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  • L'Enfumeuse

    Dans ses yeux logent des nuées paroxystiques
    qu'elle refuse à de malingres coutumiers
    indignes de ses élans magmatiques
    qu'elle réserve à son divin particulier
     
    Dès le matin, elle chérit sa familière
    (la toux grasse qui la prend avant le café)
    sitôt s'affaire à bourrer sa pipe en bruyère
    avec des gestes lents, gracieux et mesurés
     
    Tandis que gargouille le filtre, à la fenêtre
    elle se trouve des raisons de rester là
    juste à l'endroit prescrit pour ne pas apparaître
    au lever de rideau où nul ne l'attendra
     
    Et ça va continuer ainsi, le jour durant
    ponctué d'entrechats, placides, sabbatiques
    montant vers le plafond en longs volutes blancs
    enrobés de mourons aux soupirs cathartiques
     
    Je lui porte, à l'appui d'un discret voisinage
    une curiosité, furtive ou récurrente
    s'y trompe mon ennui en fantasques hommages
    quand ses ronds de fumée montent vers sa charpente
     
    À la tombée du jour, elle s'anime un brin
    déroule ses cheveux et s'offre un pas de danse
    puis, va se maquiller, se rhabiller de lin
    et file en quelque lieu se divertir, je pense
     
    Elle rentre parfois au bras d'un singulier
    qui la quitte au matin - jamais après midi...
    Elle, aura déjà mis en paume son foyer
    l'autre main employée à prolonger sa nuit
     
    M'eût-elle remarqué qu'elle n'y changea rien
    ni à son quotidien, ni à sa dilettante
    Est-ce à moi qu'elle adresse un signe de la main ?
    Elle part enfumer Cybèle, Atalante !
     
     

    L'Enfumeuse

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Illustration : reproduction en étude libre d’une œuvre de Liu Baojun. 
  • Mon silence affamé

    Silence rassasié de sonore aujourd'hui
    (à dévorer les bruits qu'agitait l'alentour)
    je mets à ta portée de possibles amours
    qui ne verront le jour qu'au plus fort de l'ennui
     
    Au coin, le fauteuil vert livre ses confessions
    arme un semblant de chair à son bras de velours
    en déduit un roman de fluides parcours
    Je vais perdre ma vue à sa résolution
     
    Je travaille au secret d'une simple musique
    les doigts sur le clavier fermé à double tour
    dont j'ai lâché la clé peut-être dans la cour
    avant de m'occuper d’épure et de métrique
     
    À l'étage, un esprit seul en sa chambre noire
    fixe un moment compris entre ici et toujours
    puis, recoiffe à la Klimt une veuve au sein lourd
    et rompue à l'attente infinie des boudoirs
     
    C'est l'heure, le soleil tire son bas profil
    Souverain inutile, emporte les espoirs...
    Ton somme est sur la ville où longe ses trottoirs
    mon silence affamé à nouveau en exil
     
     
     

    Gaëna da Sylva

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    inspiré des Confessions du Fauteuil Vert, de Gaëna da Sylva, photographe.
  • corrida (talk show blues)

    Trop d'yeux frais pour la dérobade
    si peu à fredonner en chœur
    Une foire est sur les hauteurs
    de la citadine parade
     
    À peine a fleuri la tulipe
    au fulgurant anonymat
    que se fomente un attentat
    au square où passe l'archétype
     
    Les bruits de pirates hardiesses
    couvrent le murmure amoureux
    lissé de cheveu à cheveu
    pour que les âmes se caressent
     
    Kératine hélicoïdale
    au bouclier de mélanine
    qu'assignes-tu l'hémoglobine
    aux fers complexés ou au pal ?
     
    Sarabande au front imbécile
    - et quoi, pour quelques quarante acres ?
    ton vil et aveugle massacre
    glisse une perle noire au fil
     
    Hurray, hourra et hallali !
    La bête est morte dans l'arène
    pour la joie de la bête humaine
    qui rentre coucher ses petits
     
    On - ce con qui ne dit son nom !
    va bientôt se taper la cloche
    un mouchoir noué dans sa poche
    pour la prochaine expédition
     
    Watusi, heureux bovidé
    broutant bien loin de nos collines
    c'est ton frère qu'On assassine
    en tuant le mien sous mon nez
     
    Belliqueuses substitutions
    qui saccagez à qui mieux-mieux
    la folie vous crèvent les yeux
    d’œdipienne malédiction !
     
    Libidineuses catastrophes
    vous vous racontez à l'écran
    arguant de votre incontinent
    pour justifier vos apostrophes
     
    Urémies de l'humanité
    vous conchie comme je vous pleure
    mais plaise aux amis que j'en meure
    s'il n'est de solution qu'armée
     
    Et quoique j'aime l'ombre fraîche
    où reposent mes deux enfants
    je ne les céderai pourtant
    jamais à vos pensées trop sèches
     
    Sinusoïdal appétit
    l'enfantine curiosité
    saura toujours vous opposer
    la ténacité de l'esprit
     
     

    alarmes

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Où l'illustration s'honore :
    ...'cause we haven't been paying attention...
     
    Et encore, merci à Sam Nô ;) Brother in roar
     
     
  • Vin de quatre heures…

    ...et un quart devin.
     
     
    Ovales sans cérémonial
    sous vos arrondis féminins
    des fatigues matrimoniales
    ourlent un plantureux festin
     
    Brigandons une heure estivale
    en ce nocturne effarement
    aux lentes parades astrales
    immuables d'égarement
     
    Somnifère sentimental
    épargne les avidités
    que cet appétit cannibale
    souhaite mener à satiété
     
    À l'organique festival
    aucun superflu décorum
    La carne seule pour canal
    se commettre, la femme et l'homme
     
    Ah, le bel heur quand l'animal
    va découvrir la profonde heure
    (sans être de l'autre l'égal)
    que de s'en régaler le cœur
     
    Demain sera trop matinal...
    Brisons avant que la journée
    fige d'un glacis trop banal
    chaude palme, une nuit d'été
     

    Mary Poppins

     
    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire - tiki#217 
     
  • Même nuit, même jours

    (Nocturne... jouez, pianos)
     
    Aussi mort que les feux persistants de l'étoile
    je sais que ton regard n'a plus de bienveillance
    et ça, depuis longtemps qu'est retombé le voile
    au pied de l'arbre creux des mornes suffisances
    promptes à condamner
     
    Nocturne cécité, souffle une fois pour toutes
    les trompeuses bougies dont s'orne ton autel
    que je l'embrasse enfin d'une vision sans doute
    et chérisse des yeux les signes fraternels
    d'anciennes amitiés
     
    Obscure évanescence aux paroles fantômes
    quand détourneras-tu de ma voie solitaire
    ta prégnance obstinée, tel un vieux métronome
    intimant à mon chant son rythme autoritaire...
    Te lerras-tu mouri' !?
     
    Une pâle inquiétude au front horizontal
    traîne sa longitude à l'injonction du jour
    sur la scène où reprend la farce sociétale
    pour le même navet de placides amours
    et de gloires sans prix
     
    Je vais, les yeux fermés, souscrire au bavardage
    « Tenez, mon bon monsieur, voici votre pain rond »
    « N'étiez-vous pas naguère avec Elle en ménage ?"
    « Les étoiles m'ont dit qu'aujourd'hui, c'est tout bon
    pour votre zodiacal... »
     
    J'use de politesse et j'entre au générique (!)
    J'abonde, je fabrique un civil imago
    surfant sur des rouleaux d'apartés hygiéniques
    que s'offre - Ça est là ! mon rebelle cerveau
    « Va ! Soupire, animal... »
     
    Mais je reste encombré de pollutions stellaires
    alors que mon esprit se cherche un oubli sûr
    Ce pauvre cinéma ne saurait m'en distraire
    Dans l'ombre, sous mes pas; crisse une salissure
    aux chagrineux contours
     
    Le ciel est un boulet rivé à ma cheville
    une tête de mort dans ma paume froissée
    Sauf à en dégripper le roulement à billes
    le mensonge d'un astre égraine au sablier
    même nuit, mêmes jours
     
     

    papier hygiénique

    tiniak ©2014 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    ...'Cause the same stars that cover you, they cover me...
     
    à Laurence Le Masle