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strabismes - Page 3

  • bleu pâle

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    La chaleur mollissait. Quant à moi – pour l’avoir bien battue ! je finissais de polir cette peau chagrinée que m’avait revendue un vieil amour de foire. Tu connais cette histoire, elle ne t’a jamais plu.

    Mordent les mots, tanne l’heure… 

    La fadeur éluda le nombre des Jamais

    tant qu’à son front déjà crissent des plis de suaire

    où ne craignent le vent ni sables ni poussières

    et se lisent, mauvais,

    de vilains songes

    leurs salves trait pour trait

    refusant au tableau d’aller passer l’éponge

    « Oh, pardon, j’ai fini, oui. Le temps de remballer mes outils et je te laisse la place… Amuse-toi bien. Il fait moins chaud, déjà. »

    Connue, la rue me prenait en patience. Un peu de pain, ici. Là, un air de piano. Un morceau de fromage, quelques pas plus avant. De « coucou ! », de « hello ! », du « comment ça va-t-y ? » Point. Zéro. Je ne suis pas du genre qu’il faut et je m’en accommode assez, depuis que j’ai quitté mon quartier pour m’installer dans les parages. Oui, bien sûr, à mon avantage, après ce qui m’est arrivé. Depuis, je soigne mon incognito, disons… paradoxal, qui appelle ou fait fuir des regards étonnés ou sales.

    D’absence de mots naît l’horreur…

    Des yeux dans tous les sens ! Des bouches !

    Les cinq, envahis par le monde !

    J’ai l’impression d’être un cartouche

    dans les yeux d’une sotte blonde

     

    Ma joie se perd dans le chien qui fait un écart

    Je ne rentrerai pas chez moi, quoiqu’il fût tard

     « Non, ça je peux pas te dire. Simplement, au mois de mai, l’an passé, après avoir bu mon café du matin, je vais où tu penses, je me lave les mains, lève le nez et découvre dans le miroir un type étrange qui me regarde avec un air effaré. Blanc comme un linge maladif. Les yeux presque aussi pâles, furtifs. Oui, fuyants, brusquement – comment dire… par saccades, avec une frénésie de mécanique emballée, déréglée ! Bêtement, je me retourne… La douche, comme d’hab… Personne dedans. Je reviens au miroir, et là, je comprends… Le macabre, c’est moi - moi le caribéen d’origine ! affublé de cette peau livide, de cette morbidité sordide, incurable, avec ce regard fou, partant de partout. Stupeur, peur,  incrédulité, déni, docteur, d’autres docteurs, leurs examens, cauchemardesques abymes – et au fond ? rien ! Suées, incompréhensions, questions pressantes, quotidiennes, bouche bée sans réponse : déménagement ! Et dans la tête, obstinément, ce lent tourment de Jean Sablon (un vieux, mais alors très vieux truc) : Vous Qui Passez Sans Me Voir… Consternations. Constipation. Relâche ».

    Mes outils à la taille, je rentre pour manger mon pain. Ce soir, j’ai Groupe de parole. Et je n’aurais rien à y dire que : Toujours, Le Même, Pavé Dans Le Four ? … Inexplicablement….

    Non, pas ce soir ! Ce soir, je sors de ma réserve. Je ne suis plus cet être figé qui s’est réveillé un jour albinos, inexplicablement. Désormais résolu à m’accommoder de ce handicap, je veux m’exprimer devant mes pairs.

    Marre de passer pour un bleu !

     

    albino model,albinos

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#227
    Illustration dénichée sur Hibiscus jaune

     

  • nouvelle donne

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    Je grave d'un nom le revers
    Souvenir à-même la peau
    J'ai nagé jusqu'au fond des mers
    Je n'ai jamais vu Mexico
     
    Le Slumbush a mangé ma main
    Au moment de hurler au loup
    (quand bien même je saigne encore
     alors, autant combler le trou)
     
    Meure le socle des forêts
    Je n'ai pas rangé ce matin
    Pour avoir brisé nos jouets
    L'enfant mort-né des tentations
     
    Ce matin, je mâche un lotus
    La tempête navigue au près
    Par cette couronne d'amour
    Je lie ma fièvre au masculin
     
     

    poésie,nouvelle donne,playlist,musicale idée,manifeste poétique,polétique

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
  • Playlist

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    Je grave d'un nom le revers
    et mon papier peint fleurit
    C'est bon de l'avoir compris :
    "Porte le regard haut et clair"
     
    Ben Howard - Keep Your Head Up
     
    Au moment de hurler au loup
    la grâce vient au palpitant
    l'instant contenu en suspens
    les mains dans le ciel, à genoux
     
    Phœnix - North
     Amy Stroup- Quiet Hearts
     
    Je n'ai jamais vu Mexico
    mais j'ai trouvé son wonderland
    C'est seul et nu que j'y promène
    de magmatiques braséros
     
    BRNS - Mexico
     
    Ce matin, je mâche un lotus
    pour combler le vide attirail
    dont je pare l'épouvantail
    d'un trop trop sévère motus
     
    Radiohead - Lotus Flower
     
    L'enfant mort-né des tentations
    garde pour lui son pistolet
    C'est à lui de monter au guet
    dans le grand vent des trahisons
     
    Cat Power - Nude As The News
     
     (il chante)
     
    Le Slumbush a mangé ma main
    J'ai mangé le singe et maman
    Le Slumbush, cassé mon safran
    a mangé le Sage et mon nain
     
    René Aubry - Chanson d'Adrien
     
    La tempête navigue au près
    roulant de persistantes nues
    vers l'abri où je constitue
    celui que tu m'as refusé
     
    The Rolling Stones - Gimme Shelter
     
    Souvenir à-même la peau
    sans rémission et sans appel
    je veux encor chanter nos miels
    sinon - c'est dit ! plus rien de beau
     
    Six Pence None The Richer - Melody Of You
     
    Par cette couronne d'amour
    qui dilue tout mon solide air
    il me gagne comme un cancer
    dont j'interroge l'alentour
     
    Arcade Fire - Crown Of Love
     
    Je n'ai pas rangé ce matin
    Tu ressemblais à Peter Pan
    Dessous, le vieux Crochet empanne
    car à sa table, nul festin
     
    Donovan - Museum
     
    J'ai nagé jusqu'au fond des mers
    Des arbres, j'en ai grimpé tant
    Dire adieu suffit à présent
    pour ne plus coucher en enfer
     
    The Duke spirit - Bottom Of The Sea
     
    Pour avoir brisé nos jouets
    - et le moindre de mes atomes !
    je saurai m'inviter, fantôme
    en ton placide cervelet
     
    The Cure - In Your House
     
    (quand bien même je saigne encore
     de blessures jamais pansées
     dans la foire de mes pensées
     je ne suis pas tout à fait mort
     
     alors, autant combler le trou
     plutôt que lui cracher au front
     Novocaine absolution !
     ta médecine a le sein doux)
     
    The Eels - Novocaine For The Soul
     
    Meure le socle des forêts
    je n'aurai pas assez de bras...!
    Et des choses qui s'offrent, là
    si je n'en suis pas, c'est mon fait ?
     
    Cocteau Twins - But I'm Not
     
    Je lie ma fièvre au masculin
    à d'éloquentes mélodies
    Il y a de l'or et d'autres vies
    sur quoi je veux serrer le poing
     
     

    Laurence Le Masle

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK 
  • immobile pugilat

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    Pour ce nouveau reflet de ta belle personne
    voici l'or annoncé dans le ciel qui résonne
     
    Une ombre a dépassé l'heure de se revoir
    où la duplicité s'offre un nouveau boudoir
     
    Glisse une main plus haut, que vibre cette scène
    et sa lutte au cordeau avec les meubles chêne
     
    It lives on a fake, you see, le vilain soir
    dont tu te prémunis derrière un cheveu noir
     
    La vie t'arrache un œil, mets dans l'autre ton âme !
    depuis son vaste seuil en réchappent tes flammes
     
    Avalanche de mots, les pas dans le couloir
    tiennent dans ta photographie, dans son miroir
     
    Tu floutes les parties qui disent qui tu es
    dans les bras reverdis d'un fauteuil fatigué
     
     
     

    Gaëna da Sylva,photographie,sensuelle,nip,seat

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour une photographie de Gaëna da Sylva
     
  • Tant que le sable y est...

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    Immuablement si changeante
    que l'est la frange littorale
    aux chromatiques vespérales
    se maquille d'humeurs l'attente
     
    Au bout, tintera le signal
    d'un nouvel égal sentiment
    mais c'est ici, dans le suspens
    que chaque instant m'est un régal
     
    Parvenu à l'intersection
    de la mer et sa métaphore
    au sablier, je boude encore
    l'inévitable solution
     
    En acrobate, j'improvise
    une mâchoire à crémaillère
    pour empêcher que l'hémisphère
    ne s'écoule trop à sa guise
     
    Sur ce rivage, il n'y pas foule
    que des songes panoramiques
    et des lueurs antinomiques...
    De l'autre côté, c'est le moule !
     
     

    crémaillère

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#218