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impromptus littéraires - Page 5

  • pavane atlante

    ancre1.jpgPar les flots liquoreux du souvenir tenace
    une ancre s'est jetée vers le socle rocheux
    où traînent dans l'oubli d'indicibles menaces
    réduites à des bouches sans pattes et sans yeux
    attachées pour le mieux à perpétuer la race

    A la surface où bombe un ventre maladif
    le rougeoiement du ciel était sur tous les fronts
    l'heure avançait sans bruit un ordre impératif
    avec l'est à bâbord, les ombres sur le pont
    couvraient de tout leur long les hommages plaintifs

    Voici l'esquif à l'or flottant sur l'insondable
    et sa nage alourdie par l'inertie des corps
    n'y pèse guère plus qu'une poignée de sable
    malgré la gravité de ces deux époux morts
    qui souriaient encore hier, en bout de table

    A l'impensable nul ne s'était préparé
    le couple capital tenant en sa férule
    tous les points cardinaux des humbles destinées
    - la vieille en rapportait la gloire majuscule
      au minot sans recul, au marchand étranger...

    Ni dieu, ni tous les saints n'auraient contré leur dit
    ni les calamités osé lever le groin
    "vous aurez bien assez de vos cieux infinis!"
    leur avaient ri au nez en se donnant la main
    ces mages sur le point de fonder leur pays

    Epiphanie d'un temps de sens et de raison
    que pleure au crépuscule un fébrile océan
    de quel siècle harmonieux sonnes-tu l'abandon
    au moment d'accueillir ces corps drapés de blanc
    tandis que, sous le vent, s'affaisse l'horizon ?

    (à terre, une pavane
     dilate ses accents dans la brise océane)

    Pour un Impromptu Littéraire - tiki#114
    tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • griniacq

    tiniak,griniacq,impromptuNoël Griniacq - LES CRIMES DE L’ESCARGOT

    J’habite une cité tout ce qu’il y a de plus communément occidental : centre bourgeois frappé d’asthénie, périphérie tentaculaire aux cages à poules périodiquement repeintes, urbanisme saturé bordant des espaces verts où tintent des avertisseurs de bicyclettes, vestiges d’un passé industrieux grignotés par les zones commerciales ou tertiaires, campus estudiantins, chantiers permanents, ici où là, sans que rien n’y laisse pressentir aucun changement significatif de cet état de fait. Dire l’ennui que c’est mène droit à la nécessité, pressante, de s’en divertir. Chacun son truc. Le mien consiste à suivre le fil de bave que L’Escargot finit toujours par mettre en surbrillance sur les murs, chaussées, tapis d’hôtel, carrelages, linos, moulures, doubles-vitrages ou bancs publics. Quel que soit l’espace où me conduit la trace, confiné, à l’air libre, désert, mondain, crasseux, souterrain ou pailleté, au bout, j’y trouve immanquablement un nouveau carnage. Toujours nouveau. Chaque fois inimaginable de nouveauté, son ingénieuse cruauté. Et moi, chaque fois, j’en bave. Pas seulement parce que c’est mon boulot. Parce que j’y ai pris goût.

     

    « Quelle spirale infernale que ce roman gris baveux, où la (trompeuse !) lenteur du récit le dispute à la (brillante ?) fulgurance des crimes, tous plus affreusement ingénieux les uns que les autres. »
    Noir Crachin, n°315 février 2011.

    « Tremblez, coquilles, cocons et autres illusions de confort !
    Méticuleux avatar de l’esprit ravageur de son auteur, L’Escargot fait la noire et flagrante démonstration du fameux adage « rien ne sert de courir ». Lumineusement glauque ! »
    Lise Et Vous, mars 2011.

     

    Pour un Impromptu Littéraire - tiki #107
    tiniak © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • loupigne

    Alain_Sechas.jpgBESTIAIRE IMPROMPTU


    Il y a un loup dans ma cuisine
    venu lécher mes casserolles
    où n'ont pas cuit profiterolles
    mais proliféré mes rapines

    Il y a un thon dans mon bassin
    pas pour échapper aux filets
    mais pour y laisser mariner
    ses formes rondes et boudins

    Il y a un ours dans mon placard
    mais n'y voyez pas de faconde
    s'il grogne et peste sur le monde
    c'est d'en exécrer le bazar

    Il y a des vers dans ma pommade
    non pas qu'elle soit périmée
    c'est que je préfère beurré
    mon chien durant sa promenade

    Il y a des ci, il y a des ça
    dont je fais tout mon tralala
    Il y a des ça, il y a des ci
    dans mon bestiaire, c'est ainsi


    Pour un Impromptu Littéraire - tiki #102
    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK 

    Illustration :
    Alain Séchas

  • Sur la butte à Carco

    Passe au vent mollissant une rousse crinière

    Allure, qui te presse ?
    Urgente, l'aventure ?
    Quelque folle allégresse ?
    De plus obscurs desseins t'aspirant vers le vide ?
    Qui, pourquoi... ne retient un instant par la main
    ton unique pâleur couverte d'éphélides ?
    S'il en était besoin...

    La chaussure est là, seule et baille au caniveau

    Triste objet singulier
    Flasque peau de chagrin
    Gis-tu là, délaissée ?
    Affranchie d'une gémellité trop pesante
    as-tu pris ce parti de façon volontaire ?
    Pour changer de sujet ? de lacet ? de détente ?
    D'une, je n'ai que faire...

    Diffus un lampadaire éclaire le pavé

    Montres-tu le chemin ?
    Et lequel, après tout :
    à rebours ou destin ?
    À quoi joue le brouillard folâtrant à tes jupes ?
    À masquer l'embusquée sous son trouble manteau
    que je saigne mon sang à son contrat de dupes ?
    Que n'ai-je de stylo...

    Arrête, mon cerveau
    Taisez-vous mes pensées
    Laissez-moi promener sur la butte à Carco
    mon petit chien mauvais parmi les saligauds !

     

    carné volé

    tiniak - Ruades © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#101

    (hommage à Francis Carco)

     

  • muletier

    Jonq-Muletier.jpgDepuis que me traîne mes mules
    par les chambres, les antichambres
    et tous les théâtres guerriers
    pas moyen de trouver la paix
    l'horreur fait toujours des émules

    La paix ? c'est une usine à gaz
    aux suavités lacrymogènes
    où l'éternité crie aux gènes
    de lui garder des métastases

    Il en sort des suées nocturnes
    (la stupéfaction des dortoirs
     quand ça hurle au bout du couloir
     chez le surveillant Casse-Burnes !)

    Ça laisse des paquets de linge
    érigés comme des montagnes
    sur le noir brûlis des campagnes
    payées chair et monnaie de singe

    Puis, ça fait des bulles de rien
    qui ruinent les derniers avoirs
    et jettent les humbles espoirs
    sur le fumier des Gens Tant Biens

    La paix ? mais vous voulez ma mort !
    Que croyez-vous que je charrie
    avec, pour seule compagnie
    ces deux mules qui sentent fort...

    Allez clamer vos joies de vivre
    à vos amours neuves ou vaines
    moi, je vais, ma charrette pleine
    (sans pouvoir achever mon livre)

    Pleurez, chantez, la belle affaire
    - tant ! que ça me fait du travail,
    j'irai par les champs de bataille
    domestique ou à ciel ouvert

    Où j'ai vu - pas plus tard qu'hier,
    où j'ai vu les crocs de la terre se fermer
    sur le plus cher trésor et le vilain charnier

    Jeanne_sur_le_muletier.jpg

    Illustration ci-dessus : Adrien de Witte, Jeanne sur le muletier, 1882.

    tiniak - carnÂges © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour une 100ème contribution aux Impromptus Littéraires
    pour lesquels je lève ces vers :
    "Je me réjouis d'avoir atteint cette altitude
     preuve que je vous tiens pour plaisante habitude"