26/07/2014

split et ideat

Tant de foi mise à la pesée
sans pouvoir en tirer parti ?
Quoi d'hier en cet aujourd'hui
ouvre des raisons d'espérer ?
 
Ils font le moins bon, le meilleur
du sentiment, de l'esprit, l'âme
d'un bord à l'autre de la trame
tissent, navettes, les humeurs
 
De sang, de platine, d'argile
d'herbe écrasée sous le pas lent
(et sourd, et peut-être innocent)
l'enchevêtrement, fil à fil
 
Que survienne au plus pur dessein
l'accidentelle déchirure
une apaisante tessiture
vibre sous de câlines mains
 
Comme le rêve est insipide
est la joie sans lumineux ors
quand ils n'ont pas pris leur essor
depuis les terreaux apatrides
 
De même, toi qui n'es plus rien
que l'idée que j'ai pu m'en faire
je raccommode ton mystère
à mon intime va-et-vient
 
Qu'importe qu'au-delà des nues
jeté sans espoir de retour
mon regard poursuive son cours
cette errance le constitue
 
Je demeure à mon postulat
rigoureux, l'artisan fidèle
de l'hasardeuse ritournelle
filant le split et l'idéat
 
 

métier à tisser

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

25/07/2014

Tant que le sable y est...

Immuablement si changeante
que l'est la frange littorale
aux chromatiques vespérales
se maquille d'humeurs l'attente
 
Au bout, tintera le signal
d'un nouvel égal sentiment
mais c'est ici, dans le suspens
que chaque instant m'est un régal
 
Parvenu à l'intersection
de la mer et sa métaphore
au sablier, je boude encore
l'inévitable solution
 
En acrobate, j'improvise
une mâchoire à crémaillère
pour empêcher que l'hémisphère
ne s'écoule trop à sa guise
 
Sur ce rivage, il n'y pas foule
que des songes panoramiques
et des lueurs antinomiques...
De l'autre côté, c'est le moule !
 
 

crémaillère

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un Impromptu Littéraire - tiki#218  

19/07/2014

L'Enfumeuse

Dans ses yeux logent des nuées paroxystiques
qu'elle refuse à de malingres coutumiers
indignes de ses élans magmatiques
qu'elle réserve à son divin particulier
 
Dès le matin, elle chérit sa familière
(la toux grasse qui la prend avant le café)
sitôt s'affaire à bourrer sa pipe en bruyère
avec des gestes lents, gracieux et mesurés
 
Tandis que gargouille le filtre, à la fenêtre
elle se trouve des raisons de rester là
juste à l'endroit prescrit pour ne pas apparaître
au lever de rideau où nul ne l'attendra
 
Et ça va continuer ainsi, le jour durant
ponctué d'entrechats, placides, sabbatiques
montant vers le plafond en longs volutes blancs
enrobés de mourons aux soupirs cathartiques
 
Je lui porte, à l'appui d'un discret voisinage
une curiosité, furtive ou récurrente
s'y trompe mon ennui en fantasques hommages
quand ses ronds de fumée montent vers sa charpente
 
À la tombée du jour, elle s'anime un brin
déroule ses cheveux et s'offre un pas de danse
puis, va se maquiller, se rhabiller de lin
et file en quelque lieu se divertir, je pense
 
Elle rentre parfois au bras d'un singulier
qui la quitte au matin - jamais après midi...
Elle, aura déjà mis en paume son foyer
l'autre main employée à prolonger sa nuit
 
M'eût-elle remarqué qu'elle n'y changea rien
ni à son quotidien, ni à sa dilettante
Est-ce à moi qu'elle adresse un signe de la main ?
Elle part enfumer Cybèle, Atalante !
 
 

L'Enfumeuse

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Illustration : reproduction en étude libre d’une œuvre de Liu Baojun. 

Mon silence affamé

Silence rassasié de sonore aujourd'hui
(à dévorer les bruits qu'agitait l'alentour)
je mets à ta portée de possibles amours
qui ne verront le jour qu'au plus fort de l'ennui
 
Au coin, le fauteuil vert livre ses confessions
arme un semblant de chair à son bras de velours
en déduit un roman de fluides parcours
Je vais perdre ma vue à sa résolution
 
Je travaille au secret d'une simple musique
les doigts sur le clavier fermé à double tour
dont j'ai lâché la clé peut-être dans la cour
avant de m'occuper d’épure et de métrique
 
À l'étage, un esprit seul en sa chambre noire
fixe un moment compris entre ici et toujours
puis, recoiffe à la Klimt une veuve au sein lourd
et rompue à l'attente infinie des boudoirs
 
C'est l'heure, le soleil tire son bas profil
Souverain inutile, emporte les espoirs...
Ton somme est sur la ville où longe ses trottoirs
mon silence affamé à nouveau en exil
 
 
 

Gaëna da Sylva

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré des Confessions du Fauteuil Vert, de Gaëna da Sylva, photographe.

18/07/2014

corrida (talk show blues)

Trop d'yeux frais pour la dérobade
si peu à fredonner en chœur
Une foire est sur les hauteurs
de la citadine parade
 
À peine a fleuri la tulipe
au fulgurant anonymat
que se fomente un attentat
au square où passe l'archétype
 
Les bruits de pirates hardiesses
couvrent le murmure amoureux
lissé de cheveu à cheveu
pour que les âmes se caressent
 
Kératine hélicoïdale
au bouclier de mélanine
qu'assignes-tu l'hémoglobine
aux fers complexés ou au pal ?
 
Sarabande au front imbécile
- et quoi, pour quelques quarante acres ?
ton vil et aveugle massacre
glisse une perle noire au fil
 
Hurray, hourra et hallali !
La bête est morte dans l'arène
pour la joie de la bête humaine
qui rentre coucher ses petits
 
On - ce con qui ne dit son nom !
va bientôt se taper la cloche
un mouchoir noué dans sa poche
pour la prochaine expédition
 
Watusi, heureux bovidé
broutant bien loin de nos collines
c'est ton frère qu'On assassine
en tuant le mien sous mon nez
 
Belliqueuses substitutions
qui saccagez à qui mieux-mieux
la folie vous crèvent les yeux
d’œdipienne malédiction !
 
Libidineuses catastrophes
vous vous racontez à l'écran
arguant de votre incontinent
pour justifier vos apostrophes
 
Urémies de l'humanité
vous conchie comme je vous pleure
mais plaise aux amis que j'en meure
s'il n'est de solution qu'armée
 
Et quoique j'aime l'ombre fraîche
où reposent mes deux enfants
je ne les céderai pourtant
jamais à vos pensées trop sèches
 
Sinusoïdal appétit
l'enfantine curiosité
saura toujours vous opposer
la ténacité de l'esprit
 
 

alarmes

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Où l'illustration s'honore :
...'cause we haven't been paying attention...
 
Et encore, merci à Sam Nô ;) Brother in roar