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°gris sourire° - Page 4

  • lot commun, cycle sans fin

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    Ah oui, la vie
      ce train qui passe
    le jour, la nuit
      la ville lasse
      et la suivante
      et la prochaine
    s'enchaînent toute la semaine
      un trait tiré sur les campagnes
      vaines, lentes
      et dormant son content sous la poutre apparente
    et puis, sans crier gare
    vous laisse quelque part

    Ah, bien... la mort
      j'en rêve alors
    les doigts pris dans le crâne
    je m'interroge l'âme

    Eh, dis ! mon âme
      quel est ton réconfort ?

    Cette bouche ?
      Cette oreille ?
        Cet œil où le soleil apprend qu'il est midi ?
          Cette chanson sous le ciel gris ?

    Quoi, donc ?
      réponds, mon âme... réponds...

    La vie, peut-être
      si c'est la vie que mettre
      un mot nouveau dans le dernier regard
      une inconnue sur le compte des jours
      une main dans la main qui s'offre par amour
      un sourire à ce visage ami qui revient

    - Alors... il faut donc vivre ?
    - C'est le lot.
    - ...et cette route à suivre ?
    - C'est de l'eau.

    - Ah... de l'eau, oui
      de l'eau comme à la source, alors
      de l'eau comme un trésor

    Oui,
    l'eau comme un fleuve l'emporte
      et charrie sur son dos un rang de feuilles mortes
    l'eau comme un long murmure
      où le souffle du vent trouve sa tessiture
    l'eau comme un vif élan
      qui révèle la terre et tout son mouvement
    l'eau comme un verre de vin
      et ses chants d'amitiés enthousiastes
      qui refondent la nuit, le jour et tous les fastes
    l'eau comme un cycle sans fin

    Ah oui, la vie alors
    ...d'accord

    Corinne AUDRIX, Couple au bord du fleuve

    tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    illustation :

    Corinne AUDRIX, Couple au bord du fleuve - 2007.

  • dernier regard

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    Des yeux ce qu'il me faut - sais-tu ?
    c'est la bouche qui tremble dessous
    et semble ne connaître plus
    les mots qui lui ressemblent...

    Des yeux, ce qui me va - tu sais,
    c'est ce petit regard en biais
    de ses volets mi-clos s'élance
    nouvelle, une appétence...

    Des yeux, ce qu'il me reste - enfin !
    c'est l'espace réduit soudain
    à ce dernier mot dit
    que déjà l'on oublie
    et fait place au festin qui nous lie

    Chaque fois que je t'ai quittée
    ce sont tes yeux qui m'ont manqué
       ton cul, d'accord
       tes mains aussi
       ton rire encore
       ta voix, pardi !
    mais tes yeux - tes yeux, mon amie
    sans eux comme je perds la vie

       tes yeux taiseux ou volubiles
       tes yeux amoureux ou tranquilles
       tes yeux d'avant, tes yeux d'apprêt
       (oui, ces lunettes sur ton nez)
       tes yeux brûlés à nos fatigues
       tes yeux griffés d'un sang de figue
       tes yeux attachés à mon pas
       tes yeux qui ne m'oublieront pas

    tes yeux de tous les yeux les phares
    je les veux pour dernier regard.

    tinchuimor.jpg

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

     

  • Élections

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    (suffrage par ciel)

    coin2.jpgà Jérôme FANSTEN et Sofia COPPOLA

    Et puis, rentrés chez eux, ils avaient tout béni
    les arbres, le repas, la chambre des petits
    avec dans leurs mains jointes
    une blancheur de plinthe
    qui fait ce beau sourire en coin au bas du mur

    On était vendredi, samedi ou dimanche
    enfin, un de ces jours qui comptent sous le ciel
    un jour en robe blanche
    - ou pivoine... ou pervenche,
    brillant comme du miel jusqu'au bout des chaussures

    Et comme il faisait bon, ils sont restés un peu
    à parler des voisins, à rallumer le feu
    avec le menton lourd
    des largesses du jour
    qu'ils savaient méritées après force rigueurs

    Le grand Lui, le grand On et tout son tralala
    emplissait la raison d'être de ce goût-là
    qui vous rend bien meilleur
    que les autres ailleurs
    puisqu'Il les assurait de son divin Amour

    Et rien ne sera dit d'autre que Sa Parole
    et les enfants iront dès demain à l'école
    avec tous leurs semblables
    et pénibles cartables
    emplis jusqu'à ras bord du Devoir Accompli

    C'était le moins, le mieux et le bien entendu
    que de baisser les yeux et de n'en parler plus
    il n'était que de vivre
    le Jugement du Livre
    aurait le Dernier Mot et tout serait guéri

    Oh, la Miséricorde ! Oh, Vierges par milliers !
    Oh, Tout ! le Sacrifice et le sang du Bélier
    pour le service d'ordre
    pour les pommes à mordre
    pour le juste retour des Justes d'Entre Nous

    Ah, ça valait peine
    de garder le secret de toute la semaine
    et d'aller dans la Paix de sa nature humaine
    participer de l'Œuvre
    Totale... Finale... et si impénétrable
    que c'en est confortable pour l'humilité

    Ah, plaisir d'élection que toute Sa Beauté !
    Demain dans le journal tout sera bel et bon
    fatal et pardonné
    la page tournée

    vu à Belgrade

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • porte vue

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    Je vois... un jardin... il est sale
    Des arbres mangent... une lune pâle
    bavent du lierre sur les buissons

    Ce jardin est un abandon... épais... profond,
    il s'y empêtre des saisons
    un confus amalgame

    d'odeurs... de couleurs... flamme,
    terreuses... piteuses...
    et réchappées de quelque drame

    Ici, le règne du vétal
    l'emporte sur l'autre... animal
    avec... une arrogance... totale

    J'avance... du moins, je le pense... je l'espère
    Prudence... plat, mon pied sur la terre
    qui grogne... maudit ma présence... et me pousse

    J'avance... dans l'indifférence... de la mousse

    Je vois... comme une lisière... c'est un mur
    Parfois... c'est une montagne... envahie de verdure
    J'ai froid... je voudrais quitter... ce vilain cauchemar
    Et quoi !... là... là, comme j'avais... ravalé tout espoir

    Une porte
    Une porte... l'ouvrir ?
    Une porte ! ...Qu'en dire ?
    que je pourrais... en quelque sorte
    me délivrer de ce délire
    pour trouver quoi ? ...derrière la porte :
    bien mieux ? ...bien pire ?

    Je l'ouvre... les yeux fermés
    J'en passe le seuil... troublé
    Je tire la porte derrière moi
    J'ouvre les yeux

    Je vois...

    DOOR3.JPG

    _______________________________

    un défi du samedi qui sonore...


    le port du casque est jaunement recommandé cax0.gif 

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

     

  • L'aube s'honore

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    Chantal Haboyan, L'Aube

    L'aube sonore par les jardins
    son triomphe sur le murmure
    d'une nuit qui jamais ne dure
    et ploie sous la roue du destin

    Marquant le ciel d'une griffe pâle
    par où l'orient va soulever
    le jupon noir de la nuitée
    l'horizon, c'est l'autre signal

    Tout, le spectacle de la prière
    dans les biais sous la nuée grise,
    le chant des amours compromises,
    soit révélé dans sa lumière

    Il faudra donc remettre à l'ouvrage
    les "bonjour", les "salut, mon vieux"...
    "je n'aime rien tant que vos yeux"...
    affichant qu'on a le courage

    Au jour venant, quel train de babioles
    allons-nous trouver au marché
    dont nous espérons contenter
    la frénésie des courses folles ?

    Avant le soir, il fera beau mettre
    en ordre les ajournements
    avoir soldé nos sentiments
    fermé les volets aux fenêtres

    Le jour venu, quand je n'aurai plus
    rien de cela à redouter
    la nuit blanche m'aura gardé
    ouverte une porte inconnue

    Et de ce jour, la messe dite
    je l'aurai divisée par huit.

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    illustration : Chantal Haboyan, L'Aube.

    Chantal Haboyan est décédée le 22 janvier 2011, merci de lui rendre hommage en visitant son espace.