26/08/2014

Onzième nuit

C'est bientôt la douzième nuit, ma chère alarme
Choisis-le avec soin l'œil qui va se fermer
Par l'autre, grand ouvert, un monde va passer
Déjà, le Lent Demain vient déposer les armes
 
Sur ses genoux de vieille est tombée, rousse, l'heure
Ses cheveux colorés pissent dans les nuages
La ville ramassée dégrafe ses corsages
Dans un demi-sommeil, tremblent d'anciens bonheurs...
 
« D'où m'es-tu revenu, catastrophique amour ?  »
« Comme on t'a bien coiffée, ma sublime grand-mère !  »
« Oui, c'est après ton sein que j'ai couru, Mystère...  »
« Ma fille à quatre mains vient chanter dans ma cour »
 
Les bruits de cette nuit se rhabillent d'orange
Une idée après l'autre, un règne d'oubli croît
Tout se résume enfin à ma dernière foi
Au premier coup sonné, j'entends pleurer mes anges
 
Et ça vibre là-haut, dans le ciel incertain !
(je n'en crois pas un mot, mais c'est bon de le dire)
Ah, ça y est ! J'ai brisé la forme et son empire
autant y retourner, c'est toujours du bon pain...
 
« Encore une chanson, s'il-te-plaît, ma mémoire...  »
« Bon, le numéro neuf... Va pour la nostalgie...  »
« De toutes, je suis veuf ! et voilà l'ironie...  »
« J'aime tant ces fantômes, leur faconde, leur gloire... »
 
Là, au septième coup, je ne fais plus le fier
Avec cet œil fermé, j'ai l'air d'être imbécile !
Je me sens égaré, en volontaire exil
Le monde me pénètre, et c'est pas mince affaire !
 
Une pèche écrasée me ravive la bouche
Une vaste nuée prépare son vacarme
Une mort annoncée n'arrache aucune larme
Un malingre poucet regrette un peu sa couche
 
« Bonsoir, tristes mortels aux sourires béats !  »
« Allez ! Vous revoilà, musique et tes visages...  »
« Quoi... ?! Je les ai signés mes plus-vibrants-z'hommages !  »
« Ah, non ! Foin des missels au maussade nougat… »
 
Purée sans champignons, la nuit avance vite
Le doute qui s'invite a le goût de ta chair
- toi, qui m'auras tué plus qu'une fois hier...
Je garde un œil fermé sur ta larme hypocrite
 
Par l'autre, un monde passe et me vide les sangs
La nuit se rafraîchit, même si loin du fleuve
Quelques belles z'amours s'illusionnent de preuves
Leur vie, de guerre lasse, isole, incidemment
 
« Bon, c'est bien beau tout ça, mais on touche à l'ultime...  »
« L'aube ne viendra pas, je l'ai décommandée...  »
« Que s'arrête mon pas, mais perdurent mes fées !  »
« Plus rien à condamner, revenons à l'infime »
 
Mais l'aurore déjà lève son hypothèque
Le rêve doit finir
 
 
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tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

25/08/2014

Change-m'en ! songe...

Je ne changerai rien au rythme des marées
rien aux amours données le cœur nu sous la main
rien à l'espoir laissé dans un regard voisin
mais j'effacerais tout pour savoir oublier
 
Non, que l'absurdité de l'instant ne diffère !
Que les ors bondissant sur le fleuve perdurent…
Que m'importe à présent la couleur des voitures…
Puisque je n'y peux mais, comment dire j'espère ?
 
Admettons, je le peux ! modeler l'alentour...
J'ouvre alors sa fenêtre, en rassérène l'air
Je recouds des matins les trop lâches revers
J'y embrasse les yeux qui m'ont parlé d'amour
 
Mais, si je vais plus loin - dans l'humeur assassine !
je n'hésiterai pas à massacrer l'or rance
ses vains salamalecs, ses hypocrites transes
et ce qui va avec : les ardeurs intestines !
 
