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barcarolle

  • Lassitudinale (ASAP)

    Le spectacle marque une pause
    et sa rue vapote, en apnée…
    Des persiennes masquant « La Chôse »
    essaient leur tenue de soirée

    Au sol, zigzaguent des humeurs
    au gré des rares courants d'air
    sillonnant le suspens de l'heure
    et la torpeur de l'atmosphère

    Signes sibyllins dans l'ombrage
    le reflet des feuillages cligne
    de l’œil vers cet œil au pas sage
    en quête d'une extase digne

    Seule, et réfractaire à la sieste
    une âme glisse là-dessus
    pendule à l'épaule, une veste
    laissant paraître un coude nu

    Ivre d'elle-même, à plaisir !
    le port altier et nonchalant
    elle exprime en de longs soupirs
    l'abandon d'un vrai sentiment

    Tout lui ravive son histoire
    et la fièvre sur le pavé
    à l'horizon les nuées noires
    et l'égout des inimitiés

    Un frisson lui darde l'échine
    dans le ton de la Butterfly
    (quoiqu'on soit loin des mers de Chine
    en ce décor imprégné d'ail)

    Dérivant de place en ruelle
    au jugé, toujours, elle empanne
    dans cette course casuelle
    menée pour aucune campagne

    Il est venu... Il est parti
    avec le vent d'hier, l'espoir...
    et pissent dru, sur les parvis
    des gargouilles les avatars

    Nulle autre route que la sienne
    à présent et jusque la fin !
    Rien ne lui cachent les persiennes
    qui ne lui ait gâché la faim

    Ah, merde ! Voici que frissonne
    à nouveau, dru sous le chignon
    une plainte de Barcarolle
    exemptée de timbres garçons

    Laissant, là, cette insigne alerte
    elle maintient sa molle allure
    vers le hasard des pures pertes
    affranchie de toute aventure

    Exception faite ! cependant...
    du livret de sa plénitude
    elle décline, cheminant
    les degrés de sa lassitude

     

    Nathalie Collet

    tiniak ©2018 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

    (à ma Jolie Belle Douce, fille)

  • Barcarolle 2013

    nicklausse02.jpg
    De ciels sans fin, les feux miroitent sur les ondes
    Deux voix seules au monde
    - enfin, et sans faconde !
    et disant tout le bien de pouvoir célébrer
    l'une l'autre, la fin si longtemps espérée :
    la belle nuit d'amour
     
    Un parfum de jasmin ajoute à leur ivresse
    transporte cette liesse
    loin des sombres bassesses
    qu'un nain fomente, à terre, en versant plus de vin
    qu'il en est nécessaire à l'esprit incertain
    qui réfute le jour
     
    Ô muse ! Ô courtisane ! Où porte votre chœur ?
    Il est plein d'une ardeur
    qui n'aura le bonheur
    à son dernier soupir, que d'être un chant du cygne
    puisque le drame attend sa conclusion indigne
    absurde et sans retour
     
     

    Nicklausse

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire  - tiki#202
  • auguste barnum

    Une barque feule à deux voix sur le canal
    un chant d'amours désespérées, d'un autre siècle
    Le ciel, déçu, frotte les toits de son couvercle
    pour se gratter des pelures sentimentales

    Le cirque bien connu replie son chapiteau
    pour le porter ailleurs où manque le spectacle
    des petits bonheurs attendus et leur débâcle
    qu'applaudiront les rires niais des angelots

    Le tout payé du triste solde hebdomadaire
    les mains rentreront chatouiller les poches vides
    longeant le fleuve mou et sa lente clepsydre
    songeant peut-être à d'exotiques dromadaires

    Plus tard, les yeux compris entre ses deux seins lourds
    le regard amorti de strass et de paillettes
    Monsieur, dans l'abri sûr de Madame S'en-tête
    - ce verrat chevauchant ! lui dira son débours

    Moi, l'aube reparue sur le terrain désert
    je tirerai des clous du sol, en fredonnant
    ma dernière grisaille et me remémorant
    le froid que j'ai connu d'avoir aimé, naguère

    Une Parque sans voix, un domaine abyssal
    qui chantait sa partie - à qui j'ai dit « je t'aime »
    et qui n'entendait rien, sur le fleuve bohème
    qu'à peine le vent nu, sur ses ridules sales

    Alors, le rouge né à mes joues ravacholes
    je promène le nom que me donne mes filles
    et nous irons, ce soir, vibrer aux peccadilles
    du grand chapiteau cru aux fantasques écoles

    Et ce sera bonheur d'avoir, à mes côtés
    l'une et l'autre riant, chantant l'hymne sauvage
    d'avoir dompté le temps pour le seul avantage
    d'être, en l'état, l'amour et l'instant partagé

    Et le fleuve rigole, et le matin sourit
    Deux astres dans les bras, j'ai tiré le rideau
    que leurs projets de joie ne soient pas sans écho
    mais se créent, à leur tour, une pure magie

    youpiBon, je n'ai pas su faire - et n'en suis pas moins homme
    amoureux, pas peu fier, d'avoir entre les bras
    deux galaxies dormant sur mes vieux reliquats
    tandis que, par les rues, s'anime le barnum

    tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Pour un duo de fleurs...

    Berthe-Morisot-été1879.jpg

    Pour un duo de fleurs sur une barcarolle
    je soufflerai mon cœur ta peine et son ivresse
    sur la peau de ce gant comme un autre à confesse
    implore du divin le pardon qui récole

    J'aurai cette langueur tant pleine d'affection
    que toutes mes passions s'y mêlent et s'y meuvent
    afin que par ces yeux mes yeux mis à l'épreuve
    dès le premier regard en reflètent le fond

    Muette et cependant, ayant beaucoup à dire
    je ferai d'un soupir toute mon éloquence
    à plaider le plaisir d'une nouvelle danse
    conviant à mon bras ta paume, sans frémir

    Et ce sera musique et fête aux alentours
    entrant en résonance avec notre intérieur
    et si brûlant désir que ce sera bonheur
    d'être toute à conduire et mener ce velours

    duo_NB.jpgSur une barcarolle
    Pour un duo de fleurs

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

    illustration (en-tête) :
    Berthe Morisot, 1879.