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strabismes

  • Ève de Paris

    Elle n'est plus d'ici et ne va nulle part
    Dans l'ombre qui l'attend, le pavé s'adoucit
    A sa hanche balance une histoire sous pli
    et l'ombre qui la suit déploie son avatar

    Voluptueuse finesse à la souple enjambée
    elle couve, au secret, ourlé dans un soupir
    au creux de sa poignée, un pétrin de désir
    qui lui presse l'allure et le cheveu trempé

    Elle marque un arrêt à la croisée des rues
    (deux ou trois pas de plus, c'est quitter la lumière
    où sèche la chaussée et qu'absorbe le vert)
    l'instant est adorable et le chemin couru

    Des années ont passé sur la Butte Montmartre
    Elle en révoque et l'heur et les heures douceâtres

    Peu de gens, à présent, lui seraient familiers
    comme, dans son carnet, les noms qu'elle murmure
    en caressant du doigt quelques points de suture
    que certains lui auront laissé sous le poignet

    Allons, il faut poursuivre et finir à bon port
    le café va rouvrir pour la session nocturne
    avec ses habitués, étudiants z'et cothurnes
    venus broyer l'ennui en parlant tôt et fort

    Rue Norvins, tout du long, jusqu'à Place du Tertre
    et puis couper, plein sud, vers la rue Gabrielle
    De fantômes parfums lui redonnent des ailes
    Elle est dans la ruelle et peut tout reconnaître

    Il est de ces endroits où l'on est à son aise
    comme en ces vêtements qu'on n'a pas su jeter
    comme dans les vieux plis d'un trop vieux canapé
    qui vous redonnent foi, vous ravivent la braise

    Seule avec son secret, enfin, elle entre ici
    vient s'asseoir à ce banc, le dos à la fenêtre
    face à moi; aussitôt, nos deux mains s'enchevêtrent
    dans un frais sourire, au Rendez-vous des Amis

    Atteindre l'original chez célestine ☆... woup !

     tiniak ©2018 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    inspiré d'un poème et de son illustration publiés sur son blog par  Célestine ☆

  • Le Grand Pardon

    Je goûte un tofu débridé
    à bout de doigt d'une geekette
    attachée à son SkyPerfect
    comme à sa toile une araignée

    J'éprouve un croquant de bêtise
    - à m'en faire cabrer le dos
    vers cette fille de négro
    qui refuse que l'on l'excise !

    Je vois tomber, comme des choux
    à la crème sur mon NetFlix
    des mots navrant - jusqu'à la rixe!
    une paix possible à bas coup

    J'entends des chansons d'un autre âge
    plaider la Bonne Volonté
    (honnie par Google ou FB)
    se raccrocher à quelques plages

    Je sens, à nouveau, la fumée
    monter de certains fours - ignobles !
    masquer la joie de nos vignobles
    L'heure est-elle à tout pardonner ?

    Mais non, Ménon !
    Puisqu'il nous faut rester sensibles
    à l'éperdu, à l'indicible...
    Soyons ! Rêvons !

    Offrons nos corps
    pas aux bûchets des matadors
    à 'Notre Petite Compagne'...
    Que Joie nous gagne !!

    Et, d'un sourire
    offert à l'inconnu qui vient
    montrer comme se tend la main
    - sans coup férir !
    devant les babines des chiens
    assénant : "...de pardon ? tintin !"


    tiniak ©2017 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Chair ? Paliers !

    Leur pas dans l'escalier évoque un bruit de bottes...
    Ils sont si familiers des parades obscures
    que peut leur chaut d'aller se cogner dans les murs
    Ils baillent leurs versets à des corneilles sottes

    Elle a le cheveu souple (et ça lui coûte un bras !)
    la daronne du poulpe, aux yeux jeunes encore
    pour preuve, l'iris vert dont la prunelle implore
    une passion sans coulpe avec le gars d'en bas

    Venu, d'On-Ne-Sait-Z'où, la cravate défaite
    le genre sans le sou, mais le port fier et glabre
    suivant l'aléatoire veinure des marbres
    d'un doigt, il s'en va relever sa boîte aux lettres

    Il semble m'éviter, ce regard en approche...
    Cherche l'autre côté, n'y trouve rien, s'égare
    au moment de croiser, prétend un pur hasard
    et sonde et s'interroge et rentre dans sa poche

    Ah, voici le crapaud, qui parle, parle tant
    (plus fort que la phtisie qui lui ronge le pot)
    d'icelle, d'icelui, qu'il oublie son mégot
    et crache, au marigot, sa colère sans dent

    Tout lui semble incongru, violent, inaccessible
    (elle n'a rien connu des bégueules ivresses)
    elle est bientôt rendue à ses veules paresses
    mais elle hésite un peu car je la prends pour cible

    Holistique fourmi des songes parcellaires
    tu viens jouer aux échecs à l'heure où tout est dit
    et des prises de becs, et des salmigondis
    partie pour mendier, partie pour battre fer

    Arg, üsh ! Dans l'ascenseur, ça ne sent pas la rose...
    Que fait Jack L'Eventreur ? (la police est trop tendre !)
    Je ne vais pas grimper ces marches sans m'étendre
    - allez ! en quelque vers...- sur de suaves nécroses ?

    Nan ! Vraiment pas, ma chair...! Ah, plutôt tout détruire
    que brosser un portrait, une marche, un miroir
    sans pondre une clameur par ces sombres couloirs
    pour y foutre bordel et me rentrer sans bruire

     

    poésie,léviathan,step

    tiniak ©2017 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire (Mystérieux voisins) - tiki#298

  • ferre-salon

    Le salon dormait dans la pénombre de mon vaste geste
    balayant son décor bourgeois, ses bris, ses restes,
    de leur dernier octroi.

    Ce denier faisant foi d'une gloire éculée,
    impropre, désormais
    que plus rien n'y tenait, ni lieu, ni dragée haute;

    Si lourde fût la faute,
    n'avoir su empêcher qu'elle soit mise au jour
    aura précipité, tache crue dans la cour,
    le déclin de l'endroit.

    De la chose, juger ne fut pas mince affaire...
    Contexte : temps de guerre,
    castes redistribuées, édits, dénonciations,
    rafles, déportations... Massacre !

    La paix tirait des bouffées âcres
    sur des cibiches étrangères;
    je me levais de ma civière,
    ma robe encore déchirée.

    Un bandeau noué sur mon regard,
    je contenais un hurlement : Vae victis !!
    et dus rendre à mon jugement - toute ! Justice.

     

    poésie,histoire,déportation,libération,justice,væ victis

    tiniak ©2016 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#259

  • Sortie de route 806

    « Quittez l'autoroute au prochain échangeur. »
    J'interrompis le programme et le mis en suspens. D. me livrait à nouveau son sentiment, avec ce calme qui la caractérise, légitimant son opposition mesurée à mon dernier propos, lequel portait sur - le sujet qui nous tenait autant à cœur qu'il pouvait révéler nos points de vue, souvent divergents : l'art; de la manière de l'exprimer ou de le percevoir.
    Tandis que la radio diffusait un Impromptu de Gabriel Fauré, nous devisions sur la nécessité (ou pas) d'entourer l'œuvre artistique d'un propos explicitant son processus. Je le prétendais à peu près inutile, dans la plupart des cas. D. lui trouvait des vertus intrinsèques, propres à activer une compréhension de l'œuvre, la plus large possible.
    « Expliquer la démarche de l'auteur, c'est rendre accessible la dimension artistique de son œuvre, disait-elle. »
    Je soutenais que non. Qu'une œuvre devait parler d'elle-même ou pas. Je tentais d'étayer mon propos sur le pré-requis d'une large éducation à l'art, laquelle devait intervenir en amont de la mise en présence de l'œuvre et du quidam. Quidam dont la personne, ainsi formée et sensible à l'esthétique, pouvait mobiliser l’appropriation de ses connaissances pour jouir de l'œuvre et réagir. Ce qui n'exonérait toutefois pas l'œuvre de proposer quelque chose qui sache susciter l'émotion, support d'une libre adhésion (ou non) à son intention esthétique, voire à sa quête d’universalité. J'en étais là, dans l’exposé de mon hypothèse, quand D. m'interrompit :
    « Tu pérores mais, n'est-ce pas là qu'il fallait sortir ? » s'étonna-t-elle, avec une inquiétude grincheuse. (D. avait horreur de se perdre...).
    « Oups ! fanfaronnai-je. Ne t'inquiète pas. Nous prendrons la suivante, puis nous aviserons selon les indications du GPS. »

    Ce que nous fîmes... vingt bornes plus loin.

    Galère, quand même ! Bleds nazes, route pourrie. Des Camions ! Des Camions ! Et encore des Camions ! et pas moyen de doubler. Avec ça que ça nous faisait louper les panneaux, et tout. Le bordel, quoi.
    « - Didi, tu veux pas changer la radio, là ? J'en peux plus de leur blabla de cultureux, quoi.
    - De suite, mon Loulou. Je nous remets RTL. »
    Elle a tombé dessus pile poil.
    « - Ah, ouiche ! C'est mieux. Merci bien, ma Didi. »
    Bon, c'était pas tout ça, mais sur les panneaux, y avait toujours pas le nom du bled où qu'on devait crécher pour la nuit.
    « - T'es sûr que c'est la route, dis, mon Loulou ?... qu'elle me fait.
    - Ben, pas trop. Mais on est dans le bon sens, quoi, déjà... que j'ui dis.
    - Pisque tu l'dis. C'est toi l'homme, hein... qu'elle me fait.
    - Je veux ! » Que j'ui dis.

    Et, là-dessus, je te lui lâche un de ces rototos de la mort qui la fait bien marrer. Du coup, elle enchaîne avec un bien sévère et nous nous poilons grave, comme pas deux ! C'est-y pas beau, en fait, cette sortie de route ?

     

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    tiniak ©2016 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#253