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  • Chut !

    Silence, distance anonyme
    où lumière danse et s'abîme
    quelles paix, quelles trahisons
    ne dis-tu jamais en ton nom ?
     
    Silence, obscure discipline
    capable de joies assassines
    et des plus savoureux mourrons
    quelle est cette perle à ton front ?
     
    Nulle réponse, est-ce là fin ?
     
    La main dans l'étrangère main...
    Le regard enjambant le pont...
    L'ouvrage et son lâche abandon..
    Le mot fermé devant le point...
     
    Silence envahi du cri sourd
    des trop persistantes amours
    ton atmosphère est saturée
    d'infertiles succès d'années
     
    Mais, silence, douce habitude
    ouverte à tant de latitudes
    et propice à la résilience
    offre-moi ton bras, que je danse !
     
    Un écho vibre, est-ce la faim ?
     
    La main dans la nouvelle main...
    Le regard épousant le fond...
    L'œuvre sublime du pardon...
    La parole naissant à point...
     
    Silence habité de sourire
    d'envie de pleurer ou de dire
    arme le cran de mon vacarme
    et souffle sur ma joue la larme
     
     
     

    Laurence Le Masle

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
     
  • Cloche et tons

    Et ding ! Et dong ! Ah, ces clochers...
    Ils se répandent de l'oint en l'oin
    à la venue de la nuitée
    rapatriant tous les quotidiens
     
    Ça va dracher ! C'est pour ce soir
    Notre Bonne Craie fait grise mine
    Tous les ballets, dans les couloirs
    convergent à l'appel des cuisines
     
    Bonjour chez vous, et bien des choses
    à votre dame et son sacerdoce
    Refermés les boutons de rose
    après les grilles sur les négoces
     
    C'est le grand bal de la soirée
    aux chorégraphies très domestiques
    Comment effacer la journée ?
    Voyez ces postures amnésiques !
     
    C'est-y pour vous, ce festival
    de commodités a priori ?
    N'y céderai pas mon cheval
    pas plus mes songes ni leur folie !
     
    Aussi, je suis dehors encore
    à m'embarquer "...avec elle au cœur.."
    à chevaucher des météores
    à rehausser mon fleuve de fleurs
     
    À mitrailler de ricochets
    cette surface, enfin seul et lisse
    brouillant de l'Une les reflets
    le nez marron comme j'ai la cuisse
     
    Voici la pluie, comme promis
    Je me réfugie sous des baleines
    Je leur soumets la mélodie
    que m'inspire à main gauche la plaine
     
    Clochers éteints, jusqu'au matin
    je puis savourer la nuit orange
    martelant d'un pied citadin
    le chemin dont je salue les anges
    et m'en retourne
    la carne à l'endroit où mon rêve séjourne
     
     

    Laurence Le Masle,cloche

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
  • Væ soli !

    (haume, sweet haume)
     
    Dans le silence gourd, le réveil est brutal
    Peut-être fait-il jour, mais la pénombre est dense
    Je recompte mes doigts, mes dents, mes évidences
    Ils répondent, présents dans la lumière sale :
     
    « - Pigeon, vole !
      - Croquignole !
      - Tu le savais, pourtant, qu'elle était folle.. »
     
    L'endroit s'est étréci pendant que je dormais
    Ma cage !...
    Venu de mon plein gré, ça ! je ne m'en plaindrai
    pas davantage
    (il y faudrait pourtant faire un peu le ménage...)
     
    Des toiles d'araignées couvrent le soupirail
    - tout rouillé le ventail ! et ça fait quelque temps
    qu'il ne s'est plus ouvert, à l'air... aux quatre vents...
    à la main familière approchant le poitrail...
     
    Non, si je me tiens là, c'est pour toute autre chose
    En oublier la cause est le but poursuivi
    Eh ben, c'est du boulot que de gagner l'oubli !
    quand, aux parois, subsiste encore un peu de rose...
     
    Qui frappe à l'occiput ? Zut, et zut ! C'est Matin !
    Oh, non ! j'étais si bien... Encore cinq minutes ?
    « - Prisonnier volontaire, au seuil de ta cahute,
    l'heure a déjà levé le long pain quotidien. »
    dit-il...
    Et, moi qui voudrais bien tirer plus loin le fil !
     
    ... à l'anglaise ?...
    Mais où ? Mais où filer, contourner la fournaise ?! 
     
    Et merde, je suis fait ! Je dois donc retourner
    au monde
    et m'y perdre l'entier, luttant chaque seconde
    pour le même défi
    que, visière baissée, me préserve la nuit

    Cacoune,Impromptus LIttéraires,poésie,tiniak

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#222
    (texte illustrant la photo de Cacoune) 
  • Bah, tisse...

    La rue m’est familière au point d’y faire corps
    Alors… Alors… ! Quelle est cette maison ?!
    Sa pierre, c’est du grès; ses volets sont marrons
    Ici, tout est en craie que le soir pare d’ors
     
    Sa porte est peinte en rouge et son numéro vert !
    Eh ben, bravo ! Dis, ça envoie du lourd !
    Vu qu’à travers sa vitre, on aperçoit la cour
    Je ne résiste pas, je frappe à son mystère
     
    La porte mécanique ouvre sans vis-à-vis
    Allez… J’y vais ! Après tout, c’est le jeu
    Pas déçu du voyage, oh ! j’en prends plein les yeux !
    Le corridor, déjà, tapissé d'organdi...
     
    Dessus, tant de portraits que je croyais perdus !
    de moi, d'amis, d'amours désenchantées...
    et, tracé sur le sol, un parcours orienté
    pointant un escalier aux marches dévêtues
     
    Je gravis prudemment ses degrés inégaux
    Le pas plus lent, tandis que je m'approche
    avec le sentiment d'être le jouet fantoche
    d'un projet qui m'écharpe et m'enlise les mots
     
    Je suis sur le palier, sans réponse à l'appel
    Allons... Allons... Tout ceci n'est qu'un rêve
    Mais voici que, du mur, un bras me tend un glaive
    et qu'une voix me dit "tu n'es plus éternel"
     
    Je fuis ! Je fuis ! Je cours! Je n'ai plus d'appétit !
    Eh, au secours ! C'est quoi, tout ce barnum ?!
    Je regarde après moi, je vois tous ces fantômes
    et je sais désormais qu'ils ont pignon, ici !
     
     

    Laurence Le Masle

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#221
  • Trie tes rapines !

    Les cheveux engourdis de l'herbage en sommeil
    sont le lieu favori d'un rigodon fantôme
    où ne se risquent pas le songe ni le gnome
    mais qu'embrasent déjà les longs rais du soleil
     
    L'heure n'a pas de nom - pas encore et pourtant
    je suis dans sa question « quel sera l'Aujourd'hui ? »
    la main fouillant mon ventre et son vaste appétit
    (il m'a semblé entendre, autour, un vague chant)
     
    « Laissez-nous... »
     
    Là-dessus, des moutons vont grignoter leur part
    et les fleurs en bouton souffriront en silence
    quand un ciel continu et perclus d'ignorance
    assemblera ses nues, distrayant le regard
     
    Alors, il sera temps d'énoncer les soupirs
    et de boire l'instant comme on appelle un frère
    sur les sols détrempés, laisser fondre l'Hier
    puis, à deux mains, plier le trésor à venir
     
    « ...nos baisers... »
     
     

    Laurence Le Masle,monster,fear

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
     
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