sait [Fred Vargas].

 

fleurir :
 Elle a germé entre nos doigts ta nouvelle assurance
 quand j’ai laissé ta main sur moi éprouver mon désir
 et que nous avons accordé de pleines résonances
 nos mouvements et nos élans sans craindre de folir

 Elle a fleuri entre nos doigts ta liberté nouvelle
 quand j’ai laissé ta main sur toi promener à plaisir
 et regagner parmi la soie le précieux hydromel
 avant de partager la joie d’aller le recueillir

 Maintenant tu goûtes des fruits dorés à même l’arbre
 les saveurs et le jus sertis dans son plateau de chair
 et prends de l’atmosphère et l’ombre et tout le charme

 Et je sais que dès aujourd’hui je ne suis que poussière
 craignant de n’être déjà plus demain l’objet des larmes
 qu’à l’issue du vacarme, je t’arrachais naguère.
; faire éclater une brillante promotion à la boutonnière.
-…il créa une rose dont la forme et la couleur varient d’heure en heure et qui ne vit qu’une journée. elle fleurit encore en Angleterre. Les Anglais la nomment Yesterday [René Barjavel].

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

 

fleur1min.jpg

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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK 

verbes hauts (ghi)

gémir :
 Patientes patientes,
 dans la salle d’attente
 la petite Flore et sa mère…
 l’une un bonbon à la menthe
 l’autre une lèvre amère
 bien en bouche, bien en chair.

 - Entrez, entrez, fait le bon docteur,
 asseyez-vous, mets-toi donc ici ;
 raconte-moi ton malheur,
 il n’en est pas de petit.

 L’enfant ne dit mot, la mère parle
 - C’est, gémit-elle, que mon Charles
 l’a vue plantant dans le jardin
 une croix de fer de ses mains
 et mugissant tout à la ronde :
 « Ci-gît c’monde ! Ci-gît c’monde ! »
; exprimer son malaise, un violon grinçant dans la voix.
- Chaque fois que les gens découvrent son mensonge, / Le châtiment lui vient, par la colère accru. / " Je suis cuit, je suis cuit ! " gémit-il comme en songe. // Le menteur n'est jamais cru. [Alphonse Allais].

hypothéquer :
 Sur le fleuve un hippopotame
 évolue dans son élément
 plus aisément que vous, madame
 auprès de votre amant

 Il est Américain, madame,
 quand vous êtes Française
 et ne quitte sa chaise
 que pour voler votre âme

 Il ignore que son base-ball
 lui vient de notre thèque
 et croit que les Aztèques
 ont envahi la Gaule

 Je vois que vous l’aimez, madame
 pour ce qu’il vous délivre
 de ces mots de vos livres
 la puissance des flammes

 Lors - vous y revenez toujours,
 la bibliothèque est
 où vous hypothéquez
 d’autres folles amours

 Près du fleuve l’hippopotame
 s’ébroue et marche pesamment
 que n’êtes vous tentée, madame
 d’en faire autant ?
; gager d’aujourd’hui le présent à l’usure pour un cadeau futur.
- Il faut mesnager la liberté de nostre âme et ne l’hypothéquer qu’aux occasions justes [Montaigne].

inonder :
 l’ombre ayant tant molli
 ces jours derniers
 elle inonde la cour
 et son pavé

 je t’y attends toujours
 mon seul et bel amour
 accroupi sur le mur voisin

 et la nuit qui s’installe
 accuse encor le mal
 de n’être jamais qu’un gamin.
; verser à l’excès dans n’importe quoi (pour le seul plaisir de se mouiller ?).
- O sang frais du matin inonde mon visage / Homme jamais aimé demeure mon tourment / Je cherche dans ma nuit des rêves de mon âge / Qui me rendra jamais mon butin de froment ? [René-Guy Cadou].

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

Hippopotame2.jpg

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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK 

verbes hauts (jkl)

jouer :
 pour ne pas jouer avec le feu
 il faudrait être sot
 comme un seau vide d’ohs et d’ahs
 mais rempli d’eau

 pour ne pas bousculer le sort
 il faudrait être chat
 pas comme un fringant chamois d’or
 mais bête chat

 pour ne pas déranger pépère
 il faudrait être mûre
 pas de ces tristes murs de pierre
 mais mûres mûres

 et pour ne pas tenter le diable
 il faut… je ne sais quoi
 - une âme pure et vénérable ?
 ce n’est pas moi !
; réinvestir l’acquis concret dans un espace imaginaire où fonder à loisir le réel à nouveau.
- Avec le violon, il faut choisir : ou bien tu joues juste, ou bien tu joues tzigane [Boby Lapointe].

[k]

lire :
 délire tes yeux
 c’est boire une noisette
 un chocolat crémeux
 et s’en faire une fête

 et prolonger la fête
 à lire au fond des tasses
 où de tendres promesses passent

 délire tes mains
 c’est voler aux oiseaux
 les plumes du matin
 et tous leurs trémolos

 et de ces trémolos
 vibrant au bout des doigts
 s’assurer qu’on n’aura pas froid

 délire le monde
 c’est repeindre la terre
 sa pierre plate et ronde
 est un galet dans l’air

 et ce galet dans l’air
 trace des ricochets
 sur l’onde où je t’ai retrouvée
; prendre du sens avec les yeux de l’âme.
- On lit des phrases entières. Ma sœur les écrit au tableau. Le tisserand tisse la toile. Les tuiles du toit tiendront tout l’été. Elle suit chaque syllabe avec le bout de la règle en bois. Ma sœur dit répétez avec moi,… [Monique Wittig].

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

 spichka.gif

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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

verbes hauts (mno)

mourir :
 Combien de fois, allez, t’aurais-je entendu dire
 mon cœur, je veux mourir
 et sitôt rebondir de puérile vigueur
 
 Tu me fatigues, allez, de là je crains le pire
 ma peine : de finir
 dans un affreux soupir sans savoir à quelle heure

 La triste vanité de cet obscur empire
 qu’un rémanent désir
 porte jusqu’au loisir de jouir du bonheur

 Quand je peux m’enivrer du plus simple plaisir
 d’un jour s’entendre dire
 qu’il est bon de chérir ton âme et ton odeur
; finir ses devoirs quotidiens en renonçant à en connaître la note.
- Mourir, baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage,  / Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts, / Se mêlant à l'antique et naissant univers, / Ayant en même temps sa jeunesse et son âge  [Anna de Noailles].

naître* :
 J'avais un père mettable
 qui me fit naître impaire
 en s'étant mis minable
 un jour avec ma mère

 Je suis un père rieux
 flanqué de deux nuages
 l'une marron et bleu
 l'autre pas davantage

 Faut-il qu'un père l'ait manqué
 même d'un saut de puce
 le courage a jeté
 la sienne dans ce bus
 qui s'éternise au loin ?

 L'un perd, l'autre gagne
 sa rive inexplorée
 Un père-île s'éloigne
 ça arrive, tu sais

 Tant père le fil déroule
 qu'à la fin il se brise
 Des deux laquelle viendra
 lui loger une bise
 avant trop tard déjà ?

 Pas terne, austère
 ce que Pater n'ose taire...

 père mise
 erre
 habilite
 et
 meurt

 sentez!
 mes fleurs chanter
; échapper au néant, rejoindre sa nature, y tenter l’aventure, et retour à zéro.
- Paris de ta triste asphalte / on me croît être le fils / Et naître crapauds et lys / Du silence de mes haltes [Jean Cocteau].

oser :
 Ne couvre pas de rose
 ton sein qui là repose
 si j’osais

 J’en blanchirais l’osmose
 et ta gorge déclose
 brûlerait

 Quand le doigt qui l’arrose
 d’infertile lactose
 goutterait

 Mais ce désir implose
 ton somme lui impose
 le secret
; agir enfin en accord avec soi, de là, réaliser un vœu, joindre le geste à la parole…
- A deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n'avait pas osé. Maintenant, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l'aimerait [Albert Cohen].

 

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

teddy_bobineG.jpg

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tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

verbes hauts (pqr)

plaire :
 Il me plaît qu’il ait plu avant la nuit venue
 étouffer dans la gorge mes songes
 le pavé roucoule un mensonge
 au brillant d’une lame nue
 
 Tu n’as pas reparu et ne paraîtras plus
 trottinant vivement dans le square
 à ton cou la tulipe noire
 vague de jais borde l’écru

 Ainsi ai-je connu que tu ne l’aimais plus
 notre fol écrin de turbulences
 où nous apprivoisions la danse
 enivrés de chair et de jus

 Il pleut encor, mon cœur, sais-tu ?
 et longue la nuit commence
; être agréable au point de séduire et réciproquement.
- Si le mot plaire ne vient pas seulement du mot plaisir, mais du mot biche en émoi, du mot amande en fleur, Alcmène, tu me plais [Jean Giraudoux].

quitter :
 Pour une gorgée d'hydromel
 pour un plongeon dans l'aube bleue
 pour un envol parmi les fous
 pour un vers dit dans le marin

 Pour une simple goutte même
 pour un seul rais entre les yeux
 pour un semblant de duvet doux
 un dernier cri de mon chant plein

 Boire à la source de ton sein
 jaillir depuis la rive atlante
 raser la paroi des falaises
 être un écho à ton appel

 Plutôt que de damner un saint
 plutôt que revisiter Dante
 plutôt qu'un saut dans la fournaise
 puisqu'il n'est de péché mortel :

 je me quitte

 Le goût du sang m'est odieux
 mais le vertige délicieux
 c'est les mains riches de parole
 que je veux vivre libre et fol

 et m'être quitte
; ne laisser pour solde de tout compte que la résolution à l’absence et celle de dettes.
- Fais-moi quitter mon corps visible (…) / Ma vie est le rêve d'un rêve / Hanté de fantômes trop tendres[Léon-Paul Fargue].

