30/09/2014

pierre austère

PREMIER QUART
 
Je ne pousserai plus, au soir, la chansonnette
où persiste pourtant une chère langueur
Je préfère être assis sur ce croissant, rêveur
à pêcher des nuées le silence têtu
 
À mon dernier portail, tirée la chevillette
j'ai piqué l'Au-Revoir à mes semblables sueurs
sur un papier mâché où ont séché des fleurs
car ce qui m'habitait ne me reconnaît plus
 
Puisque l'absence d'air ici est un régal
et chaque lunaison, une occasion en or
de changer au Zodiaque un trajet de Centaure
qu'irais-je m'empêtrer les pieds dans le tapi ?
 
J'ai quatre fois vingt ans sur mon disque d'opale
chaque mois n'est qu'un jour, chaque jour un trésor
Quand tu lèves le nez, tu n'y vois que ta mort
moi qui le suis déjà, en ai fait mon logis
 
 
DEUXIÈME QUART
 
Lune
sans L'Une
affranchis mes sades infortunes
 
Taire
cent terres
conforte mes amours opportunes
 
Et je crèche là-haut
avec un sang nouveau
à pêcher tous les mots qui me viennent
 
Jamais plus je ne crains
le jour ni le matin
ni ma main au regret de la tienne
 
 
TROISIÈME QUART
 
Ellipse ! Ellipse ! Ellipse...
épargne-moi bientôt une prochaine éclipse
 
 
DERNIER QUART
 
Jeux sombres
 
 

Gaëna da Sylva,photographie,sensuelle,nip,seat

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un Impromptu Littéraire - tiki#224
(exclu' tiki#223, par ici)
crédit photo : Gaëna da Sylva

29/09/2014

Longuet, t'es !

Cet été à n'en plus finir
tirait des bords sous les balcons
s'offrant des couchants à languir
à peu de frais, d'autres frissons
 
Si cela prolongeait ma peine
(un mois ferme et à résidence)
je voyais fondre la semaine
et laissai faire le silence
 
Là, s'étiolaient nonchalamment
la parole douce à l'oreille
le geste simple et caressant
le regard fleurant le sommeil
 
De servitudes volontaires
en conventionnelles révoltes
se fatiguait mon solitaire
indifférent à la récolte
 
Dehors, ça roussissait un brin
les verts plastrons de l'avenue
la montre au poignet citadin
le cheveu blanc de sa dodue
 
Dedans - je veux dire, où j'en suis...
des folies se serraient la pogne
et s'embrassaient des comédies
les masques tombées sans vergogne
 
Et ça me coulait de partout
- les obstinations estivales !
je baignais jusqu'au ras du cou
dans l'air trop trop sentimental
 
Alors, j'ai refermé le soir
sur sa tenace mélodie
pour me tourner vers le couloir
de mon solitaire interdit
 
 

Laurence Le Masle

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
 

pfuit !

Un bon peu d'air court sur le cuir
rives d'hier, l'âme respire
et de reflets en longs échos
sait s'attacher à ce que vaut
(tandis qu'au loin se vautre l'or)
le souffle qui dit "je t'adore"
 
La fenêtre n'a rien fermé
ni des allées ni des venues
de mon rêve aussi continu
qu'un regard et son échappée
 
Qu'il fait bon ne plus se mouvoir
qu'entre le blanc, le gris, le noir
et la texture
contrastée de leurs fantastiques ouvertures
 
Qui saura jamais la chanson
que frissonnait la haie, alors
(quand rougissait l'or au-dehors)
- ou le feutre de tes chaussons ?
 
Approche ! Approche, épaule amie
ton gentil soir
qu'entre le blanc, le gris, le noir
s'embrasent nos purs appétits
 
 
 

Jean-Pierre Bouyge

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour une vision de mon Ami De Toujours
crédit photo : Jean-Pierre BOUYGE.

21/09/2014

Chut !

Silence, distance anonyme
où lumière danse et s'abîme
quelles paix, quelles trahisons
ne dis-tu jamais en ton nom ?
 
Silence, obscure discipline
capable de joies assassines
et des plus savoureux mourrons
quelle est cette perle à ton front ?
 
Nulle réponse, est-ce là fin ?
 
La main dans l'étrangère main...
Le regard enjambant le pont...
L'ouvrage et son lâche abandon..
Le mot fermé devant le point...
 
Silence envahi du cri sourd
des trop persistantes amours
ton atmosphère est saturée
d'infertiles succès d'années
 
Mais, silence, douce habitude
ouverte à tant de latitudes
et propice à la résilience
offre-moi ton bras, que je danse !
 
Un écho vibre, est-ce la faim ?
 
La main dans la nouvelle main...
Le regard épousant le fond...
L'œuvre sublime du pardon...
La parole naissant à point...
 
Silence habité de sourire
d'envie de pleurer ou de dire
arme le cran de mon vacarme
et souffle sur ma joue la larme
 
 
 

Laurence Le Masle

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
 

20/09/2014

Cloche et tons

Et ding ! Et dong ! Ah, ces clochers...
Ils se répandent de l'oint en l'oin
à la venue de la nuitée
rapatriant tous les quotidiens
 
Ça va dracher ! C'est pour ce soir
Notre Bonne Craie fait grise mine
Tous les ballets, dans les couloirs
convergent à l'appel des cuisines
 
Bonjour chez vous, et bien des choses
à votre dame et son sacerdoce
Refermés les boutons de rose
après les grilles sur les négoces
 
C'est le grand bal de la soirée
aux chorégraphies très domestiques
Comment effacer la journée ?
Voyez ces postures amnésiques !
 
C'est-y pour vous, ce festival
de commodités a priori ?
N'y céderai pas mon cheval
pas plus mes songes ni leur folie !
 
Aussi, je suis dehors encore
à m'embarquer "...avec elle au cœur.."
à chevaucher des météores
à rehausser mon fleuve de fleurs
 
À mitrailler de ricochets
cette surface, enfin seul et lisse
brouillant de l'Une les reflets
le nez marron comme j'ai la cuisse
 
Voici la pluie, comme promis
Je me réfugie sous des baleines
Je leur soumets la mélodie
que m'inspire à main gauche la plaine
 
Clochers éteints, jusqu'au matin
je puis savourer la nuit orange
martelant d'un pied citadin
le chemin dont je salue les anges
et m'en retourne
la carne à l'endroit où mon rêve séjourne
 
 

Laurence Le Masle,cloche

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK