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  • Poucet mort

    Gaëna da Sylva, photographe

    N'est-ce pas ? N'est-ce pas... Tu l'as mangé, mon cœur
    poêlé, aller-retour, et aux petits oignons
    Tu l'auras cuisiné sur une noix de beurre
    sobrement épicé, entouré de lardons
    avec, pour agrément, persil, pommes-vapeur
    et, au dernier moment, une pincée de selles

    N'est-ce pas ? N'est-ce pas... Tu me l'as arraché
    tandis que je dormais dans un pli de ton bras
    le songe appesanti sur ton corps parfumé
    assommé de content - peut-être mort, déjà !
    ayant livré aux draps nos fastes crudités
    dans un inénarrable et vorace festin

    N'est-ce pas ? N'est-ce pas que tu m'as accueilli
    au plus fort de la nuit, guidé par ta lueur
    Tu m'ouvris la demeure où n'étais plus celui
    parti chasser, d'instinct, pour ses viles ardeurs
    la chair incompatible, avec tant d'appétit !
    J'étais venu, marri, perdu et affamé...

    N'est-ce pas ? N'est-ce pas que que tu montrais mon but
    puisque j'étais enfant, courant son devenir
    bardé d'une fratrie trop jeune pour la lutte
    et qui me reprochait de ne savoir grandir
    plus haut que les parois qui nous semblaient abruptes
    et ne préfiguraient qu'un terrible abandon

    N'est-ce pas ? N'est-ce pas que je suis dans ton sein
    puisque tu m'as mangé, mon ogresse anonyme
    lumiere_018psyche1.gifJe n'en ai pas souffert; au contraire, il me vient
    à l'idée que c'était, d'impérieux paradigme
    une nécessité d'arriver à ce point
    où l'enfance prend fin, par une autre naît sens

    Les bottes sur le seuil de mon nouvel endroit
    comme un acte de foi, témoigner de ce deuil
    qu'il m'aura fallu faire; et, pour alarme à l’œil
    la science de ces nuits hantées par mes abois
    quand se vidait mon sang vainement sur la terre
    de Lumière et de Vie, aujourd'hui être père

     

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    Illustration d'en-tête : Gaëna da Sylva.

  • fruta prohibida

    J'ai croqué, en chemin, le fruit de la lumière
    Le temps de digérer, je suis né mille fois
    J'ai regardé partout, je n'étais plus chez moi
    Sous mes pas, j'entendais comme gronde la terre

    Je n'étais plus chez moi, j'habitais tout le monde
    Son chaos m'arbitrait, sans faire le ménage
    Je devais balayer, rattrapant mon courage
    astres et météores, des montagnes, des ondes...

    Sinon, comment poursuivre - et, d'ailleurs, aucun but !
    Comment te retrouver, molécule partiale ?
    Le temps se comprimait dans un œuf sidéral
    La distance n'était que le chant d'une flûte

    Le sol se jouait de moi, à gorge déployée
    Son rire m'enivrait comme un nom fraternel
    J'ai cru te retrouver dans une ritournelle
    mon égale agonie, mais je me suis trompé

    Je ne suis qu'empathie, rêverie, chromosome
    unitaire et complet, dans un verbe fragile
    Ce que j'ai su du sort se révèle inutile
    et futile ce nom que me donnaient les hommes

    Je chante avec la pierre et la luminescence
    J'embrasse les pieds nus d'une comète froide
    La peur est, sans objet, une girouette roide
    Le bonheur est un jus où baigne l'inconscience

    Ma main s'est oubliée dans une autre caresse
    Mon sang nourrit un ogre au sourire incertain
    Mon âme est l'invitée d'un affable festin
    Je ne suis plus entier - qu'importe ! Quelle ivresse !

    Un soupir amical me borde la pensée
    T'aurais-je retrouvée, mon ombre nécessaire ?
    Mais, des ombres, j'en ai plus que des millénaires
    Ici, tant de soleils s'ingénient à briller

    Je vais me réveiller, dites, parcelles folles ?
    Je ne vais pas rester dans cet universel !
    Je voudrais retrouver mes matinales selles
    Je veux pouvoir mourir près de toi, mon école !

    J'aurai bientôt fini d'évacuer ma substance
    En ai eu connaissance, et cela me suffit
    Il m'en restera bien quelque chose à l'esprit
    quand j'aurai recouvré, Vie ! mon inconsistance

    Mais ne t'en dirai rien, ma probable douleur
    Tant il est vrai qu'on n'est jamais sur cette terre
    mortelle et sans espoir, qu'un rêve solitaire
    se couvrant du sursis de ta brève chaleur

    Amour,
    dont le mystère entier est à l'œuvre, toujours.

    Fruta prohibida

    tiniak ©2012 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
    voir aussi chez Manuel Álvarez Bravo