révoquer :
 Deux tableaux se font face
 l'un grisonnant, l'autre vivace ;
 ce qui se passe entre eux
  - je l'observe, ne saute pas aux yeux
 et comme ils parlent peu
 il me faut deviner leur dialogue discret
 
 Le naturel de l'un semble incommoder l'autre
 dont le sourcil arqué, torse, froissé, se vautre
 sous la paroi exsangue du front inquiet
 grogne, rogne à la base du nez la trogne
 d'un coup de griffe de jais

 appelons-le Visage
 (malgré son teint de pitre)
 
 Une France de rois pourrait mener sa courre
 par les allées du bois que celui-là présente
 à travers les frimas une frondaison lente
 révoque le regain de plus franches amours
 dans l'or timide et pâle d'une aube naissante

 nommons-le Paysage
 (d'ailleurs, c'est dans le titre)

 Comme tout les oppose
 je ne sais pas trancher où va ma préférence
 à cette austère pose ? à ces luminescences ?
 je n'ose... je balance...

 Tu m'es plaisant, Visage, avec ta mine sombre
 il y a du ridicule à ta colère noire,
 tandis que ta tristesse nourrit quelque espoir
 forêt de Paysage où s'effacent les ombres

 Je ne veux pas choisir, laisse ouverte la porte
 et mon âme bondir dans ces natures fortes.
; rappeler à son (bon ?) souvenir ; où renier n’est pas jouer.
- Plus je me tais et plus je suis marrie, / Car ma mémoire, en pensant, me révoque / Tous mes ennuis, dont je me moque [Marguerite de Navarre].

* poLèmes précédemment parus sur pavupapri

(ié soui fou dé) sula bassanus

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verbes hauts (stu)

savoir :
 A quoi bon dire ce que l’on sait
 quand il nous faut toujours apprendre
 et qu’il reste tant à comprendre
 et qu’on n’atteint jamais le vrai.
 
 J’aime autant redire ce que je vois
 ce que je ressens à travers toi
 ou ce que je peux toucher du doigt…
 De toutes ne prends qu’une loi :

 «  Je sais bien que je ne sais pas »

 Mais : je rêve ; il me semble ;
 et : si nous marchions ensemble.
; c’est selon, croire ou connaître, grâce ou vanité de l’être.
- Je ne sais en quels Temps c'était, je confonds toujours l'Enfance et l'Eden [Léopold-Sédar Senghor].

tancer :
 Pan ! Pan ! Cul ! Cul !
 C’est la danse, c’est la danse
 Pan ! Pan ! Cul ! Cul !
 C’est la danse des fessues
 
 Cul ! Cul ! Pan ! Pan !
 C’est la ronde, c’est la ronde
 Cul ! Cul ! Pan ! Pan !
 C’est la ronde des nian-nians

 Tireli pon pon
 garde-la bien offerte
 Tireli pon pon
 garde-la bien ouverte

 Tireli pon pon han han
 donnez-moi du bois et du bien vert
 Tireli pon pon han han
 que je la tance vertement

 Tireli pon pon han han
 donnez-moi du bois et du bien vert
 Tireli pon pon han han
 que je la tance vertement

 Pan ! Pan ! Cul ! Cul !
 C’est la danse, c’est la danse
 Pan ! Pan ! Cul ! Cul !
 C’est la danse des fessues

 Cul ! Cul ! Pan ! Pan !
 C’est la ronde, c’est la ronde
 Cul ! Cul ! Pan ! Pan !
 la ronde des culs béants
; action violente, consistant à réprimander vertement qqn sous l’effet d’une colère noire ; mettre une danse à la teutonne.
-…elle se met en colère, et dans ces cas-là ses origines africaines prennent le dessus, elle tance en arabe [Mehdi Charef].

unir :
 Dans l’univers et son grand huit
 que mon regard époussète
 j’unirai mon abscisse
 à son grand dessein
 afin de battre
 l’air à froid
 - ’de dieu !
 hein ?
; rassembler de la façon la plus confondante.
- Musique, c'est ton eau seule qui désaltère ; / Et l'âme va d'instinct se fondre en ton mystère, / Comme la lèvre vient à la lèvre s'unir [Albert Samain].

 * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

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verbes hauts (vw)

voiler :
 Un sommeil amène
 la voile de nos yeux
 qu’un regard en peine
 empanne près du port

 Il n’est de sirène
 qui n’ait de triste sort
 ni de capitaine
 qui meure sous les cieux

 Une ombre formelle
 éponge l’océan
 penniforme ombrelle
 signe la fin des temps.
; tisser le masque désuet de la honte sur un secret objet de fierté ridicule, ce qui fait ostensiblement injure à la liberté de l’œil.
- Et quand j’y lance l’appât d’une seule parole / Tes yeux se rident se brisent de petits sourires / Et se voilent soudain de mes désirs [Ivan Goll].

[w]

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