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  • Le bal est sur le pont

    A. Renoir

    J'étais encore à frissonner au mieux ma nuit canine
    quelque part entre chien et loup
    le rideau s'est levé d'un coup
    et la pénombre de profonde eut soudain grise mine

    L'aube opéra dans les aigus son timbre d'ouverture
    ça pépiait dur dans les sous-bois
    la terre avait le ventre froid
    le cours du fleuve en mollirait peu à peu les gerçures

    Un théâtre de figurants investit le spectacle
    (on n'en était qu'à l'Acte I
     au début de la scène 1)
    des têtes nues s'acheminaient négocier leur miracle

    Des bras, des roues, d'un vieux la toux, du vent crispant les formes
    vinrent orchestrer sur le pont
    l'ordre d'un bal de promotion
    où se lisaient désabusés les canons de la norme

    À peine, je faisais de l'ombre à cette mise en scène
    droit comme l'est à l'encrier
    le porte-plume en peuplier
    toisant quelques brouillons noircis de rages incertaines

    J'en étais à renoncer à toute action mécanique
    l'argumentaire dévolu
    au détachement résolu
    quand une voix d'enfant précipita ma rhétorique

    " Il a quoi, le monsieur, papa ? Il connaît plus sa route ?
      Il ne peut pas rentrer chez lui ?
      Il s'est perdu pendant la nuit ?
      Tu crois qu'il a besoin que je lui donne mon cass'-croûte ?"

    Je me suis fendu d'un clin d'œil et d'un simple sourire
    adressai un air entendu
    à ce dévouement ingénu
    que deux jambes frêles portaient ailleurs apprendre à lire

     

    Su'l' pont du nord un bal y est donné

    tiniak - Ruades © 2011 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

    illustration d'en-tête : dessin d'Auguste Renoir.

     

  • muletier

    Jonq-Muletier.jpgDepuis que me traîne mes mules
    par les chambres, les antichambres
    et tous les théâtres guerriers
    pas moyen de trouver la paix
    l'horreur fait toujours des émules

    La paix ? c'est une usine à gaz
    aux suavités lacrymogènes
    où l'éternité crie aux gènes
    de lui garder des métastases

    Il en sort des suées nocturnes
    (la stupéfaction des dortoirs
     quand ça hurle au bout du couloir
     chez le surveillant Casse-Burnes !)

    Ça laisse des paquets de linge
    érigés comme des montagnes
    sur le noir brûlis des campagnes
    payées chair et monnaie de singe

    Puis, ça fait des bulles de rien
    qui ruinent les derniers avoirs
    et jettent les humbles espoirs
    sur le fumier des Gens Tant Biens

    La paix ? mais vous voulez ma mort !
    Que croyez-vous que je charrie
    avec, pour seule compagnie
    ces deux mules qui sentent fort...

    Allez clamer vos joies de vivre
    à vos amours neuves ou vaines
    moi, je vais, ma charrette pleine
    (sans pouvoir achever mon livre)

    Pleurez, chantez, la belle affaire
    - tant ! que ça me fait du travail,
    j'irai par les champs de bataille
    domestique ou à ciel ouvert

    Où j'ai vu - pas plus tard qu'hier,
    où j'ai vu les crocs de la terre se fermer
    sur le plus cher trésor et le vilain charnier

    Jeanne_sur_le_muletier.jpg

    Illustration ci-dessus : Adrien de Witte, Jeanne sur le muletier, 1882.

    tiniak - carnÂges © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    pour une 100ème contribution aux Impromptus Littéraires
    pour lesquels je lève ces vers :
    "Je me réjouis d'avoir atteint cette altitude
     preuve que je vous tiens pour plaisante habitude"