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polétique - Page 12

  • au champ d'oubli

    De trop malingres allumettes
    dans ce champ perdu hérissonnent
    coquelicots rouge sucette
    leurs faces plates et pouponnes

    dessous, des ombres caravanent
    au défilé multicolore
    des astres et des météores
    fusant d'antiques sarbacanes

    et le vent qui se veut discret
    ricochète au flanc des collines
    où n'osent même frissonner
    l'herbe ni le buisson d'épines

    Une étrange désolation
    embrase de ce paysage
    le lit de rocailles sans âge
    et le dernier fruit de saison

    le temps y fait quelques passages
    en terrain de jeu favori
    il y est à son avantage
    à toiser la morgue et l'ennui

    car ici pas âme qui vive
    qui n'ait été rêvée d'abord
    pour venir affranchie de corps
    faire l'expérience intensive

    de l'oubli

    Une maison s'élève là
    juste comme une autre s'enfonce
    aspirant après elle ronces
    carlines, chardons et gravats

    dans l'enceinte d'un jardinet
    un vieux cognassier seul en terre
    porte à bout de bras solidaires
    une impression d'orangeraie

    ajoutant aux couleurs criardes
    un velouté plus liquoreux
    dans cette lande qui blafarde
    sous le furieux combat des cieux

    Aucune main pour s'inquiéter
    des grains de pollen qui s'entêtent
    à chercher où croître essaimés
    dans la poussière qui volète

    et sans oreille à émouvoir
    un chant hurle sa fulgurance
    où gargouille - bien triste gloire,
    l'écho de stériles jouissances

    Âme, mon âme, reprends-moi
    abandonne ce vain séjour
    je n'ai pas dit tout mon amour
    et ne veux demeurer sans voix

    dans l'oubli
    cet oubli
    de ma vie

     

    coquelicots1.jpg

    tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • vois, pas voir

    018.png (un pavé dans la mare)

    Ne plus voir le monde, le lire

    A nouveau, le cortège indigne
      des maisons à deux pieds, sans murs
      et qui vont sur la tête et privées de futur
      en cherchant dans le ciel un signe
    par les sentes damées d'argile analphabète
      et tous les champs du viol des mères
      fronde sur l'atmosphère
      leur chant qui récolte le sang de la terre
    où l'homme né noir blanchira jusqu'à l'os
    sa carne dans la main tendue pour le négoce

    Ne plus voir le monde, le peindre

    A nouveau, le chaos naturel
      dans une flaque d'huile, une onde qui s'affole
      des reflets qui s'emmêlent
      artistes auréoles
      benoites
      où le réel miroite
    avec pour seuls témoins tous les yeux silencieux
      les miens, les tiens et ceux qui sont encore
      à naître de l'esprit de celui qui s'en dore
      la pilule
    loin des gesticulations ridicules

    Ne plus voir le monde, l'écrire

    A nouveau, du plus bel aujourd'hui
      avec la chair du vent pour m'en souffler des mots
      au cœur... à même la peau...
      et donner à l'oubli un semblant de palpable
      que tous les pas perdus résonnent, véritables
      par les longs corridors
    prenne corps
    nécessaire
    la vie

    Ne plus voir le monde, quoi
    C'est dit

    Krapov_oil.jpg

    tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    illustation photographique : Joe KRAPOV.
     

  • HEXÆMERON

    (parenthèse cosmique)

    L'orage passé, la terre et ses humeurs
    le ciel intimidé quoique propre ose peu
    l'arbre pleure
      dans un presque silence
      des larmes de géant s'écrasent à ses pieds
    la fraîcheur appelle tout à elle
      le feu même a des ailes pour la rejoindre
      notre feu étendu
      dans sa force nouvelle nos corps détendus
    la chambre tremble à nouveau, mais c'est de frissonner
      avec toute la terre et le ciel et le vent
      le vent qui fait danser les cheveux du géant
      hilare maintenant

    dragon1.jpgUn cortège se forme
      la nuit au bout et nous devant
    se met en branle
    entraîne ce qu'il touche
      ce qu'il croise
        ce qu'il déniche sous les ardoises
           dans ses poches vides
    d'un mouvement limpide et gai
    fluide sang frais

    tout ce qui a de l'esprit se ressemble
      se reconnaît dans ce dragon
      y loge des lampions que le fleuve a rendu
      et des mots feuille d'or
      aussi des calligrammes
    et c'est la fête du monde

    c'est la fête du monde en un mot, à l'instant
    craché haut dans le ciel comme un œuf blanc
    qui se brise
    et tout le chaos s'électrise
    dans une pluie nouvelle
    où somatise à tire d'ailes
    le vol planant du dragon dans le ciel

    Je t'offre un des bris de coquille et tu le manges
    Tu m'offres un bris de coquille et je le mange
      et notre malheur est étrange
      il est d'avoir conscience des anges
      en un mot, à l'instant

    Maintenant sur notre lit
    entre nos corps éblouis
    une ombre a passé l'éponge
      la fraîche paix d'un songe investit
      la place d'un feu nourri et l'apaise
      en soufflant doucement sur la braise
    à fleur de mots

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    impromptu littéraire - tiki#55

  • déboutonne hier

    hublot-miroir.jpg

    J'ai eu trop faim
    J'ai trop mangé
    rien ne peut m'arracher les pieds à ta surface
    plantureuse et cocasse

    Et des trésors
    et des beautés
    je veux encore en célébrer les mains au ciel
    toute flamme et tout miel

    Je veux chanter
    sur les fumiers
    des étoiles dans le regard
    narguer des sombres avatars
    la folle course

    Je veux goûter
    dans les vergers
    tous les fruits qui seront à prendre
    où c'est ivresse de comprendre
    être à la source

    J'ai eu trop peur
    J'ai trop pâti
    à longer des intérieurs-nuit la farce triste
    - de tous les maux lampiste

    Et des chimères
    - et des obscures !
    la douce-amère sinécure aux mornes plaintes
    je sais toutes les feintes

    Je veux chanter
    sur les fumiers
    des étoiles dans le regard
    " Je suis le premier des bâtards
      grand bien nous fasse ! "

    Je veux goûter
    dans les vergers
    des essentielles friandises
    la riche et prodigue surprise
    - aussi, la valse...

    Et je reprends
    patiemment
    les vieux accrocs de ma défroque
    et tandis que je soliloque une glissière
    me remplace la boutonnière

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • allégeance

    Légèreté, même d'ici, je me souviens de nos élans
    et comme ils défiaient le vent d'un simple rire

    J'avais ta robe dans les mains - celle avec tous les petits trous,
    je n'avais pas assez d'yeux fous pour les remplir

    Légèreté, même d'ici, je me rappelle nos vigueurs
    comme j'en tirais le bonheur de bien dormir

    J'avais ton souffle sur la nuque et ça poussait la chansonnette
    à hue, à dia et à tue-tête, à na-na-nir

    Légèreté, même d'ici, je révoque tous nos discours
    comme s'y confondaient l'amour et le délire

    J'avais ta verve dans les flancs qui me sortait de toute part
    je n'étais pas assez bavard pour te suffire

    Ma légèreté, je t'en prie, viens, et rejoins-moi jusqu'ici
    Dis-moi qu'on n'en a pas fini avec le monde

    Je suis mort d'être trop poli, trop soucieux et trop patati
    je veux changer ce caillou gris en bille ronde

    1plume.jpg 

    tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK