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écriture ludique

  • confuse aimant

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    Une main dans la bouche et l’autre au fond du ventre
    la folie délogée d’où l’usage la rentre
    et l’entasse pêle-mêle avec tout (le dégoût,
    les odeurs en suspens, les aiguillons, les flous)
    de l’abandon des rêves,
    lui ravive la sève et la met à genoux
    - l’isolée du regard

    Son histoire est un puits trop sombre pour l’instant ;
    le magma qui l’emplit remonte lentement
    des parois émaillées les fresques narratives,
    absorbe – rigoureuse et vorace salive,
    un jardin… ce visage…
    le geste… et cet hommage aux pompeuses cursives
    qui prête à confusion

    « Ah, non !… Ah, c’est un monde ! Ah bonheur, où es-tu ? »
    s’exclame l’Isolée, hurlant à corps perdu
    « Ah, te voilà !… non, reste… attends encore un peu ! »
    Elle est folle à coup sûr ; la lave dans les yeux
    lui mange les paupières
    s’en réchappent des pleurs de sang libidineux
    jusqu’aux plis de son cou

    Ce puits, c’est un volcan ! Il éructe sa rage
    et jaillit maintenant l’incandescent ravage
    en vrille rougeoyante au feu libérateur
    essaimant alentour ces puissantes ardeurs
    que son être mitraille
    quand l’Isolée défaille et cède à son désir
    de jouir à nouveau.

     

    tiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Impromptu Littéraire - tiki#73

  • ports de plaisance

     

    trench.jpg

    I

    Il a plu, ou c’est moi ?

    C’est tout mouillé dehors et sec à l’intérieur
    (je vous parle de cette humeur
    qui me navrait hier encore)

    Allons,
    vidons les pleurs et les suppliques
    avec le jus du dernier bain
    une fois bien lavées les mains
    curée l’humeur maligne
    fondue la graisse indigne
    siphonnés les points à la ligne
    et flatté le bon chien
    qui se joint à ce chant du cygne

    II

    Il a plu tôt et déçu tard
    sous son air falot, le gaillard
    n’est pas de tout repos
    - tu sais que loin s’en faut !
    Que ne soutiens-tu son regard
    de ton côté de l’eau ?

    III

    Il a plus d’un tour dans son sac
    le donneur de coups de matraque
    Il sort de son chapeau
    un air d’ordre nouveau
    sur des talons qui claquent
    et rythment du troupeau
    le pas cadencé dans les flaques
    sur le Trocadéro

    Je suis pris d’un sursaut
    et chante avec ZAO
    « … Tout à coup, patatrac ! »
    levant haut le drapeau
    noir comme cape de Zorro

    IV

    Il aura fait Beau Voir
    - passés la croûte et son miroir,
    dans l’ombre du tableau
    la courbe de son dos
    la main fine à son écritoire
    la cuisse écartant le peignoir
    et le grain de la peau
    joyau dans son écrin de soir
    qu’une aile de corbeau
    couvât une nichée de trop

    V

    Alors, plaire ou pleuvoir…
    Qui préside au choix du manteau ?

     

    boss_trench.jpgtiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Impromptu Littéraire - tiki#72

  • L'Homme qui va, sans ombre

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    Il marche pesamment, sans ombre sous le ciel
    pour guides son regard, un rêve, une chanson;
    nulle trace après lui - l'oubli sur ses talons
    absorbe son passage ainsi que l'eau le sel

    Sans histoire connue, serait-il une feinte ?
    Ni homme ni fantôme, il existe à peu près
    moins que le romanesque et plus que le reflet;
    d'où vient qu'il puisse alors entonner une plainte ?

    C'est qu'il est tout en un, présent, passé, futur;
    l'hier est l'aujourd'hui qu'il porte vers demain
    et cette mélodie dont vibre son chant plein
    s'invente à chaque pas une ample tessiture

    L'oubli qui le talonne est le risque encouru
    par qui pourrait nourrir quelque espoir de retour
    quand le sens de la vie et celui de l'amour
    inspirent à l'instant sa quête d'absolu

    Le plus petit atome est lourd de ce destin
    - tout le poids du vivant en est la charge utile,
    la même gravité s'en évade, gracile
    au rythme balancé qui anime sa main

    Le promeneur, alors, est le dépositaire
    au nom de ce qui fut et ce qui se fera
    du bagage mouvant que chacun de ses pas
    transporte, en célébrant la beauté éphémère

    Il avance toujours; un rêve devant lui
    l'exonère d'une ombre au profit de son chant,
    le regard où le ciel agrège l'océan,
    la musique du nombre élevant l'aujourd'hui.

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Défi du samedi

    illustration : Joëlle Gellert

  • diseur

    RÉVEIL MALIN

    Chaque matin, vers dix heures, je me levais... dans la cathédrale, oui... à l'exception des dimanches, bien sûr. Tu sais comme j'ai horreur des dimanches, bien sûr.
    s341.JPGJe quittais ma chaire sculptée en en faisant à peine craquer le bois dur. Dix heures, c'est la bonne heure. Il est très rare d'y voir grand monde, durant la semaine. Il m'est donc très facile de passer inaperçu. De grimper dans l'ombre des piliers, jusqu'au flanc nord de la croisée du transept et d'y attendre là, le premier pigeon imprudent.
    Les gargouilles le savent, à leurs dépens : sculpté, gravé, on ne se méfie jamais assez du serpent.

    impromptu littéraire - tiki#70
    sur un incipit extrait du roman de Christian OSTER "Dans la cathédrale"

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • couleurs passagères

    Aux courbes de la Seine
    pareillement vert veine
    partageant les nervures d'un gris Paris
    me roucoule une peine
    villégiature ancienne
    où s'écoule et déroule ses plis
    le déclin d'un jour plein d'ennui

    Quoique fume la peau
    brune des marrons chauds
    je crains de me risquer dehors
    - il y sévit un froid de mort
    à la pâleur diamantifère;
    rien de ce décor n'est fait pour me plaire

    L'obscurité peste, aphone
    tandis que la moquent des taxis jaunes
    en toute impunité
    (ils ne font que passer)

    Pomme rouge et mitaines
    une sorcière a mis
    l'habit noir d'une haine
    incestueuse et meurtrie
    elle a quitté la plaine
    pour les bois interdits
    où logent de vilaines envies
    - c'est, du moins, ce que le vent dit

    À ton signal orange
    mon rêve, je me range
    et change mon regard intérieur
    pour le plus enfantin des plus simples bonheurs
    J'offrirai ce bouquet de plaisance
    à la première fleur qui m'inspire une danse

    Un bleu de méthylène épouse le velours
    à la frange d'un jour qui retrousse ses manches
    auprès du fleuve Amour, il baigne jusqu'aux hanches;
    il y fera sa cour aux ombres qui promènent

    Violette virulence, un pays saltésien
    tire sa révérence aux pieds du vieux mont chauve
    mais c'est de l'insolence, au fond, que tout ce mauve
    éclatant de jouvence et de rires badins

    Ah, si je m'attendais, tiens !
    à ce que me présente le matin.

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    pour un Défi du samedi [#94]
    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK