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strabismes - Page 7

  • Narcisse, plié en deux

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    Narcisse – Isthmes (1)

    M’être – à pied d’œuvre en l’Autre et l’Autre à mon endroit
    sur un chemin de Gloire engagés de concert;
    précipité le sang, hors de mon secret aire
    après avoir dit tant et fait bien des histoires
    pour lui donner raison : il nous manque une joie…

    À la table connue, remettons le couvert
    Étirons notre peau de l’une à l’autre face
    Dégustons les élans parfumés de nos chairs
    Repus, nous recoudrons à nouveau tout en place
    (avec un supplément niché dans la commande)

    Patienter quelques mois, comme en terre étrangère
    tandis que mute l’aire au havre familier
    Sous le calendrier, avancer une chaise
    et soulager la charge au ventre négrier
    jusqu’à l’en délivrer d’un souffle salutaire

    Et puis, se regarder avec – étonnamment !
    nos enfances jaillies dans une enfance neuve
    autre et libre déjà, nous apportant la preuve
    qu’exponentiellement, l’amour démultiplie
    son prodige de vie à l’épreuve du temps

    Et rallonger la sauce…

    Narcisse – Isthmes (2)

    Je me suis éveillé avec la neige au front
    pris par une question de cas rédhibitoire
    Tu m’avais demandé – d’onirique façon :
    « Dis-moi que j’ai raison… qu’il nous manque une Gloire
    un comble de bonheur, où nous nous trouverions
    nos enfances jaillies dans une enfance neuve
    qui nous apporterait un supplément de preuve
    qu’à l’encontre du temps, l’amour démultiplie
    exponentiellement son prodige de vie…
    Tu es de cet avis ? N’est-ce pas le meilleur ? »

    Tu dormais sur le flanc, la hanche dénudée
    Je m’y suis agrippé, résistant au vertige
    d’avoir à te répondre en ayant tout pesé
    de ce qui me semblait relever du prodige :
    être là, l’un pour l’autre, à se tirer des bords
    sur notre fleuve Amour, inventant son décor
    et mêlant à nos cris les substantielles orgues
    arrachées au concert du ciel et de la terre

    C’est alors qu’à l’esprit me vinrent quelques vers
    de mon cher Jules Laforgue :

    Mais peut-il être question
    D’aller tirer des exemplaires
    De son individu si on
    N’en a pas une idée plus claire ? *



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    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#182

    tiniak@live.fr

     

     

    * « Cas rédhibitoire » – Jules Laforgue, Des Fleurs de bonne volonté (1886)

  • Nommée à temps

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    Puisque des arbres plient sous le ciel gris les bras
    maigres, presque sans vie, craignant la pluie de fer
    que d'un œil a jailli le regard plein de terre
    où des chairs massacrées pourrit l'anonymat

    Je me dis qu'il est temps...

    Puisque des vignes saigne un vin de messe odieux
    âpre et plus souffreteux qu'un ragot de reptile
    qu'un langage de mort aux  brames érectiles
    a brisé les charriots du Rêve par l'essieu

    Il est temps que la fleur...

    Puisque des mottes gronde une plainte sans voix
    au chapitre du monde et de sa destinée
    que, va ! l'heur attendra le compte des ânes nés
    sur leurs engins de mort, voraces et sans loi

    Bientôt montre les dents...

    Puisque les enfants crient plus fort que de raison
    pour aller s'entretuer plus vrai que de nature
    sans jamais se risquer à vivre l'aventure
    la renient et l'abhorrent, et navrent la maison

    Je me dis qu'il est temps...

    Il est temps que la fleur
    bientôt montre les dents
    du sourire éclatant
    que se doivent les cœurs
    puisque c'est le printemps
    qu'il a ton nom : ardeur !

    Youpla !tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#175

  • border line melodies

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    Quoique jeune encore
    mais sur le retour
    et pas tant pressé de s'aller rendre ses devoirs
    un pas familier
    décompte à rebours
    ses vestiges ajournés sur d'abruptes trottoirs

    Sois bon camarade,
    tape sur l'épaule;
    ça peut pas lui fair' de mal
    (c'est, de là, bonne école)

    ***

    Pour l'art de l'étourdissement
    porté jusqu'au ravissement
    (comme l'autre de liane en liane)
    il s'affiche nu sous son pagne
    un singe empaillé sur le flanc
    - le dimanche, immanquablement !)

    Aux yeux de tous, vous dis-je !
    Quen j'en ai des vertiges !
    Aux yeux de tous, monsieur l'Agent

    Et poussant des cris de Sauvage
    Et des postures, davantage...!

    Ah, sinécure, Jésus Christ !
    d'avoir engendré tel artiste !

    ***

    Il était vain d'entasser là
    dans ce véhicule
    hauts débits sur le contrat
    les contritions de forçats
    arrachées à leurs misère
    sur le simple préambule
    d'une poignée délétère

    Transit à l'aire dounanière
    un parfum de mort
    émane d'un container
    parqué sur le port

    Quel sinistre ridicule
    que leur triste anonymat !
    Pitance crédule
    ils étaient vingt entassés, là

    ***

    J'aime comme je le hais
    cet espace infime
    où je n'ose m'aventurer
    par le désir, ni le toucher
    vers les trésors parfumés
    de l'Autre, à son intime

    ***

    Devant, sous la lueur matinale, embrumée
    dans sa vaste candeur, le labour en sommeil;
    dessus, l'envol subit et criard des corneilles;
    derrière, à pas de loup, la faune du bosquet

    L'ennui s'est, peu à peu, teint d'humeur assassine...
    Au pied, la carabine attend, le chien cranté.
    Jugée sur l'incurie de sa bonne santé,
    l'ignorante enjouée avance vers sa ruine.

    Un éclat stoppe net, plus mat que le tocsin,
    le fol et bel entrain de sa course amoureuse
    et la laisse sans voix - finie, la chansonnette !

    Elle n'a pas le temps de porter à sa tête
    la main charnue disant ses formes plantureuses,
    un filet rouge sang mêle son rideau brun.

    ***

    - How d'you feel?
    - Fine... What about you?
    - Border line, thank you.

     

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#172

    un roi sans divertissement 

     Et aussi, cette précédente participation pour le thème du "Message sur le frigo"
    - Impromptu Littéraire - tiki#171

     

    Tout ça pour un mot
    collé sur le frigo
    Malgré les degrés sous zéro
    je suis allé marcher sur l'eau
    ma tête au bord du lac
    à l'envers dans un sac
    ça puait le vieux pain, le poisson
    comme s'il en pleuvait à foison
    quand je l'ai retirée
    de la jute encore imprégnée
    Quoi ! Tout ça pour l'enfer
    d'un mesquin Frigidaire ?

    Tout ça pour un mot
    un sacré mot de trop
    Un défi jeté par dépit
    pour avoir déserté le lit
    de nos vaines amours
    au fantasque Toujours
    où brûlent sur un brasero
    une incomplète libido
    qui noie de la semaine
    le doux fumet de madeleine
    Et tout ça pour l'invite
    d'un capricieux post-it ?

    Tout ça pour la gloire
    de taiseux mésespoirs
    Pour, des clous plein les pieds, les mains
    porter le fardeau quotidien
    de ce luxe : tes doutes
    sur ma trop frustre écoute
    Et quoi ! ne suis pas saint, mais homme
    et comme toi dans le barnum
    pauvre, nu, singulier
    mais fier et, malgré tout, entier
    et relisant ton mot
    collé sur le frigo :

    "Et quoi, vieux !
    Tu te prends pour Dieu ?"
    Oui, ça ! J'en relève l'enjeu !

     carambar

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    tiki#171

     

  • auguste barnum

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    Une barque feule à deux voix sur le canal
    un chant d'amours désespérées, d'un autre siècle
    Le ciel, déçu, frotte les toits de son couvercle
    pour se gratter des pelures sentimentales

    Le cirque bien connu replie son chapiteau
    pour le porter ailleurs où manque le spectacle
    des petits bonheurs attendus et leur débâcle
    qu'applaudiront les rires niais des angelots

    Le tout payé du triste solde hebdomadaire
    les mains rentreront chatouiller les poches vides
    longeant le fleuve mou et sa lente clepsydre
    songeant peut-être à d'exotiques dromadaires

    Plus tard, les yeux compris entre ses deux seins lourds
    le regard amorti de strass et de paillettes
    Monsieur, dans l'abri sûr de Madame S'en-tête
    - ce verrat chevauchant ! lui dira son débours

    Moi, l'aube reparue sur le terrain désert
    je tirerai des clous du sol, en fredonnant
    ma dernière grisaille et me remémorant
    le froid que j'ai connu d'avoir aimé, naguère

    Une Parque sans voix, un domaine abyssal
    qui chantait sa partie - à qui j'ai dit « je t'aime »
    et qui n'entendait rien, sur le fleuve bohème
    qu'à peine le vent nu, sur ses ridules sales

    Alors, le rouge né à mes joues ravacholes
    je promène le nom que me donne mes filles
    et nous irons, ce soir, vibrer aux peccadilles
    du grand chapiteau cru aux fantasques écoles

    Et ce sera bonheur d'avoir, à mes côtés
    l'une et l'autre riant, chantant l'hymne sauvage
    d'avoir dompté le temps pour le seul avantage
    d'être, en l'état, l'amour et l'instant partagé

    Et le fleuve rigole, et le matin sourit
    Deux astres dans les bras, j'ai tiré le rideau
    que leurs projets de joie ne soient pas sans écho
    mais se créent, à leur tour, une pure magie

    youpiBon, je n'ai pas su faire - et n'en suis pas moins homme
    amoureux, pas peu fier, d'avoir entre les bras
    deux galaxies dormant sur mes vieux reliquats
    tandis que, par les rues, s'anime le barnum

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Le monde, tôt ou tard

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    Tirant sur les arceaux actionnant des poulies
    d'une machinerie matinale et sans Eve
    s'écartent les rideaux sur un jour pâle et gris
    s'enclenche ma partie; quotidien, je me lève

    L'horloge a bien tourné, elle arbore un sourire
    quand je l'ai vue partir, la veille, se coucher
    l'âme toute fâchée, grognant son déplaisir
    quoi que j'aie pu lui dire ou vinsse l'embrasser

    Constatant le boulot qu'il faut encore abattre
    de "cartouches de plâtre" annote mon carnet
    Puis, je vais claironner sur des flaques saumâtres
    l'amorce d'un théâtre et sa fatalité

    J'arrive à Bonne Enseigne avec le nez qui coule
    J'enlève ma cagoule et, ce livre à la main
    (dont je sais le refrain, l'odeur, qui me chamboulent)
    j'en récite à la foule une once de chagrin

    Avant de s'y asseoir et de s'y restaurer
    j'hésite, que dresser : la table ou l'abreuvoir ?
    Déjà, dans le couloir, meuglent des affamés
    Ils vont tout saboter de ce bon réfectoire...

    Une cloche a sonné... Chaos : esprits, oreilles !
    Collégial appareil, où t'en vas-tu sombrer ?
    Un monde, tôt ou tard, exige des merveilles
    Solitaire, l'abeille à son tambour inné ?

    Je traverse le pont, dessous, flottent les ans
    Y laisse mon content d'âges sans redditions
    Quelques jeunesses font - mystérieusement !
    par applaudissements fête à ce lent plongeon

    En nageant sur le dos, j'ai regagné mon lit
    L'horloge me sourit et tintent les arceaux
    Je ferme les rideaux sur l'impudique nuit
    où ton rêve sévit - oui, je me couche tôt !

    autre chose que le monde

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#162