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  • de haute lutte

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    the inner fightdans mes entrailles, une bataille :

    un bonheur béat le dispute
    mène un combat de haute lutte
    avec le doute et l'incertain
    et l'envie qui ronge son frein

    de l'attente la quintessence
    sourde, une fulgurance
    n'épargne plus rien de mon sein
    car de mon ventre le réveil est pour bientôt

    demain, ce rêve d'aujourd'hui
    sera fait de chair et de sang
    résisterai-je seulement
    à ce tourment qui prendra corps ?

    j'ai rongé de la mandragore
    bu liqueurs et filtres magiques
    sans que s'apaise la panique
    où trempe l'écho de mon coeur

      je tiens au bout du corridor ton fil, Ariane
      célébrant le bel aujourd'hui qui me gouverne
      j'en déclame au seuil de la nuit les chants profanes
      - est-ce ton râle, Minotaure, dans la caverne ?

    Oh, douleur! ma pauvre douceur
    qu'une aile frôle et c'est assez
    du pli de cette aile froissée
    Ô douceur, pour que ta douleur
    vienne à me ronger l'intérieur
    et me dévore à satiété

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK 

  • Le Cru

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    Le Cru, selon moiVengeance de l’arbre

    Le Cru s’y fit de l’ombre

    coulant sang noir des rives sombres

    au pied des joncs malingres

    le déclin d’un verbe annoncé

    se pleure, et son malheur désolé

    se perd en vains sanglots, restes

    dévorés par le marigot céleste

     

    Le front naguère ceint d’ignorance assassine

    pesant, lui fait ployer l’échine

    et Le Cru abattu bave sur sa poitrine

    un psaume, une prière

    à l’abandon du père

    la trahison du frère

    et le brûlant regret de la mère

     

    Là-bas,

    flottant sur l’ici-bas si proche

    la barque d’un passeur fantoche

    attend de relever ses filets

    entre le fleuve et le marais

    mais l’autre couche avec les Parques

    aucun gueux ni aucun monarque

    ne sauraient l’en priver

    jamais, Ô Grand Jamais

     

    Alors, la nuit qui fit le monde

    abuse les reflets de l’onde

    et n’y tolère pas l’empreinte

    du pied rivé à la solive

    referme son obscure enceinte

    sur la lumière qui salive

    de n’être pas aimée

    de ceux qu’elle a baignés

    ces mêmes ceux qui applaudissent

    le corps du Cru et son supplice,

    la foule aveugle des absents

    dans l’apocalypse du sang

     

    Le tonneau mis en perce

    à son flanc se déverse

    le rouge a déserté la scène

    et gagné les esprits obscènes ;

    ils viennent s’affranchir

    de l’horreur et du pire

    en s’abreuvant avec délice

    au marigot du sacrifice

     

    Dans ce déballage incongru

    de rages rebattues

    Le Cru n’en finit plus de pourrir.

     

     

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    illustration : DALI, Christ of St John of the Cross (1951)

  • Pat!

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    Ferdinand Hodler

    Thiepat, un patelin paumé, plus paumé que nulle part, avec la campagne autour, brumeuse.
    La campagne autour d'une ferme, serrant ses bosquets contre un lopin de terre en friche. Dans la ferme, une poignée de personnes autour d'une partie d'échecs. Autour du plateau, deux fronts : l'un moite et dégarni, l'autre couvert d'une broussaille rousse émergeant de la fumée dense d'une bouffarde. Autour de tout ce monde, l'ambiance tendue vers un dénouement très attendu.

    Les rares pièces à jouer témoignent de l'issue prochaine, imminente même, à en croire le regard paisible du rouquin et le trouble de son adversaire.
    - Je n'en puis plus, soupire la maîtresse de maison. Je vais faire du thé.
    Sans quitter son jeu des yeux, le rouquin dit d'un ton à la fois calme et ferme :
    - C'est tout à fait hors de question, Mrs Plee... Je dirais même : fort peu recommandé. Deux morts sous ce toit, dont l'un pas plus tard qu'hier au soir... à votre place, je me contenterais plutôt d'un Brandy. Qu'en dîtes-vous Bishop ?
    Le front moite s'épongea un peu avant d'acquiescer :
    - Au point où j'en suis, je crois même que cela s'impose. Voulez-vous être assez aimable pour nous servir, Mary ?
    L'employée de maison s'exécuta sans mot dire. Et fit bientôt la tournée des convives. Personne ne lui opposa de refus, pas même Mrs Plee.
    Le colonel Chandler, n'y tenant plus, eut toutes les peines du monde à conserver un semblant de flegme quand il s'enquit de la situation en ces termes mesurés :
    - Tout de même Cole, vous allez finir par nous dire où vous voulez en venir, n'est-ce pas ?
    Le rouquin, avançant son pion, annonça :
    - Échec... certes, Colonel, certes. Mais ne vous ai-je pas dit que de l'issue de cette partie dépendrait la résolution de notre sombre affaire ?

    - Ecoutez, Cole! fulmina le grand échalas accoudé au manteau de la cheminée, cessez donc ces enfantillages et venez-en au fait.
    - Tout au contraire, mon cher docteur. En l'occurrence, ce sont les faits qui doivent venir à nous.
    - Vous ne voulez pas dire ... ? s'inquiéta John, le métayer aux yeux charmeurs.
    Cole s'adossa, tira une bouffée, la libéra à la commissure de ses lèvres en disant avec quelque ironie:
    - Qu'un autre meurtre sera commis ? Non, j'ai tout fait pour le prévenir. Que l'assassin est dans cette pièce ? Oui, c'était bien le moins que l'on puisse attendre de ce personnage. Qu'il y en a encore pour longtemps ? Non, et c'est à vous de jouer, Bishop.

    Mais Bishop ne jouait plus.
    Il regardait fixement par-dessus l'épaule de Cole, la main suspendue au-dessus de son roi blanc. Il parvint cependant à dire ce seul mot :
    - Pat!
    - Ce serait une sortie honorable, en effet, commenta Cole, mais il vous faudrait jouer d'abord.
    - Non, là : Pat! s'écria Bishop dans un souffle interloqué.
    Sur le seuil du salon, le mort de la veille venait de faire son apparition, des chaussures de belle facture à la main :
    - Vous aviez raison, Cole, dit-il. La poussière était rouge.

     

    rouge, rien ne bouge

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

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    tiki#24 - paru chez les Impromptus Littéraires sur le thème du "polar",
    où je vous recommande aussi la lecture des textes de

    Poupoune

    Saraline, Minimifa, Mapie, Toncrate

  • Le Bel Aujourd'hui -4-

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    genesis

    miro : l'art et l'écriture

    I

    Au commencement il y eut le chant
    ce lien vibrant sur l’océan
    caresse allant s’insinuant
    teinter mon âme aux couleurs flamme du ponant

    Venu du continent perdu
    - les antiques terres de Mû,
    ce chant portait une lumière ténue ;
    brillance écrue métamorphosant l’atmosphère

    L’ombre étonnée de ses nuances
    les déroulait en nombre d’or
    entraînant dans cette mouvance
    une danse nouvelle encore

    Puis il y eut le Verbe Dit
    gorgé de sang rêveur
    laissant présager les saveurs
    et les fragrances de la vie, dans l’heur

    Et naquit le bel aujourd’hui.


    II

    Vinrent les nuits de ce jour de toujours
    lui seul désormais ; l’enfin
    avec lui le puissant amour
    et ses prouesses, et son festin

    Dans ses distances relatives
    où se lisent de ton visage
    la belle épure et davantage
    je promène au long de la rive

    Et j’ai grand faim.


    III

    Je me nourris du Verbe Dit.
    Je bois le sang sonore.

    Je mâche des mots, ces trésors
    venus de Mû à l’aujourd’hui.

    Ma vie n’est pas ailleurs, mon rêve.


    IV

    Je n’ai jamais été si près de te toucher
    qu’au moment de chanter à mon tour,
    Naïade.

    D’entre mille chimères, je baiserai la chair
    de tes seules paupières au velours
    de jade.

    Je foulerai de Mû le rivage inconnu
    des élans éperdus, par amour
    sirène.

    Quand, à portée de vue, tu ne chanteras plus
    nous nous connaîtrons nus, dans le jour
    ma reine.


    V

    Alors de la lumière surgira le mystère
    que nous avons rêvé

    Alors un chant nouveau dominera des flots
    la surface irisée

    Alors un vieux marin nous prendra par la main
    accompagnant nos pas

    Alors le Verbe Dit et le bel aujourd’hui
    auront force de loi

    sur le monde interdit
    à travers les embruns
    dans le reflet de l’eau
    pour ce qu’il reste à faire

    miro : the singing fish 

    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Le Bel Aujourd'hui -3-

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    Paroles, paroles, paroles... nin nin ninSur son rocher, une sirène ;
    à ses pieds, marée descendante.

    Marin, Marin ! Tu parles, ventes, et tu serpentes
    arpentant la rive embrumée
    où ton souffle reste muet
    quand il ne porte pas réponse
    mais tourmente, aigreur et semonce
    aux lents secrets du chant discret
    que j’ai posé sur l’océan, du bout des lèvres
    implorant le bel aujourd’hui :

    " Rêve ! Ô mon rêve ! Oh, vis ma vie ! 

    le temps ne m’est rien
    la pluie ne m’est rien
    le vent ne m’est rien
    l’orage n’est rien
    qu’un coup de mou
    du grain à moudre
    un cou à tordre
    avant la faim
    du coup de foudre
    qui vient me mordre
    l’intestin "

    un mot de lui et me voici
    sirène, reine des embruns
    mais s’il me prenait par la main
    comme il serait doux le chemin
    de retour en notre domaine

    " ce mot ne met rien
    le dit ne met rien
    dans l’escarcelle
    ils n’y font pas écot
    n’y valent pas tripette
    sans la parole
    d’un bel aujourd’hui
    qui m’affole
    et m’interdit
    le doute gris
    sous la coupole… "

    Marin, Marin ! Entends ma peine
    emporte mon chant malheureux
    en bruine mouillant ses cheveux
    qu’elle aille fondre dans ses yeux
    et troubler sa nature humaine "

    Mais déjà, la marée descend
    et remporte vers l’océan
    la fantastique créature.

    Et le marin qui n’en a cure
    laisse dégoutter sur le quai
    mollement des larmes salées.

    coucou, plouf!tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK