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impromptus

  • pluvieux oubli

    Une pluie déliant les ciments sédentaires 
    entraîne dans son jus les pavés de la route 
    Le pas cherchant dessus l'équilibre sans doute 
    eut tort d'y engager sa démarche trop fière 
     
    La boue qui s'est formée révèle des visages
    qui furent davantage à l'hier qu'au présent
    les puissants frontaliers de vastes océans
    d'où se levaient au soir les sublimes présages
     
    Quels noms jetés par eux jusques aux dieux anciens
    pour plaider leur moisson de répit séculier
    furent ainsi gobés que le fruit saisonnier
    dont le noyau craché ne fertilise rien ?
     
    Pour eux, j'ai tué mon fils avec la meute au cul
    braillant je ne sais plus quel air abominable
    pour n'en tirer parti ni gloire inaliénables
    mais le droit d'oublier comme j'ai mal vécu
     
    Et me voici, mille ans peut-être après ce jour
    à contempler le cirque incertain du vivant
    le pied ferme, serein, et me précipitant
    vers mon prochain désastre, son dernier amour
     
    Le caniveau rempli charrie des flots de bulles
    tandis que la chaussée couve ses vieilles traces
    Chacun, le pavé nu rivé à la godasse
    navigue son oubli en maître funambule
     
    Lève les bras au ciel, plaide un jour... et sa nuit...
    Lève les bras au ciel et tombe dans la pluie
     
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    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire  - tiki#206 

  • Nommée à temps

    Puisque des arbres plient sous le ciel gris les bras
    maigres, presque sans vie, craignant la pluie de fer
    que d'un œil a jailli le regard plein de terre
    où des chairs massacrées pourrit l'anonymat

    Je me dis qu'il est temps...

    Puisque des vignes saigne un vin de messe odieux
    âpre et plus souffreteux qu'un ragot de reptile
    qu'un langage de mort aux  brames érectiles
    a brisé les charriots du Rêve par l'essieu

    Il est temps que la fleur...

    Puisque des mottes gronde une plainte sans voix
    au chapitre du monde et de sa destinée
    que, va ! l'heur attendra le compte des ânes nés
    sur leurs engins de mort, voraces et sans loi

    Bientôt montre les dents...

    Puisque les enfants crient plus fort que de raison
    pour aller s'entretuer plus vrai que de nature
    sans jamais se risquer à vivre l'aventure
    la renient et l'abhorrent, et navrent la maison

    Je me dis qu'il est temps...

    Il est temps que la fleur
    bientôt montre les dents
    du sourire éclatant
    que se doivent les cœurs
    puisque c'est le printemps
    qu'il a ton nom : ardeur !

    Youpla !tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#175

  • Des flores, guéris donc !

    Me suis allongé là, sur la mousse anonyme
    moelleuse comme un cœur (ou sa bouche éponyme)
    avec un pli du soir dans le linge des ormes
    où je rêvais le nom de ma prochaine forme

    Il a plu sur mon dos les frissons lumineux
    arrachés aux grands cieux par ses ongles vengeurs
    une invisible humeur, éprise de mes yeux
    d'accord avec mon âme, au rire baladeur

    Calme, une chanson née d'un souffle rassagi
    murmura des ennuis l'orage passager
    sur un mode mineur à quoi j'abandonnais
    la dernière curée qui m'aura bien nourri

    Rendu à l'évidence allongée près de moi
    je lui ai pris le bras comme au bal on s’appelle
    ou, finie la semaine, on se promène au bois
    des embruns dans la voix pour faire un brin de zèle

    Oubliés les grands cieux (le ciel à son barnum
    avec ses chauds, ses froids, sur la carne des hommes)
    je me suis réfugié en douce compagnie
    fébrile... virginale ?

    Bacillaires orgies, gavons-nous de sang frais
    Parcourons le séjour sans craindre son loyer
    Désordres saisonniers, à nos hémophilies
    d'avides carnavals !

    Il y a de la place, où bien s’organiser
    des alcôves spongieux bordés de rouges fleuves
    de la chair amollie qu’enfin je m’y abreuve
    en son Café de Flore aux guéridons cirés

    Eh ! Qui m'a reconnu ? Qui a donné l'alarme ?
    À peine si j'ai pu... voici qu'on me désarme !
    Qui me juge, m'assaille avec force dédain ?
    Horreur, la médecine ! Au diable, ses vaccins !

    santéNon, mais quelle ironie… !

    Saloperie de science ! Ah, pleure, maladie !

     

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#170
     

  • et avec ça, ce sera tout ?

    Avec tout le bois mort des forêts insoumises
     tous les élans des amours ravageuses
     tout le soutien des terres généreuses
     tous les secrets attendant qu'on les dise

    Avec les chiens perdus pour la bonne caresse
     les orphelins du plus simple sourire
     les solitudes à n'en plus finir
     les portes closes sans laisser d'adresse

    Avec le peu de temps que chante la cigale
     la saison neuve où cette autre s'effeuille
     le rouge feu du soir qui monte à l'œil
     l'aube, son voile et sa danse orientale

    Avec un petit rien que c'est un vrai bonheur
     une main pleine de caramels mous
     un vent marin glissant des billets doux
     une tartine confiture et beurre

    Je ferai les barreaux de l'échelle à gravir
    d'après Fabien NOURRISSONpour l'apposer au ciel sur le petit matin
    en priant le Pierrot de vite déguerpir
    décrocher de la lune le miroir sans tain

    et te l'offrir
    (mais cela va sans dire)

    et boire un vers
    au calice lunaire
    avant de le jeter en l'air

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    illustration : d'après un bronze de Fabien Nourrison

    impromptu littéraire (remanié)- tiki#56

  • chanson d'automne

    (chanson de genre tsoin-tsoin)
    feuille-morte.jpg

    Les feuilles mortes, mortes, mortes
    'faut que j'en sorte, sorte, sorte
    avant de prendre un coup de pelle
    un coup de trop dans la cervelle
    ou que me pousse un champignon
    là, sur le front

    Les ciels d'automne, tonnent, tonnent
    qu'on leur pardonne, donne, donne
    d'être si longs que cramoisis
    crème framboise sous le gris
    éclaboussant - courbé le dos,
    tous les manteaux

    Ah, c'est pas des façons de vivre
    pas des manières à suivre
    d'écouter aux portes les cuivres
    qu'on frotte au chiffon à salive
    tristesse
    langueur
    et le goût pour le Mahler

    Les vagues longues, longues, longues
    de ce love song, song, song
    au vrai me cassent les oreilles
    cure ou Satie, c'est tout pareil
    une froide tasse de thé
    endimanchée

    Les cartes lentes, lentes, lentes
    de la patiente, chiante, chiante
    c'est du rêve que l'on oublie
    la vie qui ne fait pas un pli
    qui s'arrange l'inéluctable
    dessus la table

    Oh, c'est trop de peine à souffrir
    trop de rengaine à gémir
    que ces violons, que ces pianos
    et tout l'ennui de nos marmots
    soupirs
    murmures
    et le goût déconfiture

    C'est l'heure hélas, lasse, lasse
    où tout s'efface, face, face
    les chants qu'on aurait chanté mieux
    si l'on n'avait baissé les yeux
    les yeux qui perdent leur été
    dans le foyer

    Les feuilles mortes, mortes, mortes
    'faut que j'en sorte, sorte, sorte
    avant de prendre un coup de pelle
    un coup de trop dans la cervelle
    ou que me pousse un champignon
    là, sur le front

    Ennui_1914, by Walter Richard Sickert.jpg

    illustration : Ennui, Walter Sickert - 1914.
    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK - tiki#54

    et maintenant, en musique ?