Je repeins le soleil avec les mots du soir
- tu sais, ce que l'on dit seul au monde et pleureux...
Je dessine à la lune un visage amoureux
que ta main dans la mienne ait un nouvel espoir
 
Que ma main dans la tienne ait confiance - toujours ?
 
 

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tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
écrit le 24 août 2014, date anniversaire pour tous ceux qui lui furent chers et l'ont aimée.

22/08/2014

immobile pugilat

Pour ce nouveau reflet de ta belle personne
voici l'or annoncé dans le ciel qui résonne
 
Une ombre a dépassé l'heure de se revoir
où la duplicité s'offre un nouveau boudoir
 
Glisse une main plus haut, que vibre cette scène
et sa lutte au cordeau avec les meubles chêne
 
It lives on a fake, you see, le vilain soir
dont tu te prémunis derrière un cheveu noir
 
La vie t'arrache un œil, mets dans l'autre ton âme !
depuis son vaste seuil en réchappent tes flammes
 
Avalanche de mots, les pas dans le couloir
tiennent dans ta photographie, dans son miroir
 
Tu floutes les parties qui disent qui tu es
dans les bras reverdis d'un fauteuil fatigué
 
 
 

Gaëna da Sylva,photographie,sensuelle,nip,seat

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour une photographie de Gaëna da Sylva
 

21/08/2014

Chiffonnade

Le regard l'un à l'autre, le rêve se noue
tisse le brun , le roux, confectionne l'étoffe
où s'étendent bientôt les tendres apostrophes
qu'offre l'intimité des lèvres dans le cou
 
L'amer s'est retiré devant la mélodie
L'ombre étale adoucit la terre sèche encore
Du ciel ont déserté toutes les anaphores
La saison finissant murmure en harmonie
 
La torpeur a figé la dernière caresse 
Des yeux gavés, l'ivresse a joint les devantures
- qu'ils songent de concert, ça ! je n'en suis pas sûr...
Lentement, la journée défait sa longue tresse
 
Voici la catastrophe - elle était attendue !
Quelque rage incongrue file une remontrance
Adieux, jolis matin parfumés d'espérance...
L'histoire, tout soudain ! dégrafe ses vertus
 
« N'étais-tu pas mon or ?! » ; « Allez, vae soli ! »
« Où es-tu, ma partie ? » ; « Je t'aurais voulu mien ! »
Et passe à l'écheveau le reproche sans fin
De ce qui fut certain, l'idée s'évanouit
 
Voici qu'un vieux matin se cherche des raisons
d'engranger les blasons qui traînent dans sa cour
Dévidant la saison, le rouet n'a plus qu'un tour
Mieux vaut mettre les mains sur un autre chiffon
 
Mais comment terminer - en rimes féminines
dans un quatrain ouvert, mes troubles appétences
quand ce que j'ai chéri a le goût de l'or rance
qui m'a rongé le songe et défait la bobine... ?!
 
 

Laurence Le Masle

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

19/08/2014

nocturne brousse

J'ai embrassé ma mort
elle avait le teint mat
le sourire adéquat
et sa fierté de port
 
Nul doute qu'elle ignore
et ce que j'aime d'elle
et ce qui m'ensorcèle
et ce qu'elle vient clore
 
Et comment l'oublier
quand - et chaque matin !
elle me tient la main
où vibre mon entier...
 
Je compte mes pensées
sur leurs bouts de ficelle
Encore un baiser d'elle
et fanent les années
 
Oh, mes yeux, prenez l'air !
Il en reste alentour...
N'y cherchez que l'amour
aux portes de l'hiver
 
Car vivre dans son aire
(mon aigle aux plumes rousses)
vaut de nocturne brousse
la mare salutaire
 
Il faut boire, pourtant !
mais l'ombre, sans pitié
pardon, ni amitié
sourira méchamment
 
 

poésie,et merde !

tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK