19/07/2014

L'Enfumeuse

Dans ses yeux logent des nuées paroxystiques
qu'elle refuse à de malingres coutumiers
indignes de ses élans magmatiques
qu'elle réserve à son divin particulier
 
Dès le matin, elle chérit sa familière
(la toux grasse qui la prend avant le café)
sitôt s'affaire à bourrer sa pipe en bruyère
avec des gestes lents, gracieux et mesurés
 
Tandis que gargouille le filtre, à la fenêtre
elle se trouve des raisons de rester là
juste à l'endroit prescrit pour ne pas apparaître
au lever de rideau où nul ne l'attendra
 
Et ça va continuer ainsi, le jour durant
ponctué d'entrechats, placides, sabbatiques
montant vers le plafond en longs volutes blancs
enrobés de mourons aux soupirs cathartiques
 
Je lui porte, à l'appui d'un discret voisinage
une curiosité, furtive ou récurrente
s'y trompe mon ennui en fantasques hommages
quand ses ronds de fumée montent vers sa charpente
 
À la tombée du jour, elle s'anime un brin
déroule ses cheveux et s'offre un pas de danse
puis, va se maquiller, se rhabiller de lin
et file en quelque lieu se divertir, je pense
 
Elle rentre parfois au bras d'un singulier
qui la quitte au matin - jamais après midi...
Elle, aura déjà mis en paume son foyer
l'autre main employée à prolonger sa nuit
 
M'eût-elle remarqué qu'elle n'y changea rien
ni à son quotidien, ni à sa dilettante
Est-ce à moi qu'elle adresse un signe de la main ?
Elle part enfumer Cybèle, Atalante !
 
 

L'Enfumeuse

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Illustration : reproduction en étude libre d’une œuvre de Liu Baojun. 

Mon silence affamé

Silence rassasié de sonore aujourd'hui
(à dévorer les bruits qu'agitait l'alentour)
je mets à ta portée de possibles amours
qui ne verront le jour qu'au plus fort de l'ennui
 
Au coin, le fauteuil vert livre ses confessions
arme un semblant de chair à son bras de velours
en déduit un roman de fluides parcours
Je vais perdre ma vue à sa résolution
 
Je travaille au secret d'une simple musique
les doigts sur le clavier fermé à double tour
dont j'ai lâché la clé peut-être dans la cour
avant de m'occuper d’épure et de métrique
 
À l'étage, un esprit seul en sa chambre noire
fixe un moment compris entre ici et toujours
puis, recoiffe à la Klimt une veuve au sein lourd
et rompue à l'attente infinie des boudoirs
 
C'est l'heure, le soleil tire son bas profil
Souverain inutile, emporte les espoirs...
Ton somme est sur la ville où longe ses trottoirs
mon silence affamé à nouveau en exil
 
 
 

Gaëna da Sylva

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
inspiré des Confessions du Fauteuil Vert, de Gaëna da Sylva, photographe.

18/07/2014

corrida (talk show blues)

Trop d'yeux frais pour la dérobade
si peu à fredonner en chœur
Une foire est sur les hauteurs
de la citadine parade
 
À peine a fleuri la tulipe
au fulgurant anonymat
que se fomente un attentat
au square où passe l'archétype
 
Les bruits de pirates hardiesses
couvrent le murmure amoureux
lissé de cheveu à cheveu
pour que les âmes se caressent
 
Kératine hélicoïdale
au bouclier de mélanine
qu'assignes-tu l'hémoglobine
aux fers complexés ou au pal ?
 
Sarabande au front imbécile
- et quoi, pour quelques quarante acres ?
ton vil et aveugle massacre
glisse une perle noire au fil
 
Hurray, hourra et hallali !
La bête est morte dans l'arène
pour la joie de la bête humaine
qui rentre coucher ses petits
 
On - ce con qui ne dit son nom !
va bientôt se taper la cloche
un mouchoir noué dans sa poche
pour la prochaine expédition
 
Watusi, heureux bovidé
broutant bien loin de nos collines
c'est ton frère qu'On assassine
en tuant le mien sous mon nez
 
Belliqueuses substitutions
qui saccagez à qui mieux-mieux
la folie vous crèvent les yeux
d’œdipienne malédiction !
 
Libidineuses catastrophes
vous vous racontez à l'écran
arguant de votre incontinent
pour justifier vos apostrophes
 
Urémies de l'humanité
vous conchie comme je vous pleure
mais plaise aux amis que j'en meure
s'il n'est de solution qu'armée
 
Et quoique j'aime l'ombre fraîche
où reposent mes deux enfants
je ne les céderai pourtant
jamais à vos pensées trop sèches
 
Sinusoïdal appétit
l'enfantine curiosité
saura toujours vous opposer
la ténacité de l'esprit
 
 

alarmes

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Où l'illustration s'honore :
...'cause we haven't been paying attention...
 
Et encore, merci à Sam Nô ;) Brother in roar
 
 

Vin de quatre heures…

...et un quart devin.
 
 
Ovales sans cérémonial
sous vos arrondis féminins
des fatigues matrimoniales
ourlent un plantureux festin
 
Brigandons une heure estivale
en ce nocturne effarement
aux lentes parades astrales
immuables d'égarement
 
Somnifère sentimental
épargne les avidités
que cet appétit cannibale
souhaite mener à satiété
 
À l'organique festival
aucun superflu décorum
La carne seule pour canal
se commettre, la femme et l'homme
 
Ah, le bel heur quand l'animal
va découvrir la profonde heure
(sans être de l'autre l'égal)
que de s'en régaler le cœur
 
Demain sera trop matinal...
Brisons avant que la journée
fige d'un glacis trop banal
chaude palme, une nuit d'été
 

Mary Poppins

 
tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un Impromptu Littéraire - tiki#217 
 

Même nuit, même jours

(Nocturne... jouez, pianos)
 
Aussi mort que les feux persistants de l'étoile
je sais que ton regard n'a plus de bienveillance
et ça, depuis longtemps qu'est retombé le voile
au pied de l'arbre creux des mornes suffisances
promptes à condamner
 
Nocturne cécité, souffle une fois pour toutes
les trompeuses bougies dont s'orne ton autel
que je l'embrasse enfin d'une vision sans doute
et chérisse des yeux les signes fraternels
d'anciennes amitiés
 
Obscure évanescence aux paroles fantômes
quand détourneras-tu de ma voie solitaire
ta prégnance obstinée, tel un vieux métronome
intimant à mon chant son rythme autoritaire...
Te lerras-tu mouri' !?
 
Une pâle inquiétude au front horizontal
traîne sa longitude à l'injonction du jour
sur la scène où reprend la farce sociétale
pour le même navet de placides amours
et de gloires sans prix
 
Je vais, les yeux fermés, souscrire au bavardage
« Tenez, mon bon monsieur, voici votre pain rond »
« N'étiez-vous pas naguère avec Elle en ménage ?"
« Les étoiles m'ont dit qu'aujourd'hui, c'est tout bon
pour votre zodiacal... »
 
J'use de politesse et j'entre au générique (!)
J'abonde, je fabrique un civil imago
surfant sur des rouleaux d'apartés hygiéniques
que s'offre - Ça est là ! mon rebelle cerveau
« Va ! Soupire, animal... »
 
Mais je reste encombré de pollutions stellaires
alors que mon esprit se cherche un oubli sûr
Ce pauvre cinéma ne saurait m'en distraire
Dans l'ombre, sous mes pas; crisse une salissure
aux chagrineux contours
 
Le ciel est un boulet rivé à ma cheville
une tête de mort dans ma paume froissée
Sauf à en dégripper le roulement à billes
le mensonge d'un astre égraine au sablier
même nuit, mêmes jours
 
 

papier hygiénique

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
...'Cause the same stars that cover you, they cover me...