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totalités mineures - Page 17

  • brossé

    Des heurts plein sa maison - toile peinte à la brosse
    le cœur, à sa chanson, la main posée dessus
    mélancolique humeur, fidèle et rebattue
    broie son bouquet de pleurs, de sang, de chair et d'os
    reprend sur le métier son étude féroce
    accordant trait pour trait les fragments de son cru
    puis s'étale
    de toute sa surface de sentimental
    sur les tissus et les textures
    tyran ! à lui, la couverture
    les fibres charnues et veineuses
    le jus des suées savoureuses
    la panoplie faste, complète
    courant des pieds jusqu'à la tête
    le corps pris
    le voilà maître du moindre espace de vie
    à l'œuvre...

    D'un rai de sang les limbes font
    un plat couchant à l'horizon

    D'ossements poudrées, les collines
    croûtent sous des laves marines

    Un lacis de cheveux grisâtres
    pour l'herbe où jambe ne folâtre

    Des tendons et des nerfs en boules
    n'empêchent qu'un fleuve s'écoule

    La salive a tout barbouillé
    de ses trop voraces baisers

    Des jets de matières fécales
    fleurissent chaque verticale

    Rognure d'ongle éparpillée ?
    Coquillages dénaturés !

    Mou tamis de lambeaux, la chair
    densifie l'opaque atmosphère

    Veines engluées de maroufle
    fanals stupéfaits, sans un souffle

    Le suspens !
    a retenu l'artiste main du maître à temps

    Le corps fait un pas en arrière
    sans vraiment quitter sa partie
    Dessus, la face mal polie
    assouplit son masque de terre
    sourit ?
    grimace ?
    Mince déjà, la furtive expression s'efface
    met en place la réflexion
    l'intègre
    à son inanité allègre
    dans les ravines de ses joues
    dans les plis noueux de son cou
    Dans les tremblements de son buste
    la certitude satisfaite d'être juste

    Contemplation paradoxale, dos au mur
    l'œuvre achevée, un cœur adore son épure

     

    Pur Rien, hommage à F. Bacon...

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Illustration : Heaume de Prince, ©2009 Pur Rien

  • Acaciastique

    à Bernard

    Dead can danceActes épars, oh ! les pans velourés
    qu'agite le vent sous nos dalmatiques
    Même en berne, art ose y corroborer
    légitimité de l'arme onirique

    Ceints de perles d'or, nos fronts écoliers
    légion rassemblée sous les acacias
    qui tient par le crin, qui par le collier
    son rêve dompté, paré au combat

    A califourchon, tiersétatisés
    nos doléances, dons et invectives
    Suffise aux canons des graves beautés
    leur substance aux vertus roboratives

    Chacun sa monture, épique ou sauvage
    porte haut son blason, son allégresse
    pour écouvillon, sa verve ou sa rage
    prêtes à curer des cieux la mollesse

    Ici va se jouer la mise en balance
    de mage puissance et de probité
    par confrontation d'insignes sentences
    que psalmodieront nos corps opposés

    Alors, à l'assaut des ciels engourdis
    irai, ferme en cuisse l'éphippigère
    fendre l'écheveau des jours et des nuits
    dont l'éternité n'a pu se défaire

    Sur terre, à l'abri de nos acacias
    une chorégie de cris et de pleurs
    soutint l'harmonie de notre armada
    que rien ne grevât notre belle ardeur

    Tantriques, nos chants antédiluviens
    contre verbe antique issu du Zohar
    lumière et chaos disputaient les liens
    de l'âme, du corps et de leur histoire

    Il vaudrait mieux taire, ici, maintenant
    combien notre guerre a tout ravagé
    tant la dureté des acharnements
    a tout avili des corps engagés

    Que notre âpreté à nous prévaloir
    de la seule gloire encore tangible
    nous aura conduits hors de tout espoir
    qu'aucun règne de l'esprit fût possible

    Une aube rougie au sang de nos yeux
    en porte le quotidien témoignage
    Nul parti n'en sortira victorieux
    ni divin écrit, ni formule mage

    Et si j'abandonne, ici, le combat
    laissant à l'enclos mon éphippigère
    c'est que m'attendaient sous l'ample acacia
    mon amour pour toi, son lopin de terre

     

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Les Autres Sur Le Banc

    La journée bat son plein sur la place du bourg
    Qui court à son train-train, qui compte ses débours
    y promène son chien, son humeur intestine
    ou cherche le printemps dans la frêle glycine

    Le quotidien ballet des ruses ouvrières
    si prompt à ignorer son pas foulant la terre
    s'emploie à observer l'impérieuse et futile
    obligation de faire et de se croire utile

    Mais, voyez ! quelques-uns, quelques-unes - Les Autres !
    ont posé leurs destins, se sont faits les apôtres
    d'une toute autre fin, dans l'immobilité
    qu'ils ont choisi de prendre, au cœur de la journée

    Ils ne bougeront plus; c'est dit ! C'est leur courage !
    C'est leur seule vertu. C'est leur insigne hommage !
    Le temps ne compte plus qu'à l'aune de leur acte
    La société refonde ici quel est son pacte

    Un règne est mis au ban par la sobre attitude
    de quelques simples gens refusant l'habitude
    son cirque, son carcan, sa terrible injonction
    de courir sans savoir, ni amour, ni raison

    Quand ils ne seront plus les Autres Sur Le Banc
    mais ceux qui auront su changer le cours du temps
    se connaîtront cocus, les derniers profiteurs
    et Madame jouira dans son carré de fleurs

    Le vent, l'eau et le feu retrouveront leurs places
    et le sol généreux offrira sa surface
    à notre aventureux besoin de perdurer
    quand fourmi n'en sait rien, mais que nous aurons joué

    Notre rôle
    soucieux du lendemain au pied du triste saule

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#153

    poésie,anarchie,position réfractaire,banc,merci,cacoune

    ©crédit photo : Cacoune

    et musique suggérée par Miss Tiss ;)

  • blanche heure

    Oh, ma Petite Chèvre à l'ombre des moulins
    Mon possible festin ! Mon aube aux pâles lèvres
    Ma vierge sans visage encadré de mes mains
    Ma fièvre !
    Viens t’en perler le front de mon lot quotidien

    Laisse-moi te souiller - tant pis qu'on soit dimanche !
    Te gratter le papier, te prendre par la manche
    et, de l'en-tête au pied, déverser ma revanche
    sur le temps qui me prend chaque jour une année
    m'emporte... m'avalanche...

    Tout ce blanc, c'est la mort qui me lance un défi
    Je veux le relever de mon trait, de mon dit
    Je veux l'avoir en face
    mais ne jamais céder à la sombre menace
    de son pli

    D'une grotte insondée tu es la bouche ouverte
    et je t'ai rencardée pour mon expédition
    pour aller titiller à ta surface inerte
    l'idée que je me fais de mon sang, de mon nom
    jusqu'à la découverte

    Je suis le loup surgi de ton secret désir
    Je prépare une orgie qui ne veut pas finir
    savoure ton martyr au moment de tracer
    sur ta virginité mon vorace délire
    Oui, je vais t'absorber !

    Mais, à l'instant, que dire ?

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki #152

    angoisse de la page blanche, JM BONNARD

    Illustration : Jean-Marie Bonnard

  • Neuf, aux conteurs

    aux âmes vives 

    Maints dans la main savaient lire les signes
    et ne s'enorgueillaient pas de tant de magie
    Ils allaient, le pas simple, mais l'allure digne
    répandre au gré du vent les mots qui font la vie

    Ils savaient le regard qui absorbe le monde
    Ils chantaient pour les dieux qui leur expliquaient tout
    embrassaient terre et ciel, les flammes et les ondes
    se contentaient de pain, de miel ou de saindoux

    Le Verbe avait alors valeur incomparable
    et son cours sinuait sans gâcher le labeur
    Parole se donnait pour être véritable
    délivrant son message et libérant les peurs

    La mesure du temps se jugeait au bâti
    Les peuples s'arrangeaient des caprices du ciel
    Tandis que les puissants cédaient à leurs folies
    une sagesse œuvrait, attentive au réel

    Etre luttait déjà avec le vain Avoir
    Vivre avait le souci de vivre chaque jour
    mais ils venaient alors, chargés de leur savoir
    rappeler à chacun sa puissance d'amour

    Nos hommes ricanaient; les femmes, plus souvent
    entendaient le message et lui donnaient un nom
    qu'arrivé à raison porterait leur enfant
    investit de son âge au point de la question

    Il a pourtant fallu que cet ordre s'inverse
    Parole n'a plus cours pour étayer les actes
    et nous voyons passer, dos courbés sous l'averse
    les enfants ignorant la vérité du Pacte

    Une Bête a mangé les mots de la Parole
    imposé de l'Avoir la prégnance putride
    Elle a chié de l'or, du charbon, du pétrole
    semé partout sa règle ignoble et parricide

    Mais le jour est venu de répudier son ombre
    et de fouler au pied, partout ! son imposture
    Elle aura oublié que la force du nombre
    la voue aux gémonies ! Que le Verbe perdure !

     

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    runes