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°mictionnaire poLétique° - Page 5

  • adjectifs (xyz)

    xénophobe :
     Un âne à la miteuse robe
     à l'âme rude et xénophobe
     toisait du regard un bon chien
     oreille fine et cœur badin
     qui cheminait près de son maître
     menant au pré ses vaches paître.
     - Eh, l'idiot ! lui fit l'âne hautain,
     ce que tu peux être servile
     obéissant à cette main
     qui, sans toi, serait malhabile
     à mener seule ce troupeau.
     Le chien lui dit alors ce mot :
     - Je vois que tu veux disputer
     de quoi nature nous a faits ;
     dis-moi donc quel est ton emploi
     et nous concluerons après quoi.
     L'âne lui dit tout son travail :
     comme sur les champs de bataille
     il charrie les munitions
     qui contribuent à la victoire
     de l'un ou l'autre bataillon
     de la nation méritoire
     qui nous garde de l'étranger
     de ses déboires et projets
     ou toute infâmie qu'il importe
     de ne pas voir devant sa porte.
     A quoi le chien lui fit réponse
     en ces termes bien mesurés :
     - Mais si sur toi un boulet fonce
     et te réduit comme pâtée,
     dis-moi qu'y auras-tu gagné ?
     - Ah, mais la médaille et l'honneur !
     - Et cela ferait ton bonheur ?
     - Certainement ! j'y compte bien.
     Et ce destin vaut toujours mieux
     que ta vie de chien, malheureux !
     - Ma vie de chien, j'en suis content ;
     je vais tous les jours par les champs
     paisible, vif et laborieux,
     assuré de vivre bien vieux
     près de ceux que j'aime et me rendent
     tout le bonheur qu'on peut attendre.
     - Tu es idiot, je le répète.
     - Je vois, ton opinion est faite.
     - Et demain, je pars au combat !
     - Qui sait, quand on se reverra
     me tiendras-tu l'autre discours.

     Ainsi passèrent quelque jours...

     Puis ce fut la sombre retraite
     de toutes nos armées défaites
     où l'âne ne paraissait pas
     parmi le chaos des convois.

     Un soir qu'on lui donnait son dû
     le chien renifla sa gamelle
     car il n'y reconnaissait plus
     l'odeur de pâtée habituelle.
     Le maître approchant sa cabane
     lui dit : - ça te plaît-y, mon bon ?
     J'ai mis un bout du saucisson
     que les troufions ont fait de l'âne
     tombé sous eux dans la mitraille.
     Le chien se remplit les entrailles
     ce soir-là, de belle façon.

     Quant à disputer à toute heure
     de la raison ou de l'honneur,
     c'est le fait des gens bien repus ;
     mais ça, l'âne ne le sait plus.
    ; qui, ne s’accommodant ni de l’étrange ni de l’étranger, s’en trouve tout abruti dans ses attributs (!).
    - J'ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu'il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter ! [Raymond Devos].

    [y]

    zébré :
     (à suivre)

    ; un barré des couleurs (prisonnier de la mode ?) aimera ce motif à l'exotisme tout relatif.
    - La vieille façade, zébrée de raccords de céruse, n'attendait plus, pour rajeunir, qu'un coup de badigeon [Roger Martin du Gard].

    zebrordi.jpg 

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    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Les SUBSTANTIFS PEU ORDINAIRES

    Les substantifs peu ordinaires
    de l'abécédaire poLétique


    Cette série de termes peu ordinaires se distingue de la précédente liste de noms communs en ceci d’abord qu’elle rassemble des mots dont la substance mœlleuse s’éloigne des réalités triviales pour toucher à la conceptualisation des états et des phénomènes qui environnent, ou selon, taraudent la nature humaine. Ensuite, vous noterez comme, dans la liste sommaire ci-dessous, je les ai magnifiés chacun d’une majuscule – effet baroque dont je suis fort peu friand certes, mais non dénué de sens ni de quête d’absolu.

    • ABC
      Autrui - Baiser* - Ciel*
    • DEF
      Drame - Etoile- Folie
    • GHI
      Grâce - Horreur* - Immensité*
    • JKL
      Jour - Kangourou - Livre
    • MNO
      Mystère - Nuit - Ombre
    • PQR
      Présomption - Quête - Rouge
    • STU
      Sort - Temps - Univers
    • VW
      Verbe - Western
    • XYZ
      [x] - [y]- Zen

    Avec, par ordre d’apparition consubstantielle :
    Monsieur Gilles Deleuze ; Monsieur Eugène Emile Paul Grindel (dit Paul Eluard) ; Mademoiselle Thérèse Martin (dite Sainte Thérèse de Lisieux) ; Monsieur Pierre Reverdy ; Monsieur Jules Supervielle ; Monsieur Blaise Cendrars ; Monsieur Albert Samain ; Monsieur Daniel Pennac ; Monsieur Victor Hugo ; Monsieur Alphonse de Lamartine ; Mademoiselle Violette Leduc ; Monsieur Marcel Schwob (aussi dit Jean de Longeville) ; Monsieur Paul-Jean Toulet ; Monsieur Henri Michaux ; Monsieur Alphonse de Lamartine ; Monsieur Alexis Léger (dit Saint-John Perse) ; Monsieur Charles Cros ; Mademoiselle Louise Michel ; Monsieur Jules (ex Ouralphe) Laforgue ; Monsieur Pierre Reverdy ; Monsieur Arthur Rimbaud ; Monsieur Emile Verhaeren ; Monsieur Georges Duby et Monsieur André Malraux.

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

     

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    Aussi au sommaire de l’abécédaire poLétique :
    Des noms communs
    Des adjectifs épithètes
    Des verbes hauts
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  • substantifs (abc)

    Autrui :
     Aux truies ?
     Ah, mon cochon qui ne veut tant d’efforts
     que d’extraire un genou par-dessous la jambée
     qui n’aura pu tanguer plus avant vers le port
     et compte son écot pour une autre lampée
     sur la verge ruinée qui lui pend sous le pli

     Il n’est question d’amour ni même de transports
     mais d’aller secouer un peu de sa rosette
     contre un visage peint aux couleurs de la mort
     odieux truchement qui loge au fond des têtes
     un mol élan de l’âme à se garder d’autrui

     Dimanche, c’est demain… cochon qui s’en dédit !
     rempaillé par les tiens et leurs civilités
     tu iras psalmodier, comble d’hypocrisie
     les commandes d’un ciel où tout est décidé
     par l’amour du prochain qui te sauve la vie

     Aux truies ! Aux truies ! c’est l’heure, il faut payer encore
     et le prix du bonheur et celui du passage ;
     cochon qui s’enlaidit au long des corridors
     parvenu à l’issue où le fond se partage
    ; si ce n’est toi, c’est l’autre : ton frère.
    - L’absence d’autrui, c’est quand on se cogne, et que nous est révélée la vitesse stupéfiante de nos gestes [Gilles Deleuze].

    Baiser* :
     aussi
    dans le suspens de ce baiser, déjà tes lèvres ourlées en embuscade sous les cheveux complices déjà tes mains, fraîcheur qui m'épouse les joues déjà tes diamants sombres dans les miens déjà fous
     et puis
    dans l'affleurement de ce baiser, déjà vibre ma lippe emprisonnée par deux tendres et juteuses délices déjà mes doigts qui t'apprivoisent le  cou déjà mon souffle dans ton souffle tient, déjà nous
     alors
    dans l'affolement de ce baiser, déjà nos bouches d'appétence en douce se régissent déjà nos mains qui se cherchent des envols déjà nos vertiges caracolent déjà tout
    ; archétype manichéen du tout ou rien (il est délicieux ou dégueulasse, du bout des lèvres ou pleine bouche, il est bonjour, adieu, menace, consolation, long, lent, court…) toujours.
    - La terre est bleue comme une orange / Jamais une erreur les mots ne mentent pas / Ils ne vous donnent plus à chanter / Au tour des baisers de s’entendre [Paul Eluard].

    Ciel* :
     Discobole ! Discobole !
     un genou sur le Tourniquet
     défiant Éole et ses nuées
     dans le suspens de ton élan
     tous les envols du temps prescient :

     Plein ouest, rien d’autre que le soir
     révolution, ce vain espoir
     de pouvoir embrasser jamais
     l’aube de la fertilité ;
     
     L’Étoile du Berger patiente
     fendant l’oubli, sa voie lactante
     un cheveu blanc sur le front plat
     d’un cosmos, Chaos et substrats ;
     
     Orient, extrême évanescence
     luit d’opportune renaissance
     quand l’ombre cernée de lumière
     s’amenuise enfin sur la terre ;

     A des profondeurs abyssales
     la vie et sa chaleur australe
     gourmandement remet au four
     galette, la rondeur des jours

     Discobole ! Discobole !
     tourbillon dans le Tourniquet
     spirale folle en déroulé
     goutte de miel au cœur de l’œuf
     relance au ciel un disque neuf.
    ; couvre-lit cosmique auquel n’accède pas qui veut, du reste il en faut bon nombre rien que pour les voir en peinture sans risquer d’en affecter la nature.
    - Mon ciel à moi ! [Sainte Thérèse de Lisieux].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

     discobole.jpg

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  • substantifs (def)

    Drame :
     La douleur dans mes yeux me brûle jusqu’aux lèvres
     et dans mon sein noueux un cloaque mijote.
     Pris de sombres pensées, j’arpente un Pont de Sèvres
     dont la grande enjambée me semble être une grotte.

     Sonnez cloches du soir vos graves résonances.
     Faites vibrer le timbre d’airain de vos chœurs.
     Ce plain-chant accompagne et souligne la stance
     où je mets tout mon plaint, sa peine et sa rancœur.

     Une brise soudain me suspend par l’échine.
     J’ai le pied loin du sol comme un rire de mioche.
     Déjà tous les sanglots me quittent la poitrine.

     Mon cœur abandonné, ne fais pas tant de drame !
     De l’ordre souterrain le train est en approche.
     Qui sait quel passager se trouve dans sa rame ?
    ; pièce sombre où des actes se jouent de nous ; genre où tout le cinéma tient dans un mouchoir.
    - La nuit c'est le nouveau décor / Des drames sans témoin qui se passent dehors [Pierre Reverdy].

    Étoile :
     Seule, brillamment
     L’étoile
     Que le firmament voile
     Sur l’océan.
    ; astre hors normes.

    - Tout de suite au plus noir d'une lame profonde, / Il vous naît une étoile au-dessus de la tête [Jules Supervielle].


    Folie :
     J’aime à la folie ta folie, ma folie
     ma folie qui m’affole
     ma folie qui m’enfuit

     J’aime ta folie de mots qui caracolent
     et décollent du sol
     et décorent l’ennui

     Comme le pin parasol la nuit
    ; incertain dérèglement de tous les sens ; petite, compulsion dépensière.
    - Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui [Blaise Cendrars].

      * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    fou.png

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  • substantifs (ghi)

    Grâce :
     Main fredonnant l'herbe frisée
     frissonnants grains de muscadet
     chapelure appelée rosée
     où j'irai déposer mes lèvres
     avant qu'un rêve nous achève
     avant qu'il nous ait emportés
     perles vives dans la buée

     Arrête un peu, dis
     tu me chatouilles !

     Calmes palmes devant l'or brun
     n'en laissant fuir que des rais fins
     persiennes fractures du jour
     soudain quelque ennui vous tracasse
     est-ce l'ouragan qui menace ?
     qu'y puis-je faire ? comment sauver
     le calme charme de vos ourlets ?

     Regarde un peu, voir
     j'ai pas une poussière ?

     Eclats de forge dans l'atmosphère
     brûlant ma gorge dans les enfers
     un chameau passe, il est tout sec
     un toucan délivre son bec
     d'une pastèque
     cependant je cherche à étreindre
     la source au puits qui sait m'éteindre

     T'as pas un peu soif, dis ?
     parce que moi oui

     Plus immobile qu'un caillou
     stoïque tel un fier brisant
     le monde roule sur mon cou
     indifférent
     à l'intérieur le rêve est plein
     de jus, de flamme, de chanson
     et, oui dame, de vos seins ronds

     viens un peu par là, voir
     que je t'embrasse

     hélas, hélas, moment de grâce,
     il est bien tard
     sur le grand écheveau du soir
     j'ai lacé mon tour d'ivoire.
    ; ce naturel de toute beauté, tant qu'il nous semble surnaturel et appelle le toucher ; état contemplatif momentané.
    - Et, près du feu qui meurt, ce sont des Grâces nues, / Des départs de vaisseaux haut voilés dans l'air vif, / L'âpre suc d'un baiser sensuel et pensif, / Et des soleils couchants sur des eaux inconnues [Albert Samain].

    Horreur* :
     Vengeance de l’arbre,
     Le Cru s’y fit de l’ombre
     coulant sang noir des rives sombres
     au pied des joncs malingres
     le déclin d’un verbe annoncé
     se pleure, et son malheur désolé
     se perd en vains sanglots, restes
     dévorés par le marigot céleste
      
     Le front naguère ceint d’ignorance assassine
     pesant, lui fait ployer l’échine
     et Le Cru abattu bave sur sa poitrine
     un psaume, une prière
     à l’abandon du père
     la trahison du frère
     et le brûlant regret de la mère
      
     Là-bas,
     flottant sur l’ici-bas si proche
     la barque d’un passeur fantoche
     attend de relever ses filets
     entre le fleuve et le marais
     mais l’autre couche avec les Parques
     aucun gueux ni aucun monarque
     ne sauraient l’en priver
     jamais, Ô grand jamais
      
     Alors, la nuit qui fit le monde
     abuse les reflets de l’onde
     et n’y tolère pas l’empreinte
     du pied rivé à la solive
     referme son obscure enceinte
     sur la lumière qui salive
     de n’être pas aimée
     de ceux qu’elle a baignés
     ces mêmes ceux qui applaudissent
     le corps du Cru et son supplice,
     la foule aveugle des absents
     dans l’apocalypse du sang

     Le tonneau mis en perce
     à son flanc se déverse
     le rouge a déserté la scène
     et gagné les esprits obscènes ;
     ils viennent s’affranchir
     de l’horreur et du pire
     en s’abreuvant avec délice
     au marigot du sacrifice

     Et dans ce délire incongru
     sauvage et saugrenu
     Le Cru n’en finit plus de pourrir.
    ; quand l’Apocalypse Maintenant a le dernier mot.
    - Toutes les guerres naissent du même axiome : les poubelles ont horreur du vide [Daniel Pennac].

    Immensité* :
     Quand rien ne s'y oppose
     l'immensité des choses
     me saisit par le bras
     me montre une lumière
     tendue par la forêt
     où le rêve n'attend
     que de me dévorer

     N'ayant pas de cailloux
     pas même un bout de pain
     je poursuis le chemin
     les cheveux en désordre
     vers la maison de l'Ogre
     sous le regard meurtri de ma fratrie… -extrait-
    ; étendue à l’infini que c’est pas dieu possible .
    - C'est un indigent sous la bure, / Un vieux front de la pauvreté, / Un haillon dans une masure, / Un esprit dans l'immensité! [Victor Hugo].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    poucet.jpg

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