Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

poLésiaques - Page 8

  • tapir comme destin

    (du succès et comment on s'y peut casser l'pif)

    newsmegaphone.JPG

    Ligure et parnassien sur son tapis formel
    - nommons-le Félicien, ce sera plus commode,
    il caressait son chien en se demandant quel
    animal méritoire inspirerait une ode
    à son cœur librettiste.

    "Il m'en faudrait un laid que l'on prenne en souffrance
    mais que de prime abord on jugeât sans douter
    qu'il fût aussi ingrat que passablement niais
    avant l'apothéose de sa délivrance,
    réfléchit l'helléniste."

    De sa bibliothèque, il tira d'un ouvrage
    (au vrai, bien moins ancien qu'on l'eût dit à son dos)
    la gravure espérée de l'odieux personnage
    qui tenait du cochon et de l'éléphanteau,
    - et cela, c'est tout dire !

    Le monstre séduit l'homme, un livret s'ensuivit
    dont naquit un péplum quelques siècles plus tard
    certain compositeur en fit la comédie
    musicale affichée sur les grands boulevards
    - au Lido, à l'Empire...

    Voici comment un monstre disgracieux du pif
    acquit de par le monde un succès populaire
    attachant à son nom de nombreux créatifs
    devenus eux aussi pérennes, planétaires
    plus que jamais son père

    Infirme et miséreux sans pouvoir mesurer
    de son œuvre l'écho, ni toute la portée
    Félicien disparut, tué par un éléphant
    enterré comme un chien dans un grand dénuement
    au pied du château d'If

    L'œuvre subliminale eut un succès tardif
    que ne démentit pas le nombre des années
    forçant comme on le sait vivats, copyrights et
    son tapir galopa joyeusement sur les
    vastes étendues de l'inconscient collectif

     

    angelots2.JPG

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour un
    Impromptu Littéraire - tiki#79.

  • Poche trône

    livre-ouvert.jpg

    Le livre dans ma poche est plus lourd que moi-même
    Je le lis pour moi-même, il est plus lourd encore
    Je le lis pour le dire et il prend un essor
    que j'ai bien peine à suivre
    Parole ! c'est un jet, ce bonhomme de livre...

    Toi, tu as embarqué à son bord
    mais moi, je suis resté là, dehors
    accrochant mon entier à chaque phrase dite
    le souffle ravagé par la moindre virgule
    au rythme soutenu d'un point par crépuscule
    - ça fera bientôt plus d'un mois, dites !
    que cette occupation m'habite
    et de page tournée en page résonnante
    je ne sens pas le livre amorcer sa descente;
    pendant qu'à ton hublot tu comptes les paliers du ciel
    savourant tous les mots qui disent "tu es belle"
    "ah, tu le savais bien" et "cela va sans dire"
    Mais si ! mais justement ! et mon état empire :
    le temps, je ne sais plus ce que c'était avant
    le geste, un paragraphe, une ellipse... la peste !
    la mer, un drap qui vole aux bras des lavandières
    le vent de sa forêt égaille la volière
    et ça piaille !
    (les oiseaux ne savent pas le braille)
    nous avons pris tant de hauteur
    que je ne connais plus ni le nom de l'auteur
    ni le titre du livre en édition de poche
    - je pourrais regretter la boue sous mes galoches
    mais dans ce tourbillon littéraire
    je ne suis pas d'humeur à regagner la terre

    ...alors, je lis
    pour la joie de te boire ivre d'écrits

    Quoi, déjà la dernière page ?
    mais tu sors de ta poche un autre bel ouvrage
    et le tends
    pour que nous repartions d'un tout nouvel élan

     

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • Au compte-tours

    compte_tours.gifMerde, si !
    je l'ai compris
    il y a une vie après la mort
    et ce n'est pas la mienne

    je respire encore
    - faut-y que j'y tienne !

    Poussez pas, derrière !
    j'ai les pieds devant
    et je n'aime tant la rivière
    qu'à fair' des ricochets dedans

    Tiens, voilà main droite
    Tiens, voilà main gauche
    Prête-moi tes yeux, ma benoite
    que je les chevauche

    Je t'en ferai voir
    de ces verdoyures
    ployant au passage du soir
    leurs tendres courbures

    Nous regarderons
    sens dessus dessous
    un ciel dépourvu d'horizon
    J'effeuillerai des liserons
    pour te caresser le genou

    Et puis quoi encore ?!
    Qui frappe si fort ?

    Si c'est vous, madame La Mort
    souffrez que je soye occupé
    à volontiers compter fleurette
    et pas les années !

     

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • berceuses

    BERCEUSE.JPG

    Il y a des berceuses
    qui vous font les yeux doux
    des baisers sur la joue
    et vous laissent, rêveuse
    la nuit qui s'amadoue

    Il y a des histoires

    qui vous disent le temps
    où naquirent les vents
    déchirant au ciel noir
    la cape des géants

    Il y a des caresses

    qui s'emparent du froid
    et du bout de leurs doigts
    n'auront jamais de cesse
    d'en faire un feu de joie

    Et puis, il y a l'absence

    sourde et muette distance
    et le besoin d'aimer
    qui se fait désirer

    Il y a des berceuses

    Il y a des histoires
    Il y a des caresses
    et moi qui veux te voir

    3berceuses.jpg

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • L'Oublieux

    porte-cles.JPGL'Oublieux
    sa porte,
    lui devant qui s'éloigne
    autant
    que son pas l'accompagne
    et l'hier, à demeure
    sur sa porte palière, pleure
    - et ça pleure misère
    tout le vain dénuement
    de son petit quart d'heure en fer blanc

    Postulat admettant
    par défaut le mouvement :

    « lumière vent debout
    lumière vent arrière
    villes... paysages...
    sans garde-barrière sage
    flopée, le tout-venant
    aux visages béants
    qu'autant d'ombres partagent
    sans aucun arrimage au temps
    dont je ne sais plus l'âge et moins le dénouement »

    Nulle trace après l'huis

    Rien à tirer au puits de l'histoire
    ni palette du blanc au noir
    ni l'odeur véhicule
    ni pleurs qui coagulent
    et pas le moindre nom où placer la virgule ;
    exempte de ciment sa forme adjectivale
    ne l'oblige à compter ni en bien ni en mal
    les jalons de sa trajectoire tendue
    hélicoïdale absolue
    dans un bel aujourd'hui fantasque et contigu

    Vient la tentation (salutaire ?)
    des contemplations stationnaires :

    vent debout les microbes, les astres
    et la poussière des cadastres !
    escadrons-les, nos complots lumineux
    pour fondre sans attendre et puis fendre ces yeux
    aux appétits amphigouriques
    d'aspiration cosmogonique
    où pourraient disparaître
    nos précieux alambics
    n'était le bon goût d'hydromel
    de nos crémeux et vastes ciels

    « Hélice, hélas

    comme tout se fracasse
    contre cette invisible passe
    qui me tient droit et dos au mur
    indéfectible devanture
    que seul un charriot
    mû par quatre chevaux
    parvient à franchir chaque soir
    tirant dans son sillage un sombre promenoir »

    Où la contrainte exponentielle
    absorbe le référentiel :

    « Bon vent à vous, les arriérés
    héritages sans intérêts
    si mon sang ne vous albumine
    c'est de craindre que vos rapines
    l'assèchent
    et que s'engouffrent dans la brèche
    les voleurs dans leurs jarres d'huile
    les mousses rongeant la tuile
    et de Poucet les pauvres quignons inutiles »

    La tête faite comme un saule

    épanche sur son épaule
    une frange mouvante aux bras tentaculaires
    s'y attardent - poissons aux destins éphémères,
    des matières vivantes
    des embryons de signes
    qui tiennent compagnie à ses humeurs malignes
    et des vers
    résolvant les énigmes qui dansent dans l'air

    l'Oublieux, bouche ouverte
    et sa plume diserte
    effaçant trait pour trait le monde qu'elle nomme
    tel un maître forain démonte son barnum
    vide son encrier sur une page planche
    - crisse, grincheux archet tes baroques dimanches !
    que noircisse la vierge trame
    et les bris de l'ennui s'écoulant du calame
    recouvrent un semblant d'âme
    sous le saule
    à la tignasse moite
    par-dessus l'épaule, droite

    tiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK