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hommage

  • Compliment cavalier (d'œil en deuil)

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    La perte en creux
    là, sous nos yeux
    si vivace que le chiendent
    bombe le torse et se défend
    contre le vide
    (affreux tonneau des Danaïdes)
    y fout le feu !
    et fait jaillir
    - éminemment !
    l'obstination du souvenir
    contre l'abandon désastreux

     

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    tiniak ©2018 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un Impromptu Littéraire commis par Cavalier

  • big bang ballade

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    Puisque la nuit, traînant les pieds, tardait à regagner de son aube mollette le confort attendu, je décidai de m'occuper de ta coiffure.
    Dans la cuisine, je tirai par son cou flexible le robinet niché dans le plafond moussu. Je remplis un broc d'eau fraîche et revins vers le fauteuil à oreilles où tu t'affairais à élaborer des stratagèmes dans une autre dimension - peut-être en ramènerais-tu quelque chose de beau, comme hier.

    Je défis, de ta nuque, le nœud maintenant le fichu qui le serait bientôt complètement - tu m'avais dit le tenir de ta mère, ne t'en séparais guère qu’avec un regret crispé sur les tempes et l’invariable grognement qui dit que tu te fâches. L'herbe rouge de tes cheveux ainsi libérée, je l'arrosai d'un filet d'eau; jaunie par le revêtement intérieur de la plomberie, cette eau dansant, ça faisait de l'or liquide dans l'air contrit. Tu te réveilleras rousse, comme promis.

    J'entendis les gros sabots de la nuit annoncer son retour dans les ordres. Je soufflai la bougie. Il y eut un suspens de l'obscurité dans une autre lumière, inconnue de mes yeux, qui s'en émerveillaient. J'aurais voulu te réveiller, mais j'avais peur de t'arracher à quelque découverte fondamentale. Aussi, je m'assis dans la main du bras du canapé en gardant cet instant contre moi, bien serré, pour te l'offrir à ton réveil.

    D’une main engourdie, j’inscrivis sur la cuisse de mon pantalongraphe des mots que je pense avoir lu sans avoir jamais pu, même su ni voulu, (pourquoi ?) en oublier jusqu’à la parenthèse : Un jour. Il y aura autre chose que le jour. Une chose plus franche, que l'on appellera le Jodel (Boris VIAN).

     

    C’était pas l’ jour. C’était encore sa vibrante promesse.
    Il montait, de loin dans la rue, des rans et de pas de tambours qui annonçaient un événement singulier. Lequel ? Ça, je n’en avais pas idée. L’attention portée à la mise en scène du petit-déjeuner, je distinguais vaguement, cet état de fête.
    Une mouche, rescapée de l’hiver, résistant au possible et que je ne parvenais pas à convaincre d’aller voir ailleurs si les oreilles étaient moins sensibles, me piqua. J’entrai en inspiration rigoureuse, avec quelques paronomases au bord de l’asyndète et entrepris de ravager le salon, de belle façon, afin que ta surprise soit complète – comme tu l’exigeais, chaque jour, avec douceur mais fermeté; quand tu te réveillerais, ta rousse blondeur bien coiffée de la veille.
     
    Et tu te réveillas.
    Il faut dire que dans la rue, en bas, ça tapait fort. Aux rans se mêlaient des ahans. Des sifflets suraigus se le faisaient couper par de secs claquements de fouets. Le bitume souffrait mal qu’on lui raclât le dos avec tant d’insistance (mais avec je ne savais quoi… pas encore). Et puis, il y avait la masse laborieuse, pas fâchée de l’animation, qui s’émoustillait le quotidien en y allant de ses clameurs, harangues, interjections futiles, enfin tout ce qui lui permettait de s’époumoner proprement, dès matin.
     
    Tu sortis de la chambre, sans relever le joyeux carnage du salon et vins droit à la cuisine t’asseoir devant ton bol de cornichons. C’était pas l’ jour… J’étais, toutefois, pour te le souhaiter bon, quand tu lâchas, grognon mais sans fureur : « c’est quoi, c’ bordel ? »
    Tu te levas, te dirigeas vers les fenêtres donnant sur la rue en traînant les pieds à travers le salon, d’où tu me lanças un gentil « Oh, c’est gentil, ça ! Merci mon chéri, tu as fait un beau carnage ». Gentil ? Bon, va pour…
    Entre les rideaux écartés, tu t’exclamas par-dessus ton épaule gentiment découverte :
    « - Ah, bah oui ! Viens voir !
    - Que se passe-t-il ?
    - Bah, viens je te dis. Viens voir ! »
    J’obtempérai, jetant au passage un coup d’œil au calendrier qui ne me renseigna guère, à première vue.
     
    Parvenu à ta hauteur, dans l’encadrement de la fenêtre sans tain, je vis un cortège de jeunes femmes, habillées à la diable ou à la franche rigolade, ou en nuisette, ou en tout ce qui avait pu leur passer par la tête. Elles traînaient, plutôt tiraient comme des bêtes de somme, le mobilier volumineux de leur literie, défaite, parfois excessivement, qu’elles avaient encombrées d’attributs singuliers… de la peluche au godemiché, pour dire.
    Toi, tu applaudissais. Une gamine devant un nouveau jeu ! Tu répétais en rythme – et ça swinguait pas mal : « C’est les Catherinet-teu ! Les Catherinett’s ! C’est les Catherinet-teu ! »
     
    J’observai alors que toutes ces jeunes femmes étaient très variablement coiffées de chapeaux, plus fantasques les uns que les autres. Peu enclin aux dégradations volontaires, je poussai un soupir. Je t’aurais bien servi quelque charitable discours, mais, je le sentais depuis quelque temps : c’était pas l’jour… Le Jodel attendrait un peu. Un bon peu, même… Et puis, tu te tournas vers moi et dis : « c’est heureux comme on s’aime ».

     tiniak ©2013 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    1ère partie écrite pour un Impromptu Littéraire - tiki#184
    2nde partie écrite pour un Impromptu Littéraire - tiki#199

  • À bascule

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    Les yeux rivés
    sur la porte close
    sans faire autre chose
    que respirer
    les doigts dans la cuisse plantés
    les ongles faits au verni rose

    Du bout des pieds
    en robe de deuil
    imprime au fauteuil
    un balancier
    qui fait grincer le vieux parquet
    depuis sa place jusqu'au seuil

    Chignon serré
    sur la nuque grise
    la vue s'électrise
    - on a frappé !
    " Entrez donc, qui que vous soyez "
    fait la gorge où la voix se brise

    Le sort est joué
    qui en sait la cause
    n'empêche la chose
    d'exécuter
    son acte sombre et carnassier
    d'intime et violente psychose

    rockinchair.jpg

    tiniak - mes chanSonges
    © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un
    Impromptu Littéraire - tiki#81

     

  • Imprévu

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    Le Livre imprévu
    journal perdu
    revenant revenu vagabond
    prendre par la main, au rebond
    le poète
    et ses fantômes laissés aux oubliettes
    - croyait-il,
    jusqu'à ce que ce mot puis l'autre
    lui présentant le fil
    - avec la mort au bout
    tirant la caravane
    des résonances fondamentales,
    s'imposent
    - matière souhaitant autre chose
    que le drame, seul et froid
    que le drame et sa loi
    immuable et sombre
    comme l'aime le nombre
    et son mortel ennui,
    à merveille !

    Merveille oui, que cette chose, alors
    qui porte le regard à défier la mort
    Merveille ! Merveille de vie
    qu'un lien tendu sur l'infini
    où pendent les poissons séchés
    de pêcheurs aux noms oubliés
    mais dont persiste le fumet
    cette saumure
    connue de ceux qui tentent l'aventure.

     

    tiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Rencontre avec Abdellatif Laâbi
    à Hérouville le 11/03/2010
    (ci-dessous : retour à la maison natale - 2003)

     

    Laabi2003.jpg

    Le livre imprévu est le dernier ouvrage du poète Abdellatif Laâbi. Sans se départir de sa nature, vouée à l'écriture poétique, l'auteur marocain s'y livre à un exercice imprévu dans son oeuvre  : le récit autobiographique ; relecture d'une trajectoire qui mérite, pour le moins et à bien des égards,
    d'être qualifiée de parcours hors normes.

    Le Livre imprévu, La Différence, 2010.

  • cette innée fable

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    bashung's not dead

    De l'inné
    cette année
    il naît l'inéluctable
    Il n’est d’inéluctable
    sonnet de lune
    sonné de l'autre
    côté, que le vôtre
    À ce vôtre, vôtre, nez
    vous voterez
    pour des plaisirs d'élection
    sans compromissions,
    exagération
    de la vôtre nature
    sans déconfiture
    de la moindre parcelle d'âme
    Dame! vous le savez
    que chez vous, c'est inné
    cet inéluctable
    amour ineffable
    des mots démodés
    Chez vous, c'est l'idée
    qui prévaut
    qui préside
    à l'appel du vide
    par où abandonner
    les carcans amovibles
    à d'indéfectibles
    penchants avoués
    nue sur l'oreiller
    pour des plaisirs d'élection
    sans compromissions,
    exonération
    de la vôtre nature
    Chez vous, l'aventure
    c'est du pain béni
    le bel hallali
    la belle pagaille
    et vaille que vaille
    quand se vautre votre nez
    sur un lit de paille
    avant que défaillent
    sous vos gros bonnets
    tous les garçons nés
    de vos épousailles
    failles larvées
    le cul sur la table
    et allez !
    Car chez vous, c'est vrai
    dame ! c'est inéluctable
    le flot des années
    n'a rien entamé
    de ce vôtre, vôtre, fier
    plein et entier caractère
    Chez vous, c'est inné
    de vous adonner
    à des plaisirs d'élection
    sans compromissions,
    ni déconfiture
    de la vôtre, vôtre, nature

    tiniak, à Bashung
    © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK