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oubli - Page 2

  • revolver

     

    Green Lemon

    à Laurence Le Masle

    Retourner la question "qui suis-je ?"
    est-ce dire "qui êtes-vous ?,"
    plutôt que "vous m'emmenez où ?"
    À quel ordre tient ce vertige ?

    Evoquer au fond le mirage
    de l'âge et ses présentations
    n'est-ce pas poser la question
    à l'âme de ses apanages ?

    Vouer son cœur à l'Autre Histoire
    quand se languit au fond du lit
    celle qui me voudrait ici
    est-ce trahison, peur ou gloire ?

    Oublier le monde et son cours
    à l'aube mourant sur le fleuve
    peut-il en naître cette épreuve
    à l'expo de Munch, l'autre jour ?

    La bouche de ce revolver
    sur la tempe de mon sourire
    t'embrasse-t-elle pour finir
    à l'angle de nos fastes, chair ?

    Voire, au-delà de l'existence
    la vanité de tout serment
    n'est-ce pas que c'est évident
    la brute vérité du sens ?

    Espérer toujours et encore
    la beauté d'un geste incongru
    rendu à l'amour éperdu
    n'est-ce le lot des météores ?

    Revolver de soixante-six
    genèse de chambardements
    charnel esprit en mouvement
    ne suis-je pas ta catharsis ?

     

    Loloche en plein speed

    tiniak © 2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • La chambre de l'oubli

    Une pièce encombrée de choses disparates
    qu'harmonise de bruns le déclin d'un long soir
    Des cadres s'y renvoient des reflets d'acétate
    dans un plan rigoureux au jeu aléatoire
    où des sujets connus aiment traîner savate
    par les lignes de fuite aiguillant les contours
    et d'autres, plus récents, préfèrent jouer petit
    (aurais-je enfin trouvé dans ta photo jaunie
     la chambre de l'oubli où figer mon parcours ?)

    Angles et arrondis se font des politesses
    pour s'offrir un abyme à mettre en perspective
    avec la porte ouverte à ces délicatesses
    que figurent l'arrêt d'une danse lascive
    l'ivoirin velouté à l'intime souplesse
    le brumeux dégradé d'une fatale errance
    la courbe résignée dans sa pose immuable
    la poussière imitant le grammage du sable
    et le pli d'un cheveu accordant ses brillances

    Le regard éperdu s'amourache d'un rien
    balle folle aux rebonds qu'orchestre le hasard
    pour la chromaturgie de l'empan rétinien
    passe d'une vision à l'autre, puis s'empare
    d'un rayon lumineux, d'une ombre et s'en revient
    prendre plus largement mesure de l'ensemble
    que la vie occupée à ses débordements
    quelque part à l'entour reste un oubli béant
    tant que l'œil à l'affût est à ce qui lui semble

    gaëna da sylva

    (aperçu d'un clic)

    tiniak ©2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    inspiré par une photographie de Gaëna Da Sylva
    "L'exposée..." extraite de sa >CHAMBRE NOIRE<

     

  • raison garder ?

    dingue2.jpg

    C’est bien beau - oui, d’accord,
    de perdre la raison
    mais il faudra encore
    pouvoir la retrouver

    Où la chercher alors
    quand on est dérangé
    au point que l’idée de la mort
    vous arrache des pieds de nez ?

    Au point qu’abscisse et ordonnée
    se confondent en une ligne
    que chevauchent d’obscurs insignes
    en lettrines enchevêtrées

    À ce point même que l’oubli
    est seul en mesure de voir
    de notre histoire les débris
    pêle-mêle au fond de l’armoire

    et que de sourire en grimace
    l’émotion se singe elle-même
    s’offrant un semblant de poème
    dans une bohémienne passe

    Ah, c’est pas le tout de folir…
    L’aura beau dire, quel travail !
    rassembler tout cet attirail
    ça pourrait prendre des années

    - des années, que dis-je ! un long siècle
    avant de fermer pour de bon
    sur la cafetière un couvercle
    où garder sauve la raison

    Pour quel usage ?
    Ça, je vous laisse en dire davantage…

    tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • L'Oublieux

    porte-cles.JPGL'Oublieux
    sa porte,
    lui devant qui s'éloigne
    autant
    que son pas l'accompagne
    et l'hier, à demeure
    sur sa porte palière, pleure
    - et ça pleure misère
    tout le vain dénuement
    de son petit quart d'heure en fer blanc

    Postulat admettant
    par défaut le mouvement :

    « lumière vent debout
    lumière vent arrière
    villes... paysages...
    sans garde-barrière sage
    flopée, le tout-venant
    aux visages béants
    qu'autant d'ombres partagent
    sans aucun arrimage au temps
    dont je ne sais plus l'âge et moins le dénouement »

    Nulle trace après l'huis

    Rien à tirer au puits de l'histoire
    ni palette du blanc au noir
    ni l'odeur véhicule
    ni pleurs qui coagulent
    et pas le moindre nom où placer la virgule ;
    exempte de ciment sa forme adjectivale
    ne l'oblige à compter ni en bien ni en mal
    les jalons de sa trajectoire tendue
    hélicoïdale absolue
    dans un bel aujourd'hui fantasque et contigu

    Vient la tentation (salutaire ?)
    des contemplations stationnaires :

    vent debout les microbes, les astres
    et la poussière des cadastres !
    escadrons-les, nos complots lumineux
    pour fondre sans attendre et puis fendre ces yeux
    aux appétits amphigouriques
    d'aspiration cosmogonique
    où pourraient disparaître
    nos précieux alambics
    n'était le bon goût d'hydromel
    de nos crémeux et vastes ciels

    « Hélice, hélas

    comme tout se fracasse
    contre cette invisible passe
    qui me tient droit et dos au mur
    indéfectible devanture
    que seul un charriot
    mû par quatre chevaux
    parvient à franchir chaque soir
    tirant dans son sillage un sombre promenoir »

    Où la contrainte exponentielle
    absorbe le référentiel :

    « Bon vent à vous, les arriérés
    héritages sans intérêts
    si mon sang ne vous albumine
    c'est de craindre que vos rapines
    l'assèchent
    et que s'engouffrent dans la brèche
    les voleurs dans leurs jarres d'huile
    les mousses rongeant la tuile
    et de Poucet les pauvres quignons inutiles »

    La tête faite comme un saule

    épanche sur son épaule
    une frange mouvante aux bras tentaculaires
    s'y attardent - poissons aux destins éphémères,
    des matières vivantes
    des embryons de signes
    qui tiennent compagnie à ses humeurs malignes
    et des vers
    résolvant les énigmes qui dansent dans l'air

    l'Oublieux, bouche ouverte
    et sa plume diserte
    effaçant trait pour trait le monde qu'elle nomme
    tel un maître forain démonte son barnum
    vide son encrier sur une page planche
    - crisse, grincheux archet tes baroques dimanches !
    que noircisse la vierge trame
    et les bris de l'ennui s'écoulant du calame
    recouvrent un semblant d'âme
    sous le saule
    à la tignasse moite
    par-dessus l'épaule, droite

    tiniak ©2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • ta mise

    J'ai cru te voir
    dans l'entonnoir
    par où passait mon souvenir

    Tu n'étais meilleure ni pire
    mais tu passais quand même
    - enrobée de "je t'aime"
    et perdue pour les réjouissances,
    parmi les pensées en partances
    à travers le tamis
    au filtre de l'oubli

    Que resta-t-il de toi
    dans cet agglomérat
    tassé contre la grille ?

    Quelque rêve de fille ?
    De ta chair parfumée
    un zeste capiteux ?
    Ou ce sourire obscur
    par quoi tu mis fin à notre aventure ?

    Je ne le saurai pas
    ni ne veux en connaître
    ce qui pourrait peut-être
    nous emboîter le pas, de la porte
    où murmurent les amours mortes

    spirale_anim.gif

    tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

    à Véronique Beaufils