11.12.2009
Cassandre à l'antienne
Quand j'aurai assez bu - mon vers ! de tous vos pleurs
me servirez vos cœurs et votre âme à l'envers
et serai toute ardeur à clamer vos mystères
à votre sourde oreille où je sonnerai l'heure
Cassandre à l'alarme fatale
Vous me jugerez sot, inconvenant, sévère
saligaud bien ingrat, fou peut-être - ça va...
mais je ne dirai rien que ne sache déjà
votre bouche embourbée de pelletées de taire
(Cassandre avait des couilles ?)
Ne parlons plus de vous ; disons l'Autre (absolu)
et vous applaudissez à la fin du spectacle
partageant le regret des antiques oracles
avec votre voisin qui n'a rien retenu
que ceci (ce passage un peu cru, j'en conviens
cavalier pour le moins puisque ça parlait cul
et disait, ce me semble, à peu près ce qui suit) :
Cassandre a dit Ceci
...Ah bonjour, entrez donc !
faites, je vous en prie
...le ventre sur la table, Ninon
...est-ce là que tu trembles ?
et oh et ah et han !
et voyons maintenant ce que dit ce cartable
...ça fait bien des devoirs
s'en remettre à deux mains serait pas raisonnable
...bonsoir...
Mais c'est la vie encore et de ce qui vous fâche
c'est de mâcher la mort dans un brin de genêt
puis d'en dévorer l'or sans plus le contempler
que vos cieux dont j'adore agacer les dieux lâches
(Cassandre est anarchiste ?)
Aussi quand je m'invite avec mon gris sourire
à vos farces de fête aux simiesques grimaces
et décolle des miettes prises dans la glace
le reflet sirupeux de vos masques empires
voici que le brouillard ceignant vos majestés
en déserte le socle et révèle les douves
et ce qui pourrit là des secrets que l'on couve
exhale ses humeurs jusque sous votre nez
Cassandre a du flaire
Et, oui ! ça sent la merde et la mort des soleils
tout le triste abandon des appels en souffrances
toute la contrition d'intimes appétences
et le saint sacrifice des simples merveilles
voici que vos créneaux chopent la chair de poule
et soudain mous du cou les donjons qui s'affaissent
que la herse édentée ne tient plus ses promesses
et tous les chevaliers qui rejoignent la foule
Cassandre a ses humeurs
tandis qu'au rempart sud montent des oubliettes
la très insupportable au regard indigence
et ses multiples voies entrant en résonance
pour former le fracas du seul Cri qui s'entête
à battre le rappel de tous les pieux serments
à couper le sifflet de tous les trains ignobles
à rendre la douleur des forêts, des vignobles
au passage enroué de tous les quatre vents
Cassandre a fini sa colère
Alors je ne tiens plus debout dans votre grâce
et l'aura de mon verbe est un casque de feu
qui vous donne la fièvre et vous ronge les yeux ;
vous dites : "À genoux ! À la niche ! À ta place !"
Cassandre a bien du chien
C'est bon ! C'est bon ! les chiens me sont plus fraternels...
mais je n'ai pas fini, car vous pleurez encore !
Pleurez-vous des amis les entrains, les transports ?
Pleurez-vous de vos nuits les vides essentiels ?
J'en ai cueilli des pleurs au chevet des regards
qui vous sortaient de sous l'arche du frontispice
qui vous faisaient la peau des joues comme un calice
et mêlaient à leur sel votre unique nectar
Cassandre a le dégoût simple
...Et non, vous ne pleurez que votre solitude
- on en fait des brassées qui couronnent les tombes,
mais n'apaisent jamais la gorge des colombes,
de ces pleurs ignorant toute sollicitude
Si j'en buvais le quart, en pisserais des fûts !
Adressez-vous ailleurs (d'ailleurs vous savez où)
Ce n'est pas mon affaire...
Oui, j'ai quelque exigence, alors, en la matière
Cassandre a des exigences en la matière
Peu m'importent du fond le goût ni la couleur
l'enveloppe... le rang... Je bois des pleurs limpides
la goutte qui vous tient en suspens dans le vide
aussi brutal et nu que l'est votre malheur
Et c'est quand vous chutez que je tire la langue
à qui je dois le don de muer votre peine
en poème, en chanson, en longue cantilène
et même, à l'occasion, en pamphlets ou harangues
Cassandre a du savoir-vivre
car je ferai grand cas - sans draper à outrance
de votre dénuement l'aube apocalyptique,
de votre dénuement toute la sémantique
en repeignant vos ciels d'une neuve espérance
avec les mots de paix, compassion, connaissance
qui sont l'oraison pure et vive de mourir
pour accorder à l'autre le soin de les dire
et bâtir à nouveau l'amour de l'existence
tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
15:07 Publié dans gris sourire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poésie, mythe de cassandre, avec des couilles, dans le potage, eh, planète, stop, hypocrisies, à l'antienne, mon pote, Κασσάνδρα, giraudoux
10.12.2009
Abeille & Fleur
Encore un train, connu, certain... et puis, du coin de l'oeil une accroche : deux passagères, visiblement très proches ; et puis les noms d'Abeille & Fleur qui me reviennent en résonance... alors, correspondances... allers /retours...
ABEILLE & FLEUR
Bientôt, bientôt petite fleur
peine d'être en peine de coeur
je changerai ta mine affreuse
pour une adorable berceuse
que tu viendras me réclamer
à l'heure de la nuit tombée
avec tes yeux remplis déjà
de somnolence dans mes bras
Mais oui, mais oui, mon miel orange
c'en est fini du rêve étrange
et ma présence à ton réveil
caresse tes ailes d'abeille
n'attendant plus que tu bourdonnes
pour que le monde entier résonne
entre tes mains remplies déjà
de notre ardeur et son éclat
Au chant qui passe
malgré la peur
et la menace
calme et douceur
et de tout heur
en face à face
Abeille et Fleur
s'aiment, s'embrassent
s'aiment, s'embrassent
Abeille et Fleur

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
à mettre en regard avec le blog d'Abeille & Fleur
21:37 Publié dans poLésiaques | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, homophobie, abeille et fleur, voyagez légers
variation corrigée
En voilà bien de l'éloquence :
« mon cœur » ! « mon âme » !
et puis des stances millimétrées...
quand on n'a jamais que deux pieds
s'agissant d'aller fair' bombance
où d'embrasser le sol gelé
des repentances navrées
Ouais, bon... c'est le conflit classique
du sobre et du kilométrique
(- ...du benoît et de l'érudit ?
- Non ! du blabla et du blabli)
Du moment qu'on s'en paie un' tranche
qu'importe comme l'on s'épanche ?
Non ! c'est écrit pour être lu
et par là encore être dit
Alors... alors... ?
à qui confier nos trésors ?
à icelle ou bien icelui ?
J'ai dit "chandelle", il a compris ;
elle y voit des bouts de ficelles en treillis
...il a compris quoi ? Va savoir !
Elle me boude dans le noir...
Qui a dit : « l'art, c'est franc de port
mais ça reste lourd à porter »... ?
C'est moi ? ...je n'avais pas cuvé
ou bien j'étais encore épris
de quelque inaccessible objet, ma vie
dis, au vrai, c'est de la plume, hein ?
ce délice antédiluvien
ce pied-de-nez aux abattoirs
ce nœud coulant à mon mouchoir
pour ne plus jamais oublier
comme on oublie de s'ennuyer avec
et des amis tous les visages
réchappent des anciens naufrages
quand le chœur des pleurs s'en récrie
de patatras en patatis
mais c'est la pluie qu'est à la fête
et pistache des vaguelettes
sur le vert calice apaisé
du lac salé
(et peut-être un peu poivre et sel
sous les aisselles, allez)
...avec qui déjà ? ...mais oui, toi
Toi, mon empire d'Atatürk
Toi, sourire doux (je bifurque)
Toi, la prochaine
avant la fin de la semaine
Va pour « mon cœur »
Va pour « mon âme »
et ce bouquet de fleurs en flamme
c'est-y bien pour vous ma bonn' dame ?
Va pour « mon âme »
Va pour « mon cœur »
Ah, la bonne heure !
(mais, s'il-vous-plaît...
laissons coroller dans les squares
nos rangs de tulipes sans fard)
tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
00:36 Publié dans poLésiaques | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poésie, vivifiante, manifeste, polétique, victor, tulipes
08.12.2009
au champ d'oubli
De trop malingres allumettes
dans ce champ perdu hérissonnent
coquelicots rouge sucette
leurs faces plates et pouponnes
dessous, des ombres caravanent
au défilé multicolore
des astres et des météores
fusant d'antiques sarbacanes
et le vent qui se veut discret
ricochète au flanc des collines
où n'osent même frissonner
l'herbe ni le buisson d'épines
Une étrange désolation
embrase de ce paysage
le lit de rocailles sans âge
et le dernier fruit de saison
le temps y fait quelques passages
en terrain de jeu favori
il y est à son avantage
à toiser la morgue et l'ennui
car ici pas âme qui vive
qui n'ait été rêvée d'abord
pour venir affranchie de corps
faire l'expérience intensive
de l'oubli
Une maison s'élève là
juste comme une autre s'enfonce
aspirant après elle ronces
carlines, chardons et gravats
dans l'enceinte d'un jardinet
un vieux cognassier seul en terre
porte à bout de bras solidaires
une impression d'orangeraie
ajoutant aux couleurs criardes
un velouté plus liquoreux
dans cette lande qui blafarde
sous le furieux combat des cieux
Aucune main pour s'inquiéter
des grains de pollen qui s'entêtent
à chercher où croître essaimés
dans la poussière qui volète
et sans oreille à émouvoir
un chant hurle sa fulgurance
où gargouille - bien triste gloire,
l'écho de stériles jouissances
Âme, mon âme, reprends-moi
abandonne ce vain séjour
je n'ai pas dit tout mon amour
et ne veux demeurer sans voix
dans l'oubli
cet oubli
de ma vie

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
10:38 Publié dans gris sourire | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : poésie, oubli, rêve, abandon, rigueur, manifeste, polétique, coquelicots, rouge, sucette
05.12.2009
poésine
Cet arbre qui chante
et verse à l'hiver son écot
se laissant plumer jusqu'à terre
sans pour autant courber le dos
Cette main qui tremble
au moment de toucher au but
tient dans le temps qui lui ressemble
un bonheur entier suspendu
Ces yeux qui se ferment
préservent d'un dernier rempart
toutes les délices en germe
au jardin nu de nos regards
C'est toi ! c'est bien toi, poésine
sève de rêve, ma résine
qui me déloges des torpeurs
où fane tout... les noms, les fleurs...
C'est toi le sang frais de mes chants
toi, la source des renaissances
toi, lumière et ombre qui dansent
toi, mon précieux médicalmant
tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN
&ditions TwalesK
11:00 Publié dans effet : mes rides | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, manifeste polétique, substance, poétique, rinafoute konmshoote









