06.11.2009

porte vue

Je vois... un jardin... il est sale
Des arbres mangent... une lune pâle
bavent du lière sur les buissons

Ce jardin est un abandon... épais... profond,
il s'y empêtre des saisons
un confus amalgame

d'odeurs... de couleurs... flamme,
terreuses... piteuses...
et réchappées de quelque drame

Ici, le règne du vétal
l'emporte sur l'autre... animal
avec... une arrogance... totale

J'avance... du moins, je le pense... je l'espère
Prudence... plat, mon pied sur la terre
qui grogne... maudit ma présence... et me pousse

J'avance... dans l'indifférence... de la mousse

Je vois... comme une lisière... c'est un mur
Parfois... c'est une montagne... envahie de verdure
J'ai froid... je voudrais quitter... ce vilain cauchemar
Et quoi !... là... là, comme j'avais... ravalé tout espoir

Une porte
Une porte... l'ouvrir ?
Une porte ! ...Qu'en dire ?
que je pourrais... en quelque sorte
me délivrer de ce délire
pour trouver quoi ? ...derrière la porte :
bien mieux ? ...bien pire ?

Je l'ouvre... les yeux fermés
J'en passe le seuil... troublé
Je tire la porte derrière moi
J'ouvre les yeux

Je vois...

DOOR3.JPG

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un défi du samedi qui sonore...


le port du casque est jaunement recommandé cax0.gif 

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

 

02.11.2009

et avec ça, ce sera tout ?

Avec tout le bois mort des forêts insoumises
 tous les élans des amours ravageuses
 tout le soutien des terres généreuses
 tous les secrets attendant qu'on les dise

Avec les chiens perdus pour la bonne caresse
 les orphelins du plus simple sourire
 les solitudes à n'en plus finir
 les portes closes sans laisser d'adresse

Avec le peu de temps que chante la cigale
 la saison neuve où cette autre s'effeuille
 le rouge feu du soir qui monte à l'œil
 l'aube, son voile et sa danse orientale

Avec un petit rien que c'est un vrai bonheur
 une main pleine de caramels mous
 un vent marin glissant des billets doux
 une tartine confiture et beurre

Je ferai les barreaux de l'échelle à gravir
d'après Fabien NOURRISSONpour l'apposer au ciel sur le petit matin
en priant le Pierrot de vite déguerpir
décrocher de la lune le miroir sans tain

et te l'offrir
(mais cela va sans dire)

et boire un vers
au calice lunaire
avant de le jeter en l'air

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustration : d'après un bronze de Fabien Nourrison

impromptu littéraire (remanié)- tiki#57

29.10.2009

HEXÆMERON

(parenthèse cosmique)

L'orage passé, la terre et ses humeurs
le ciel intimidé quoique propre ose peu
l'arbre pleure
  dans un presque silence
  des larmes de géant s'écrasent à ses pieds
la fraîcheur appelle tout à elle
  le feu même a des ailes pour la rejoindre
  notre feu étendu
  dans sa force nouvelle nos corps détendus
la chambre tremble à nouveau, mais c'est de frissonner
  avec toute la terre et le ciel et le vent
  le vent qui fait danser les cheveux du géant
  hilare maintenant

dragon1.jpgUn cortège se forme
  la nuit au bout et nous devant
se met en branle
entraîne ce qu'il touche
  ce qu'il croise
    ce qu'il déniche sous les ardoises
       dans ses poches vides
d'un mouvement limpide et gai
fluide sang frais

tout ce qui a de l'esprit se ressemble
  se reconnaît dans ce dragon
  y loge des lampions que le fleuve a rendu
  et des mots feuille d'or
  aussi des calligrammes
et c'est la fête du monde

c'est la fête du monde en un mot, à l'instant
craché haut dans le ciel comme un oeuf blanc
qui se brise
et tout le chaos s'électrise
dans une pluie nouvelle
où somatise à tire d'ailes
le vol planant du dragon dans le ciel

Je t'offre un des bris de coquille et tu le manges
Tu m'offres un bris de coquille et je le mange
  et notre malheur est étrange
  il est d'avoir conscience des anges
  en un mot, à l'instant

Maintenant sur notre lit
entre nos corps éblouis
une ombre a passé l'éponge
  la fraîche paix d'un songe investit
  la place d'un feu nourri et l'apaise
  en soufflant doucement sur la braise
à fleur de mots

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

18.10.2009

chanson d'automne

(chanson de genre tsoin-tsoin)
feuille-morte.jpg

Les feuilles mortes, mortes, mortes
'faut que j'en sorte, sorte, sorte
avant de prendre un coup de pelle
un coup de trop dans la cervelle
ou que me pousse un champignon
là, sur le front

Les ciels d'automne, tonnent, tonnent
qu'on leur pardonne, donne, donne
d'être si longs que cramoisis
crème framboise sous le gris
éclaboussant - courbé le dos,
tous les manteaux

Ah, c'est pas des façons de vivre
pas des manières à suivre
d'écouter aux portes les cuivres
qu'on frotte au chiffon à salive
tristesse
langueur
et le goût pour le Mahler

Les vagues longues, longues, longues
de ce love song, song, song
au vrai me cassent les oreilles
cure ou Satie, c'est tout pareil
une froide tasse de thé
endimanchée

Les cartes lentes, lentes, lentes
de la patiente, chiante, chiante
c'est du rêve que l'on oublie
la vie qui ne fait pas un pli
qui s'arrange l'inéluctable
dessus la table

Oh, c'est trop de peine à souffrir
trop de rengaine à gémir
que ces violons, que ces pianos
et tout l'ennui de nos marmots
soupirs
murmures
et le goût déconfiture

C'est l'heure hélas, lasse, lasse
où tout s'efface, face, face
les chants qu'on aurait chanté mieux
si l'on n'avait baissé les yeux
les yeux qui perdent leur été
dans le foyer

Les feuilles mortes, mortes, mortes
'faut que j'en sorte, sorte, sorte
avant de prendre un coup de pelle
un coup de trop dans la cervelle
ou que me pousse un champignon
là, sur le front

Ennui_1914, by Walter Richard Sickert.jpg

illustration : Ennui, Walter Sickert - 1914.
tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK - tiki#55

et maintenant, en musique ?

 

14.10.2009

fractales

(ma ration d'obtus ?)

 

noir
obturateur_actus.jpg
au boulier des sourires niais
des chapeaux en chapelets
camaïeu de linges légers
le toutim en espalier
 noir
 enfin, je quitte mon pied

noir
est-ce un magma de cheveux roux ?
dans l'arbre un dernier vent d'août ?
la dérobade d'un matou ?
intension floue ?
 noir
 je m'en frotte l'étui, pour le coup

noir
le calme roule des collines
douces flanquées d'une ombre fine
au tétin repose, enfantine
la pâle mine
 noir
 il fait chaud dans ma chambre noire

noir
obturateur_optimo.jpgrond et lisse comme une pomme
songeant le monde entier en somme
si près d'entrer en son barnum
un petit-d'homme
 noir
 je change d'objectif

noir
verte lèvre rocailleuse
l'alpage aux courbes généreuses
dans le bleu sempiternel
d'un lac-en-ciel
noir

noir
lumignons qui sarabandent
orangeade de guirlandes
par le bourg
au pied d'un géant sourd
noir

noir
obturateur_ilex.jpgla grisaille mitraille
méthodique pagaille
une pluie où se noient
les jardins et les bois
noir

noir
voiles à l'épandage
absence d'un visage
l'éther au goût amer
où meurent les prières
noir

noir
absorbé l'éphémère
je garde toute lumière

noir
je vous laisse développer
(et mettre au présent le passé)

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
impromptu littéraire - tiki #50

 

50BRIT1.JPG
bon, tout bien considéré et incluant une note "récalée" par les admins du site, il s'agit de ma 54ème participation effective aux thèmes hebdomadaires du site d'écriture ludique des IMPROMPTUS LITTERAIRES.
bon, maintenant si on s'en tient à l'ouverture de cette quatrième mouture de leur site, euh... 'ttendez... moins la note "recalée" ou pas ?... ah ben non, piskeu c'était sur une mouture précédente... bon, donc :... euh, 49...
bon, la semaine prochaine ce sera la 50ème homologuée en version 4.0
pffff... tout ça pour ça...

05.10.2009

lessivé

Je vais tout oublier, alors je fais des nœuds
à ces vieux draps mouillés empilés sur mes yeux
que j'ai laissé traîner tout près de la cuisine
dans la petite cour où les tâches bassinent
au quotidien les jours

J'ai la mémoire humide et son linge glissant
bruine et dégouline et dégoutte du sang
tout le flux des corvées qui n'ont jamais fini
de vouloir attacher nos gestes à nos dits
l'aujourd'hui à l'hier

Je ne sais plus trouver les pinces sur le fil
et mes frêles pensées s'y tiennent malhabiles
car le vent de la nuit a forci au matin
- le soleil de midi n'empêchera sa main
de foutre la pagaille

Alors, je fais des nœuds ma dernière défense
et je plisse les yeux dans la vive brillance
- la si propre blancheur qu'ont les peaux maladives,
des longs draps étendus pour la grande lessive

Les nœuds du drap mouillé sont plus durs à défaire
de là, je reconnais préserver le mystère
des miennes taches ménagères.

lessive.jpg

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
impromptu littéraire - tiki #49

01.10.2009

c'est tout vu, amour

yiiihaaa- fais-moi voir.
- quoi donc ?
- je ne sais... quelque chose...
- quelque chose comme un bouquet de roses ?
- quelque chose comme ça, oui.
- quelque chose qui te dit comme je t'aime ?
- oui, oh oui ! très exactement ça, même.
- tu ne veux pas d'un poème ?
- non, non, merci non... fais-moi voir, simplement.
- attends... j'enlève mes gants.
- j'attends, comme toujours.
- par amour.
- pardi !
- alors voici...
- oh, c'est beau ! qu'est-ce que c'est ?
- mon cadeau, mon bouquet, mon petit effet.
- c'est pour moi, vrai de vrai ?
- non.
- pardon ?
- non, c'est à toi... pas pour toi.
- ... comprends pas...
- prends-le...
- avec les yeux ?
- avec les doigts si tu veux, mais tu voulais voir.
- oh ! je vois, oui...
- comme je t'aime ?
- oui, oh, oui... ça oui ! très exactement ça, même.
- c'est ce que tu voulais ?
- en mieux !... si je m'attendais.
- alors, dis : que vois-tu ?
- je vois que je t'ai plu et sans l'avoir voulu, comme un reflet qui saurait dire la vérité sans détour et sans parler.
- et que vois-tu encore ?
- la mort, dis ! ...qui trépigne, s'indigne et compte ses épines pour aller jouer ailleurs, user d'autres rapines, aux endroits où l'on meurt.
- et puis ?
- et puis ta peau qui boit de l'eau qui me coule du dos ; ta peau qui me couvre de nuit ; ta peau qui m'envie, qui m'appelle... où mon corps est blotti et couve sous ton aile.
- et tu vois les couleurs ?
- je les vois, je les vois ! elles arrivent ! elles quittent la rive et font des ricochets sur les dunes et sur les parapets.
- et tu les reconnais ?
- ah oui ! il y a celle qui danse, il y a celle qui pleure, celle-ci qui affleure et cette autre qui pense à repeindre la cour où déjà reparaît le jour… ce jour où tout murmure est nouvelle aventure ; ce jour qui dit toujours oui ; cet aujourd’hui.
- le spectacle te plaît, donc.
- ah, le beau rigodon ! ah, la fête ! et quel est ce vol d'oiseaux trop sérieux sous le ciel amoureux... quelques canards chipeaux ?
- non, des bergeronnettes.
- tu m'aimes tant que ça ?
- tu le vois.
- je le vois.

Qui a dit que l’amour est aveugle au faîte ?

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
impromptu littéraire - tiki #48

26.09.2009

Foyez en paix

Sur la table en noyer
finement marqueté
la tasse en grès anglais
nargue le mazagran
près de sa tisanière
qui ne fait plus la fière
- elle est bien trop vidée

Aux flancs du canapé
couvrant des coussinets
en toiles ouvragées
et cousues de fil blanc
la cascade d'un châle
semble pousser un râle
- peut-être le dernier ?

Un orage est passé
délaissant le parquet
pour le sol carrelé
au damier noir et blanc
puis l'épaisse moquette
où pleure une chaussette
- privée de sa moitié

Dans leur paix retrouvée
les bibelots sonnés
ont fini de trembler
et de claquer des dents
sur la bibliothèque
et les meubles en teck
- c'est enfin la journée !

ils sont partis, les agités.

samedi.gif

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

22.09.2009

connais-toi, c'est l'automne...

Connais-toi, c'est l'automne
ma peine
fredonne
de là, pardonne
et laisse aller
mon regard qui s'étonne dans le vent frais

Connais-tu cet or ange
qui plane au ciel et le mange ?

C'est bien assez de feu pour la soirée
les pieds mouillés, le nez qui coule
l'envie de s'embrasser roulés en boule

C'est la canopée qui déteint
puis, dans le matin frêle
vois qu'on rassemble ses cheveux
à la pelle

C'est ta peau de renard
ma Vieille Dame Blanche
tu as pris du retard
dans ce matin qui planche
à son banc d'écolier
et de son encrier
puise un peu de la nuit
que tu as fui
sitôt qu'elle a bleui

Tu t'es pissé dessus ?
'fallait bien qu'ça arrive
car la pluie de l'automne
fait sa grande lessive

Ah, la belle saison
je n'en attends pas moins
tu pisses, je pleure moins

Le bel événement
(je ne l'attendais plus)
l'automne ! l'automne est là
et je ne pleure plus.

AUTOMNE2.JPG

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
impromptu littéraire - tiki #47

illustration composée d'après une vue extraite d'ici

15.09.2009

l'amante religieuse

(à Poupoune)


Ses doigts effilés
aux ongles soignés
caressaient au front sa coiffure

Ses yeux révulsés
de chat satisfait
trahissaient presque sa mesure

Juste sous la mouche
un pli de sa bouche
esquissait un vague sourire

Un calme serein
lui donnait le sein
libre et léger dans le soupir

D'obscures fragrances
enivraient les sens
de l'amante religieuse

L'abandon d'un jour
sonnait sans détours
le glas des amours désastreuses

L'ombre se faisait
l'écrin velouté
d'un triomphe plus féroce

Les doigts effilés
aux ongles soignés
maintenant caressaient l'os.

gnin hin hin

 

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK - tiki#46
pour le thème hebdomadaire des Impromptus Littéraires

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