05.12.2009

poésine

Cet arbre qui chante
et verse à l'hiver son écot
se laissant plumer jusqu'à terre
sans pour autant courber le dos

Cette main qui tremble
au moment de toucher au but
tient dans le temps qui lui ressemble
un bonheur entier suspendu

Ces yeux qui se ferment
préservent d'un dernier rempart
toutes les délices en germe
au jardin nu de nos regards

C'est toi ! c'est bien toi, poésine
sève de rêve, ma résine
qui me déloges des torpeurs
où fane tout... les noms, les fleurs...

arbre_hiver.jpgC'est toi le sang frais de mes chants
toi, la source des renaissances
toi, lumière et ombre qui dansent
toi, mon précieux médicalmant

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN
&ditions TwalesK

10.11.2009

vois, pas voir

018.png (un pavé dans la mare)

Ne plus voir le monde, le lire

A nouveau, le cortège indigne
  des maisons à deux pieds, sans murs
  et qui vont sur la tête et privées de futur
  en cherchant dans le ciel un signe
par les sentes damées d'argile analphabète
  et tous les champs du viol des mères
  fronde sur l'atmosphère
  leur chant qui récolte le sang de la terre
où l'homme né noir blanchira jusqu'à l'os
sa carne dans la main tendue pour le négoce

Ne plus voir le monde, le peindre

A nouveau, le chaos naturel
  dans une flaque d'huile, une onde qui s'affole
  des reflets qui s'emmêlent
  artistes auréoles
  benoites
  où le réel miroite
avec pour seuls témoins tous les yeux silencieux
  les miens, les tiens et ceux qui sont encore
  à naître de l'esprit de celui qui s'en dore
  la pilule
loin des gesticulations ridicules

Ne plus voir le monde, l'écrire

A nouveau, du plus bel aujourd'hui
  avec la chair du vent pour m'en souffler des mots
  au cœur... à même la peau...
  et donner à l'oubli un semblant de palpable
  que tous les pas perdus résonnent, véritables
  par les longs corridors
prenne corps
nécessaire
la vie

Ne plus voir le monde, quoi
C'est dit

Krapov_oil.jpg

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustation photographique : Joe KRAPOV.
 

03.11.2009

CocoRosie

Oh, les filles ! sœurettes, vos voix
où nos grand-mères nasillent (comme poupons)
et les divas-pities scintillent (sans compromission)
proprelettent les ondes
et vos joujoux poppy frétillent vos recettes
répondent
à quelque incantation secrète
que ne peuvent entendre plus
que les chairs tendres et disparues

jouet-tchou.jpg

tatou,
"...la vie, / c'est comme / une boîte de chocolats..."
une larme suffira sur la joue sous l'œil
(souris kazou,
 j'embarque après vous mon deuil)
une brillance lui fait écho
s'effeuille des spirales
vocales bancales

jouet-son3.jpgOh, les filles ! coquines
vestales riant à la porte Colline
- grimace à la face des joyeux sots,
plein pot, les nuances !
tout l'air tremblant qui danse
et la peau qui résonne
s'étonne

jupons,
Japon,
tout un chenil en tête

jouet-son1.jpgchanson,
scansions
toute, la ville en fête

à l'écoute des deux sœurettes

déroulant
coco_rosie2008.jpgdéroutants
les arpèges

la nuit
la pluie
se désagrègent

pincez-moi, fort
je ne sens rien
c'est que je rêve
c'est bien

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

cocorosie.jpg
Bianca et Sierra, les sœurs Casady de CocoRosie (+live)

06.09.2009

L'aube atteinte

Tuileries.jpg

L’aube vient, qui l’entend
 étirer sous le vent
 ses longues jambes claires ?

La nuit feinte l’instant
 cabre vers l’occident
 son voile bayadère

Au saut du lit la Terre
 teinte dans la poussière
 ses cheveux gris et blancs

Des animaux s’affairent
 d’autres s’en vont en guerre
 et marchent sur l’orient

C’est l’aube sur Paris
 et sa jupe blanchit
 à chacun de mes pas

C’est l’aube et je regagne
 une aimable compagne
 un pain rond sous le bras.

les-toits.jpg

 tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
(paru dans l'abécédaire poLétique)

http://www.deezer.com/listen-914049

 

 

17.07.2009

si renaissance il y a

bon, tu viens, oui ?

Les mains sur ton souvenir
je me regarde l'intérieur
éprouver de nos plaisirs
l'inaltérable fraîcheur

D'entre les parfums s'affinent
l'âpre boisé de l'olivier
le doux muscat de la cyprine
le pavot dans la suée

Une musique s'anime
au moindre soupir déclinant
l'harmonie des orgues intimes
dont mon désir est friand

Noix sombre dans le regard
tu as su me percer à jour
mieux que le tain de ces vantards
ne sait me faire la cour

Touchante fébrilité
tes doigts partis à l'aventure
s'en retournent plus étonnés
patrouiller ta chevelure

Saveur d'un pleur impromptu
surgi dans le pli d'une lame
mordillant sa lippe repue
goutte un reste de nos âmes

Dans le content de mes sens
j'ai l'intuition d'un nouveau rêve
où des amours la renaissance
arpente déjà la grève

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

14.07.2009

impropre exil

(manifeste poLétique)
autoportrait

Ton exil est le mien, poésie vive en rêve
sur les flots incertains charriant l'humilité
dont ne sont pas nourries ni les âmes bien nées
ni les peaux de chagrin pour qui l'aube est trop brève,
nous voguons vent debout l'un vers l'autre portés

Idiot celui qui croit - comme on croit un Jésus
car l'aimer nous ferait une toute autre histoire !
en l'exil volontaire, œuvre libératoire
d'un génie supposé en connaître l'issue ;
nous couchons sous le pont des frères à peau noire

La prison, c'est l'idée aux forces surhumaines
(l'espoir d'en réchapper en insulte la grâce)
le séjour y est doux quand on sait la menace
qui mange tous les corps et dehors se déchaîne ;
nous y purgeons le temps que notre âme s'efface

Pourtant nous la quittons quand nous prend le désir
d'aller voir les ailleurs qui nous viennent en songe
espaces infinis que le verbe prolonge
en y faisant rimer le meilleur et le pire ;
nous nous retrouvons là, affranchis du mensonge

Mais les cailloux jetés à la crête des vagues
forment bientôt les murs qui vont nous contenir
chacun dans sa cellule à pousser des soupirs
dessinant à la craie une raie pastenague
ou sifflant dans le vent la nuit qui doit venir.

Aussi vivant qu'il soit le rêve meurt un peu
quand nous fermons les yeux sujets à nos effrois ;
aussi bien ferons-nous malgré l'heure et le froid
de veiller avec joie son objet merveilleux

Et nous irons chanter sous le grand cacatois
enviant d'un géant les plongeons gracieux
triomphe d'innocence entre ciel et flot bleus.

ouééééé, elle est bwooOonne !
tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

10.06.2009

au jour, dit

T_DRAW01.JPGJe me suis levé au matin
c'était un matin d'aujourd'hui
je me suis dit : il fait jour, tiens !
et depuis, c'est bien le jour dit

Je n'ai pas vu s'ouvrir la porte
par où passa cet aujourd'hui
il n'est pas question que j'en sorte
avant que survienne la nuit

A d'autres vaille l'idée morte
que le temps reste inassouvi
j'ai tué le temps, de la sorte
je demeure au bel aujourd'hui

Il s'y mêle une humeur d'automne
et des soleils en appétit
j'y cueille tout ce qui m'étonne
et me donne goût à la vie

Viendra le soir et ses colonnes
veinées de noir au marbre gris
j'y serai cet air qu'on fredonne
le coeur léger, pas vu, pas pris.

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

dais : l'aube jusqu'au soir

lisa G, graphiste

Faut-il donc que s'achève au point du jour le rêve
plutôt qu'envisager de n'en sortir jamais ?
Combien sur le pavé pour un pas sur la grève ?
Qui compte (me le dire) ?

Si l'aujourd'hui n'avait plus besoin de relève
à l'horizon pourrait plus avant s'éloigner
sur l'océan courbé le lent demain sans trêve
et l'aube s'attendrir

Le pire aurait un nom arrimé à l'hier
qui s'entendait naguère inexorablement
étirant sa lignée sur l'ombre et la lumière
de tristes avenirs

Le vent serait un chant qui se ferait l'écho
de ces joies murmurées là-bas sur le velours
que revêt l'océan sur les plis de son dos
frémissant de soupirs

Des âmes incarnées riant sous la volière
imiteront la caille et le fou de Bassan
pour aller caresser de la plume la mer
qui ne sait pas vieillir

Et cette gaie volée de parer l'indigo
des nuances connues par le plus vif amour
déshabillant la nuée de son paletot
sans jamais l'affadir

De tout ce camaïeu qui redore l'ennui
le jour aura compris n'être pas le miroir
mais le cadre élogieux où se distrait la vie
de l'idée de mourir

dès l'aube jusqu'au soir

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustration : Lisa G, Des Châteaux en Espagne.

04.06.2009

vague dure

reflux

Car après nous le monde
sera le monde encore
une vague déjà
fait mine de mourir
et reflue dans le bras
de l'autre qu'elle inspire
lent mouvement de l'onde
narguant les météores

Et quoi,
se torturer la goutte ?
le grain de sable doute
et viendra la marée ;
assure-moi l'écoute
et j'irai te border
du foc au perroquet,
que viennent la nuité
ou l'aube sous la voûte béée

Alors nous ferons voile
des voiles se faisant
masqueront des étoiles
au prochain firmament
pour nous donner courage
quand il sera grand temps
de rendre nos hommages
au rivage fuyant

mets ta morphose, petitEt quoi d'autre, le vent ?

Ah oui, le vent du barje
le vent de folie pure
le vent des idées larges
le vent de l'aventure
le vent qui fait la vague
et la vague qui singe
du monde des nuées le linge

Qu'une autre vague dure

 

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

20.03.2009

Aracna (2)

Carna-Original.jpginterprétant librement les illustrations de la dessinatrice Nephyla, je me suis proposé, avec son autorisation, d'extrapoler quelque nouvelle fantastique, inspirée par son graphisme expressif.

EN RESUME :

Akitin, le Colporteur a découvert la petite et mystérieuse Aracna, flottant sur l'eau entre les bras d'un arbre mort. Ayant confié la jeune enfant aux soins de la famille du docteur Grescar, Akitin la retrouve chez eux quelques mois plus tard, à l'occasion d'une réception comme le couple aime en donner fréquemment en priant le Colporteur de les animer de contes et de chants.  Les visites d'Akitin, sont toujours une fête pour l'enfant secrète.

[accéder au chapitre précédent]

____________________________________

LI GÜRLN


" Sliur Akitin, vous nous voyez très honorés de votre présence. prenez donc la peine d’ôter votre cape. Anna, vous serez gentille de débarrasser Sliur Akitin, je vous prie, m’accueillit Madame Grescar, femme accorte et enjouée, mais maîtresse femme tout de même - de celles qui imposent respect et bon aloi dans leur domaine. "
Quand je pénétrai dans le salon, j’en appréciai l’ambiance feutrée, le raffinement discret du mobilier offrant un écrin des plus appropriés pour les œuvres de maître et les tentures qui habillaient les murs.
" Ah, je constate avec bonheur que vous avez apporté votre plus bel instrument, s’extasia avec une emphase exagérée le docteur. Passons vite à table, voulez-vous mes amis ? Nous n’en jouirons que plus tôt des savantes mélopées de Sliur Akitin. "
Les convives, dont je connaissais la plupart, me gratifièrent de grommellements circonspects.
J’étais en effet régulièrement sollicité par le couple Grescar aux fins d’agrémenter leurs soirées mondaines ou privées avec une série de liaars encadrant quelques vieux contes. Pendant qu’ici et là les gorges achevaient de se soigner en sirotant leurs douceurs liquoreuses, j’extirpai mon nissarne de sa gangue pour le présenter à la curiosité bonhomme du docteur. Il s’en saisit, actionna la manivelle et pinça quelques cordes.
" - Magnifique, tout simplement magnifique ! me dit-il avec, dans le regard, la brillance d’une joie enfantine.
  - Madame est servie, annonça Freddele, le vieux majordome qui me semblait toujours avoir été conçu avec les plus anciens fondements de la bâtisse.
On se dirigeait vers la salle à manger.
Une femme s’effaça pour me laisser passer. Dans mon dos, je l’entendis murmurer à son époux "…c’est lui qui a… " (découvert la petite, oui oui).
Nous fîmes bonne chère, cela va sans dire.
Peu avant le dessert, on ne manqua pas de m'entreprendre pour narrer dans quelles circonstances j'étais venu en aide à la petite Anna. J'y répondis volontiers, d'autant que cela me permit de jauger mon auditoire et de juger de l'effet de ma voix sur cette bonne assemblée.

Vint l'heure du conte.


Je vous parle d'un temps où le rêve des hommes leur parlait d'eux-mêmes depuis le mont Darn.

En ce temps qui subsite malgré nous au plus fort de l'oubli, vivait Li Gürln.

NEPHYLA.JPGPrincesse de la lignée des Sorgh, fille unique dont le père Nahian venait de sacrifier sa vie au cours de la fabuleuse bataille de Kaarn'an-Darn, Li Gürln serait bientôt appelée à régner sur les peuples de la vallée du Kaarn. Il ne lui manquait, pour succéder à son père, que de trouver le chant qui plairait à son peuple.
Les rives du fleuve Kaarn avaient bu tout le sang versé sur la plaine. Les crânes des vaincus ornaient les pics le long des berges à nouveau giboyeuses et l'étendard en berne de Nahian flottait depuis trois révolutions aux flancs du mont Darn en sommeil.
Bien des voix s'étaient succédées, venues de tous les horizons connus, clamer leurs mélopées sous le Daarnem. Chaque soir, chaque matin, Li Gürln y accueillait les prétendants, chaque fois entourée de nouveaux membres de son clan. Jeunes ou vieux, mâles ou femelles, tous la secondaient dans son choix. Mais Li Gürln savait une chose : le chant qui plairait à son peuple sera celui qui la fera vibrer elle-même.

 

tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK -#340-3
proposition inspirée par une illustration originale de Nephyla

(toubi continioude...)

Toutes les notes