14.05.2012

bench holy day

Au clocher sonnait le rappel
séculaire et dominical
des bonnes âmes provinciales
« C'est l'heure, allons ! Au rituel ! »
Et ding... Et dong... Eh, Ritournelle !
On a vu plus gai, pour un bal !
Aux collets bruissent des crécelles
(faisant foi de leur principal !)

Le mois de mai s'est oublié
chez quelque voisin débonnaire
faiseur de bons mots, bonne chère
et moins chrétien que sa moitié
qui se presse au bras de sa mère
comme elle tordue et voûtée
Miséricorde en bandoulière
et comptant jusqu'au Petit Lait

Je voyais cela vaguement
l'esprit troublé par les oiseaux
qui braillaient parmi les rameaux
leur tournant le dos, sur un banc
à ce coin de rue peu passant
quand les braves sont au repos
à leur office les dévots
et tapis tous les mauvais sangs

Je regardais mes pieds sans faim
(fis pourtant quelque découverte :
 ce qui circule sur l'inerte
 apparemment n'a pas de fins)
quand les vieilles de ce matin
devisant sur l'Homme en expertes
commentant l'Ordre et le Commun
s'assirent aux places offertes

Près de moi ! Ces protubérances !
Ça y allaient sur les Couillons !
leurs simagrées, leurs dévotions
leurs si malingres existences
- et moi qui flattais le Bourdon...
tenant chacune son pochon
vilipendaient les négligences
« ... au sein même de Sa Maison !... »

Ne me suis jamais pensé vieux
- et encore moins vieille pie !
mais je m'avisais que mon dit
autrement, mais n'eût pas fait mieux !
Le ton était presque joyeux
Le sarcasme avait de l'esprit
ponctué de francs et coquins ris
ou de longs soupirs sentencieux

Le printemps pouvait bien attendre
Hiver avait un goût sublime
Je restai là, à les entendre
(elles me suggéraient des cimes !)
Si l'on me demande, à tout prendre
j'aime autant être leur intime
que de ceux qu'elles voulaient pendre
ou mettre au cul la carte SIM !

Elles m'auront laissé sans suite
m'ayant ignoré tout du long
(je n'étais qu'un Jeune Couillon
 à peine lavé de sa cuite !)
et, chacune avec son pochon
marqué au sceau du Huit-à-Huit
s'en retourna vers sa maison
sans raison de prendre la fuite

poésie,hypocrisie,idées reçues,banc,photographie,gaëna da sylva

tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré par une photographie de Gaëna Da Sylva
 

29.02.2012

La couche

Gaëna da Sylva

Elle est restée ainsi le coude sous la tête
seule en chien de fusil dans sa courte nuisette
le sol doux comme un linge
absorbant des méninges
le chant trop vaste
où les échos nient des contrastes le contour
puisque, c'est dit, c'en est bien fini des amours

une grisaille févrière pour écrin
de pâles bleus passés pour lui prendre la main
le silence
dont le vent même n'ose froisser l'évidence

un lent trouble foncier ravale ce décor...
Il floute son regard au fond du corridor
l'y amasse
à l'abri des cheveux en pluie noyant sa face

L'avortement d'un cri roulé dans un sanglot
lentement dégluti puis tenu sous la peau
maintenant s'évapore
sans rage, sans effort
et sans un bruit
libère la chair envahie de sa douleur
puisque s'est tue la mélodie connue par cœur

C'est donc ici qu'elle réside
le temps de faire place au vide
sans que rien d'autre ne la touche
que le vaporeux oubli où la tient sa couche

  

gaëna da sylva, tu es au centre

tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré d'artistes flous extraits de © LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna da Sylva

18.11.2011

Des ordres, ménager

Gaëna da Slyva, photographe

La maison est en ordre -intérieur et contours
Permettez que d'un trait j'en caresse l'espace
un moment, l'aujourd'hui :

Son histoire est en paix; n'y manquent pas l'amour
avec ses peaux cassées roulées dans les tiroirs
ni les cheveux défaits en vagues de velours
proprement dénoués aux fenêtres du soir
dans l'écho mollissant de ses derniers tambours
ni la pâleur des murs auréolés d'absence

L'escalier peut grincer des dents sans déranger
le mobilier chiffon sous son drap de poussière
il a les pieds moussus, les charnières rouillées
il a le sommeil lourd des castes ouvrières
qui auront bu leur soûl, devant s'en contenter
à défaut d'avoir jamais eu remplie la panse

Le salpêtre a gagné, allant de pièce en place
sur le vieux tabac gris, le graillon de cuisine
les cuivres au Miror luisants comme la glace
les rares sels de bain chipés à l'officine
le charbon, la lessive et la boue des godasses
Le temps n'a pas de nez; c'était perdu d'avance

Le brun mange le jaune et la nuit s'en défend
- c'est l'œuvre du soleil la ruine des couleurs !
comme fane un genêt privé de l'eau des champs
au papier a déteint l'arrogance des fleurs
maintenant qu'elle peint tout selon son humeur
s'oblige la mémoire à quelques indulgences

Le visage envahi par une barbe rousse
au-dehors, la maison fait un peu sa coquette
mais ses volets cernés qu'aucune main ne pousse
trahissent les assauts récurrents des tempêtes
A deux pas, le manoir, à peine pris de mousse
ne semble pas navré de cette dépendance

La maison est en ordre -intérieur et contours
Un parent m'y lisait La Vie est dégueulasse
comme on déguste un fruit

 

tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un Impromptu Littéraire - tiki#135

Illustration extraite de
© LA CHAMBRE NOIRE de Gaëna Da Sylva, photographiste.

20.10.2011

2012 Pénélopes

Gaëna Da Sylva, photographeUn murmure de soir a soufflé sur ses doigts
Ombres ébouriffées, l'allée sage s'étire
Un lacis de serpents bouge au moindre soupir
et se frotte à l'épaule, à son pâle beffroi

La buée du regard s'écoute chavirer
dans les plis fatigués d'une antique posture
avec le poing crispé sur l'épaisse tenture
encadrant la fenêtre où nul n'est arrivé

Sous la pression d'un ciel imprimant son déclin
un astre hésite encore à rougir davantage
au rang de peupliers les plus rares feuillages

L'énigme irrésolue replie son maroquin
Il ne paraîtra plus aujourd'hui, c'est certain
La rue peut s'encombrer d'anonymes partages

***

Il viendra
Il arrive
Il l'a dit
Il l'a dit
Il était dans mon ventre quand il a promis

Oh, comme il aura faim !
Oh, comme il sera fou !
Comme il sera grand temps d'être ensemble partout
de régner sur le monde en lui donnant le sein
de repeindre l'orage avec notre sueur
de sourire endormis à notre plein bonheur
Oh, dormir !
en n'étant pas inquiets, demain pourra venir
ce sera aujourd'hui
et encore, et encore...
Et nos yeux nous seront le plus vaste décor

Gaëna da Sylva, photographeIl viendra
- mais bien sûr !
puisqu'il me l'a promis
Il viendra, c'est bien sûr
Il l'a dit
Il l'a dit

***

Anonymes peuvent paraître
à l'enfilade les fenêtres
mais que vitre vienne à vibrer
qu'un doigt sépare leur ourlet
qu'un hiver de frimas redouble
et révèle une buée trouble
alors tout le sang contenu
l'espoir qui se serait perdu
les pleurs que masquait un soupir
et le fol élan du désir
échappent
aux civilités scrupuleuses dont se drapent
les huissiers rigoureux de l'être
et s'illumine à la fenêtre
insigne
une âme
dans l'éclat pur et particulier de son drame
digne
patente
signant de son total amour
l'attente ?

***

Gaëna Da Sylva, photographe"Oh, qu'Une...!"
et même et seule et pâle comme Lune
inamovible face au monde
bienveillante et calme, féconde
au fil des heures s'émoussant
un apathique emploi du temps
coulant son regard nyctalope
(apanage des Pénélope)
sur l'avenue des anonymes
retours aux affaires intimes
frémisse encore
certaine d'être arrimée à bon port

 

 

Just watchin' you without me

 

tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré de trois photographies extraites de LA CHAMBRE NOIRE
de Gaëna Da Sylva


Illustration sonore : par ici...
 

01.07.2011

impasse

Gaëna Da Sylva, photographe

Le temps traverse devant elle
fagoté comme une hirondelle

Elle va passer, elle passe
le vent derrière elle s'efface

L'écharpe lancée sur l'épaule
contraste, légère et la frôle

Je ne l'aurai vue qu'un instant
D'où vient qu'il me reste, béant
comme un rêve
le sentiment qu'un autre temps s'achève

Sous mes yeux
s'émousse le pavé
Il pleut

 

tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Pour une photographie de Gaëna Da Sylva
"I'm old fashioned" extraite de sa CHAMBRE NOIRE

Ne manquez pas son RECUEIL disponible ICI

21.05.2011

La chambre de l'oubli

Une pièce encombrée de choses disparates
qu'harmonisent de bruns le déclin d'un long soir
Des cadres s'y renvoient des reflets d'acétate
dans un plan rigoureux au jeu aléatoire
où des sujets connus aiment traîner savate
par les lignes de fuite aiguillant les contours
et d'autres, plus récents, préfèrent jouer petit
(aurais-je enfin trouvé dans ta photo jaunie
 la chambre de l'oubli où figer mon parcours ?)

Angles et arrondis se font des politesses
pour s'offrir un abyme à mettre en perspective
avec la porte ouverte à ces délicatesses
que figurent l'arrêt d'une danse lascive
l'ivoirin velouté à l'intime souplesse
le brumeux dégradé d'une fatale errance
la courbe résignée dans sa pose immuable
la poussière imitant le grammage du sable
et le pli d'un cheveu accordant ses brillances

Le regard éperdu s'amourache d'un rien
balle folle aux rebonds qu'orchestre le hasard
pour la chromaturgie de l'empan rétinien
passe d'une vision à l'autre, puis s'empare
d'un rayon lumineux, d'une ombre et s'en revient
prendre plus largement mesure de l'ensemble
que la vie occupée à ses débordements
quelque part à l'entour reste un oubli béant
tant que l'œil à l'affût est à ce qui lui semble

gaëna da sylva

(aperçu d'un clic)

tiniak ©2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré par une photographie de Gaëna Da Sylva
"L'exposée..." extraite de sa >CHAMBRE NOIRE<


06.02.2011

Juliette sans abri

 

412680842.jpg

Pauvrette
la chanson que tu as en tête s'articule
sur l'axe fatigué des tes nœuds et rotules
où s'arriment
tes membres décharnés par le manque d'estime
chacun d'eux si inversement proportionné
aux plis sous le manteau de ta chair boudinée
qu'il te pèse
- quand à leur approche des autres les yeux biaisent
  ton regard,
de charrier sur le boulevard

Pas à pas, sombre silhouette
la chanson que tu as en tête
défigure
  les rideaux d'aciers tirés sur les devantures
  les néons morts, les chats trop sales
  les taches sur la neige pâle
  les guéridons les pieds en l'air
  et le chien-chien à sa mémère
  qui pisse un coup
  pendant que l'autre pigne et peste à l'autre bout
  "Comme en '40 !"
Déjà tu plonges ta dérive vers l'Atlante...

"Oh, marin ! Marin...
  tu soupires
"Marin ! Marin ! reviens me dire
"les parfums que l'or dans l'azur
"agite par les ouvertures
"Oui, celles qui donnent en plein
"sur l'océan qui te retient
"et te respire
"quand j'ai, le ventre dans les mains
"rempli de rêves à venir,
"besoin de rire"
 

Adieu, vent mauvais, dents qui claquent
et toute la carne patraque
La chanson que tu as en tête
fredonne ton nom : Juliette.

gaëna da sylva,hiver,juliette,tiniak,dukou zumin

tiniak - Ruades © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

Illustration et médaillon :
"Hiver..."
© 2008 Gaëna da Sylva, photographies

06.11.2010

altérités fractales

Le corps s'est oublié quelque part alentour
(pour se mettre à l'abri d'un familier travers ?)
Barreaux scellés à l'habitacle aux rigoureux contours
impossible d'ouvrir ni fermer les paupières

Le regard fragmenté cherche dans l'alternance
un chemin d'évasion à l'horizon marin
où donner libre cours aux rêves laissés en souffrance
et rhabiller le sort de plus vastes desseins

Le besoin virulent, tenace, d'accomplir
une équipée sauvage et folle au gré du vent
occupe tout l'espace offert, brûle d'en investir
dans le moindre intervalle un lieu d'embarquement

L'obscurité s'acharne à contrer la lumière
mais n'en saborde pas l'entier de son élan
comme après son reflux à nouveau monte vers la terre
le long bras de la mer chargé de goélands

Gaëna Da Sylva, photographe

tiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré par une photographie de Gaëna Da Sylva
extraite de sa CHAMBRE NOIRE 

04.03.2010

pigeon-toed whirl

yow... don't you pidgin me!

Gaena_pigeons.jpg

photographie extraite de
LA CHAMBRE NOIRE
de Gaëna da Sylva

15.02.2010

voilette, nos hiers

Gaena_voilée.jpg

L'étoile qui l'inspire et cette autre, et cette autre
volettent, halètent, puis leurs souffles l'emballent
et font de cette nuit qui vire au linge sale
un écrin vaporeux

(je me crème les yeux de nuées sidérales)

Elle entoure d'un voile éthéré sa charpente
- voudrait-elle masquer comme elle est, périssante ?
et se tient accroupie comme une vieille dame
indigne de son âme et fuyant son état
de peur qu'on n'en découvre tout l'insigne drame :
un mollissant éclat de sa carne apparente

Oh, mais je la vois, moi qui n'ai d'yeux que pour elle !
Je sais comme elle est, nue; je sais comme elle est belle
ayant à ses liqueurs profondes pu goûter

Et quoi ! on ne meurt pas de voir la mort venir;
on y gagne plutôt le plaisir d'exister
Le ciel est un lointain ami qui peut nous dire
merci du coin de l’œil d'être à le contempler

Et puis, d'un voile l'autre, à tout prendre, aucun d'eux
ne m'est plus attrayant ni même délicieux
que celui que tu portes pour te mettre en scène
avec, rappelle-toi, ces petits bas de laine...
avant de nous rejoindre en sublime jeunesse
ta main fraîche à mon ventre et la mienne à tes fesses

Voici de nos hiers le sang ravigoté
Éteignant un à un les lumignons célestes
nos ahans enhardis ne seront pas en reste
au déclin annoncé des espaces nocturnes
quand le vent du matin aura tout ravagé
affolant les rideaux mêlés de notre turne.

 

tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

illustration issue de LA CHAMBRE NOIRE
(Gaëna Da Sylva, photographe)
pour un impromptu littéraire - tiki#69

Toutes les notes