16.07.2008

inanité sonore

Gaena_strip.jpg

Pas à pas confiants
aveugle, je l'entends
avancer lentement
dans la Chambre Noire

Dans cet état latent
de mon retranchement
je la perçois vibrant
dans la Chambre Noire

Elle sait que j'y suis
et comme je la suis
tout mon corps ébahi
dans la Chambre Noire

Pour elle aucun repli
bien au-delà de l'ouïe
je sais tout de sa vie
dans la Chambre Noire

La voilà qui s'effeuille
se démaquille l'oeil
odeurs que je recueille
dans la Chambre Noire

Ce parfum qui l'habille
en exsudats de fille
tout l'espace en fourmille
dans la Chambre Noire

Puis, c'est le moment doux
genou contre genoux
des lèvres sur le cou
dans la Chambre Noire

Le moment rouge sang
de nos peaux palpitant
au moindre attouchement
dans la Chambre Noire

Débute un festival
de lumière abyssale
et de chaleur foetale
dans la Chambre Noire

Mes mains ont mille doigts
ses cris ont mille voix
qui font chanter les bois
dans la Chambre Noire

Et je meurs sur le dos
- passe un souffle nouveau
elle ouvre les rideaux
sur la Chambre Noire

tiniak le niak inspiré d'une photo
extraite de La CHAMBRE NOIRE de Gaëna
© 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

04.06.2008

garder la chambre et re-

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Depuis la CHAMBRE NOIRE où loge et s'exprime l'esprit de GAËNA, on a vue sur l'issue de la Rue de La Muse que prolonge en Polésie le chemin qui traverse les BOIS DE GAHENNE.

C'est à mon cher mainate que je dois cette rencontre. Rentré d'un de ses nombreux surv(i)ols de la blogosphère, il m'a indiqué cet espace particulier, animé par les photographies de GAËNA... J'ai donc pris une chambre en location, la dArKRoOm, à l'hôtel de la Rue de La Muse, afin que l'artiste puisse y séjourner à l'occasion de son passage en Polésie.

D'autres photographes ont ainsi retenu mon attention, suscité mon besoin d'écrire au sortir d'un rêve. Mais c'est vers GAËNA que je suis retourné toujours plus fréquemment. Sans qu'il s'agisse, à proprement parler d'une collaboration effective entre son travail plastique et mon écriture, il s'est établi de l'un à l'autre des liens de correspondances, jusqu'au vertige parfois.

La présente liste de polèmes se complète donc de deux albums "LA CHAMBRE VAGUE" et "dArK RoOm", dans lesquels chaque photographie est agrémentée d'un texte court.

J'adresse alors un grand merci à Dame Gaëna, aux fruits de son regard, à la grâce de sa geste, pour m'avoir permis d'explorer certaines zones d'ombres, plus ou moins contrastées - mais toujours chargées d'essence, qui n'attendaient qu'un support, et découvrirent un formidable prétexte dans les évocations issues de LA CHAMBRE NOIRE DE GAËNA.

Les Grandes Eaux

15.05.2008

la fleur au goulot

11.05.2008

insaisissable précipice

14.04.2008

Le mystère de la Chambre Noire

02.04.2008

le jour de la dernière nuit

23.03.2008

carton pathe

06.03.2008

Pagan Poetry

22.11.2007

page blanche pour chambre noire

20.11.2007

Ô décade au château

05.11.2007

Dans l'ombre de Gahenne

01.11.2007

L'escale y est

21.10.2007

lutte mineure

20.10.2007

atomes suite : homes

18.10.2007

Gaëna Flamenca

05.10.2007

Intérieure noire

03.10.2007

 

 

© 2007-2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
tous textes inspirés de photographies

extraites de LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna

 

15.05.2008

Les Grandes Eaux

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Les eaux n’avaient de cesse de monter, depuis.

La ville submergée était abandonnée
par la plus grande part des gens catastrophés.
Et la pluie qui semblait ne plus jamais devoir
s’arrêter de pleuvoir
ricochait sur la Chambre Noire.

Tu m’avais recueilli, transi, abasourdi,
sur le canapé-lit de ton premier étage
où je brûlais de fièvre et buvais de tes lèvres
la force qui manquait à mon piètre courage.

Les eaux n’avaient de cesse de monter, depuis.

Plus de rez-de-chaussée, dans la ville noyée
dont les rues n’étaient plus que canaux en lacets.
La pluie ne faisait plus scintiller les trottoirs,
continuait de pleuvoir
et menaçait la Chambre Noire.

Nous n’avions que le temps de voir couler le temps
qu’il nous restait à fondre dans la Chambre Noire.
De l’aube au firmament, prisonniers finissant
d’acquitter notre peine à purger nos espoirs.

Les eaux n’avaient de cesse de monter, depuis.

Les vivres qui manquaient, le froid qui redoublait
dans cette humidité qui s’emparait du monde,
la pluie s’en réjouissait, drue et nauséabonde
martelait son heurtoir
sur le seuil de la Chambre Noire.

Je t’ai lâché la main dans un soupir, serein
juste comme mon cœur achevait de se taire.
A cet instant certain que tu pourrais enfin
quitter ce lieu, survivre à cet enfer.

Les eaux n’auraient de cesse de monter, toujours.
Mais toi, tu seras libre, mon amour.
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nobertiniak © 2004-2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré par
une photographie extraite de La Chambre Noire de Gaëna.

11.05.2008

la fleur au goulot

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un geste d'elle
- gracile fandango
on est ballot
gourd, penaud
mort-né trop tôt
empoté de la tête aux pieds
nigaud
de bas en haut

un souffle d'elle
- limpide écho
écarte les eaux
sépare le sel
vide le marigot

un regard d'elle
et c'en est trop
et j'en appelle
au premier mot
qu'alors j'épellerai
sur son dos
à même la peau

filant rallentado

rien qu'un mot d'elle
sous la photo
et j'épouse à nouveau
cette fleur au goulot
et sa courbe, éternel
tango

pour une photographie extraite de
la CHAMBRE NOIRE de Gaëna

norbertiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

14.04.2008

insaisissable précipice

De la terrasse où je t'observe
à la même heure chaque jour
quand tu t'installes dans la cour
ta chevelure de Minerve
absorbe tout de mon coeur lourd

Légèrement vêtue, la chair
de ta jambe ou de ton épaule
qu'à sa lisière un tissu frôle
accapare mieux la lumière
que ton sein courbe dans geôle

Que vienne ce moment et bruisse
la page que ton doigt charmant
fait basculer nonchalamment
que sous le livre ouvert, ta cuisse
ait à nouveau ce mouvement

Quand enfin repue de lecture
tu ouvriras grand tes longs bras
ton corps apaisé offrira
à mon regard cette posture
où je vois comme ton coeur bat

A mon tour j'aurai mon content
de plongée au creux du délice
car ce n'est pas le vent qui plisse
l'entour de mon oeil, c'est le temps
insaisissable précipice
 

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norbert tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré d'une photographie
extraite de
LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna 

02.04.2008

Le mystère de la Chambre Noire

1789743268.jpgqui es-tu, ombre nue
perdue dans la Chambre Noire  ?
t’ai-je connue ?
t’ai-je voulu
bercer à jour de mésespoir ?

qui es-tu, ombre, opale
vestale de la Chambre Noire  ?
suis-je venu
en attendu
dans la torpeur de ce boudoir ?

je suis Celle qui n’entend pas
celui qui ne paraîtra plus

qui es-tu, ombre d’ambre
tremblant dans la Chambre Noire  ?
t’ai-je tendu
le feu reclus
dans le brûlot d’une autre histoire ?

qui es-tu, ombre d’Ode
adorée dans la Chambre Noire  ?
aurais-je tu
le chant ténu
qui montait vers toi chaque soir ?

je suis Celle qui ne voit pas
celui qui ne saura mot dire

722946973.jpgqui es-tu, ombre épure
emmurée dans la Chambre Noire qu’ai-je déçu
qu’ai-je déchu
que n’absorbe plus le miroir ?

qui es-tu, ombre intime
infime dans la Chambre Noire  ?
que n’ai-je pu
que n’ai-je su
être velours de nonchaloir !

je suis Celle qui ne dit rien
à qui ne vient aucun regard
sans tain

norbert tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré d'une photographie
extraite de
LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna 

23.03.2008

le jour de la dernière nuit

Le jour où quelqu'un vous aime,
il fait très beau, dites-vous
mais je vous aime la nuit, voyez-vous

Le jour où cette nuit
me conduit jusqu'à vous
dans le ciel aura lui
tout mon amour de vous

1165224952.2.jpgIl n'y aura ni nuits
ni petits-jours, ni pluies
car tout aura fini
et la lumière, partout
rayonnera de nous

Mais déjà le jour fuit
je ne vois plus de vous
qu'une ligne étourdie
et floue

Il me reste la nuit
pour n'aimer plus de vous
que cette ombre où je lis
combien je suis épris
combien je me languis
de vous

norbert tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré d'une photographie
extraite de LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna

06.03.2008

carton pathe

953803100.jpgLe carton d’invitation était des plus laconiques.
Empreint de circonspection, il tenait de la supplique.
« Venez, lisait-on, tout ici requiert votre présence. »
Dans son coin, un médaillon de facture vieille France,
représentait un bastion qui surplombait la Durance.

Au long des Bois de Gahenne, je méditais l’invite,
le souffle court et l’haleine d’une âme en fuite.
Je parvins à l’endroit dit « De l’aube claire »,
me présentai devant l’huis sombre et austère
ouvragé de corps mêlés comme en enfer.

Usant du pesant heurtoir, je frappai fort ;
Un écho dans le couloir s’y perd encore.
La lourde porte s’ouvrit, sans personne à l’accueil.
Ma curiosité grandit quand j’eus franchi le seuil.
Des statues de marbre gris avaient la larme à l’œil.

De l’étage s’évadait une étrange musique,
une obscure mélopée, à peine mélodique.
Gravissant un escalier de pierre lisse et nue,
j’arrivai sur le palier et me serai perdu
sans la porte entrebâillée où j’étais attendu.

Accroupie sur le plancher poli comme un miroir
une dame se tenait dans cette Chambre Noire.
J’eus le sentiment confus de connaître la scène
et que j’avais entrevu, par les Bois de Gahenne,
ce corps à demi vêtu dans son corset d’ébène.

La voilà qui se courbait maintenant devant moi
répandait, agenouillée, ses longs cheveux de soie.
Dans l’obscurité saillaient la croupe et les épaules,
où vibrait et frémissait, selon, à tour de rôle,
un élan désemparé et triste comme un saule.

« - Vous qui célébrez mon nom, disait de sa voix lente,
la dame qui maintenait sa pose de servante,
voyez, je suis toute à vous. Ne craignez pas de prendre
ce corps qui ne veut de vous rien d’autre que d’apprendre
comme le désir est doux et la caresse tendre. »

« - Madame, vous me troublez, et je crois reconnaître
en vous cette âme égarée qui courait sous le hêtre.
Vous m'y avez inspiré nombre de mes poèmes.
Et c'est peut dire en effet comme au fond je vous aime ;
mais nous devons partager ce sentiment suprême. »

« - Vous m'aurez donc, corps et âme, dit en se redressant
la dame habitée de flamme où brûlait un tourment. »
La lutte fut inégale, elle y mit tant d'ardeur

que son désir abyssal absorbait ma chaleur.
L'issue m'eût été fatale s'il ne s'y trouvait du coeur.

Je mis le mien tout entier à pouvoir satisfaire
la fougue de l'esseulée qui ne faisait pas mystère
de l'immense variété de ses appétits sauvages.
Nous y avons consumé nos corps et bien davantage,
livrant nos intimités à un délicieux carnage.

Tandis qu'elle reposait, le sein lourd et alangui,
j'eus le temps de composer quelques quatrains à l'envi.
Sur la table de chevet, je laissai en évidence
les feuillets de mon billet où se lisait l'importance
que je voulais accorder à l'ineffable expérience.

Comme je quittais l'endroit, des sensations nouvelles
se révélaient à moi, jaillissaient en étincelles
et soudain j'avais compris, cheminant sur la terre,
de l'épisode inouï le caractère éphémère :
tout séjour m'est interdit au pays "de l'Aube Claire".

Les Bois de Gahenne ouvraient leurs mirages sur ma route
confiant j'en traversai la profondeur, et le doute
pas à pas accompagnait ma saine contemplation,
tout au bonheur d'être au coeur de si denses frondaisons
- dans mon sillage, émietté : un carton d'invitation.

norbert tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré par une photographie

extraite de LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna

22.11.2007

Pagan Poetry

73f512f0385e6a3d45d1460e299c08ae.jpgAux Bois de Gahenne, sous les frondaisons
devant la robe pourpre et l'oeil profond
venant perdre en ce lieu toute souffrance
et, à l'abri des dieux, mener la danse
entraînant dans ses pas esprits et bêtes
tout ce qui vit là se joint à la fête
  
Le joyeux rigodon parvient au coeur
du bois, se met en rond ; une clameur
jaillit de l'assemblée. L'unique note
agit comme le fait un cataphote
dans l'ombre Gaëna se place au centre
de l'étrange agora tenant son ventre
  
Sa longue robe glisse à ses pieds nus
et voici Gaëna seule à la vue
de tous, les bras au ciel sous les grands arbres
qui, n'étant ni de gel et moins de marbre
lui font un courant d'air plus confortable
de sorte que sa chair fût inviolable
 
De sa gorge s'évade un chant serein
une païenne aubade au jour qui vient
le chant de Gaëna est une invite
connue de tous ceux dont le coeur palpite
au sortir de troubles obscurités
comme aux côtés de l'être tant aimé
  
984c8558f736af6fb81dfb2a982e1deb.jpgLe charme mélodique opère alors
dès que l'ombre le cède aux reflets d'or
des nuées penchées sur l'orée du bois
où le prédateur embrasse la proie
dans une vibrante explosion d'harmonie
autour de Gaëna renaît la vie
 
Aux Bois de Gahenne, sous les frondaisons
la reine païenne aura eu raison
des peurs incertaines comme des frimas
ombre, haine et peine ne résistent pas
au doux chant de Gaëna

norbert tiniak © 2007 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré par une photographie
extraite de LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna

20.11.2007

page blanche pour chambre noire

382f8132e13e9bdbd1a736063308985d.jpg
page blanche
chambre noire
c'était dimanche
après la foire
après la douche
j'ai pris ta bouche
et tu es allée au miroir
  
mon coeur épanche
dans le boudoir
une avalanche
d'âpres hasards
que la nuit franche
la nuit sans fards
débite en tranches
en à-valoirs
sur ton repas du soir
  
ce sein qui penche
sous l'accoudoir
tout un s'emmanche
dans le peignoir
drapant la hanche
sans décevoir
de la peau blanche
le lent mouvoir
qui m'a fait t'apercevoir
    
c'était dimanche
après la foire
vent dans les branches
et fol espoir
mon coeur qui flanche
n'est plus étanche
pain sur la planche
en chambre noire
  
norbert tiniak © 2007  DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
texte inspiré par une photographie
extraite de LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna

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