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09.05.2008
vous allez où, comme ça ?

mois de mai. torride, moite et pollué, l’été s’était invité au cœur du printemps dans la ville saturée de voitures à l’époque des « ponts » qui font de ce mois un laborieux gruyère. il était bientôt deux heures –midi au soleil ! je cuisais dans ma voiture dont je n’usais de la clim’ que pour les longs trajets et cheminais tant bien que mal dans un trafic marseillais engorgé, facilement irritable et irritant à souhait. vingt à l’heure de rigueur. le moteur ne tarderait pas à donner des signes de surchauffe. pour la nième fois, je tentais de faire lire un CD enregistré à mon lecteur bon marché qui s’y refusait. parvenu à un carrefour dont on ne savait plus dire qui avait la priorité, chacun voulant faire prévaloir la sienne, je vis une jeune femme sortir prestement d’un véhicule, à une trentaine de mètres en avant du mien. elle prenait à rebours le flot de notre file, en sollicitant tour à tour les conducteurs. une stoppeuse, quoi. pour le moins culottée, quand même ! d’agir ainsi en plein périph’ !
elle arriva à ma hauteur et, inclinant son buste copieusement fourni qui emplissait un soutien-gorge satiné, frappa à ma vitre.
la même formule nous vint aux lèvres au même instant :
« - vous allez où, comme ça ? »
un rire amusé nous gagna.
la brune enchaîna avec un fort accent provençal :
« - té, vous auriez pas une blonde ? »
j’en avais une aux lèvres. comme je tendais le bras vers le vide-poche du côté passager, elle fit le tour de ma voiture pour se poster de ce côté. il ne me restais plus qu’à lui ouvrir la portière. elle monta à bord, logeant avec précaution sa forte charpente sur le siège brûlant.
« - ouh, fit-elle, ça chauffe dur, eh ? »
embarrassé, d’abord, je chopai ma veste sur la banquette arrière pour en couvrir le dossier.
« - ‘rci, souffla-t-elle. »
je lui donnai une cigarette. elle sortit un zippo de son petit sac à main.
« - et donc, reprit-elle, vous allez où, comme ça ? »
je le lui dis.
« - eh bé, té ! ça me va… vous prenez l’autoroute ? »
si ça pouvait l’arranger, je voulais bien, lui répondis-je.
« - ah mais, changez rien pour moi, eh ? si vous passez par la route, ça me va aussi, eh ? »
elle ne m’avait toujours pas dit où elle comptait se rendre. ça viendrait, sans doute.
« - ah mais, vous ne mettez pas la clim’ ? »
je lui expliquai pourquoi. elle opina.
« - et la musique ? vous écoutez pas la musique ? »
je lui dis qu’il n’y avait guère d’autre possibilité que d’écouter la radio. que le boîtier CD faisait des siennes. que je n’aimais pas trop les radios locales.
« - qu’est-ce qu’il a votre poste, s’enquit-elle, je peux voir ? »
je la laissai faire. elle défit le poste de son habitacle, le débrancha, bidouilla, sortit un petit couteau suisse, ôta deux ou trois vis, bidouilla derechef, remit le tout en place et dit :
« - essayez voir. »
j’insérai le CD, il se mit en marche. je la remerciai. nous quittions enfin le Vieux-Port.
après trois ou quatre morceaux de ma sélection personnelle, vint un titre de Radiohead.
« - aah bah ça je connais. 'fin, je dis je connais, j’ai déjà entendu ça. c’est quoi ? »
je n’eus pas le temps de répondre qu’elle reprenait.
« - … que vous alors, vous écoutez de la musique qu’on n’entend pas de partout, eh ? j’aime plutôt bien. c’est rock, quoi eh ? mais c’est mélodique, j’aime plutôt bien. c’était pas la musique d’une pub ça ? »
je lui donnai raison.
« - voilà, je savais bien que je l’avais déjà entendue, c’te musique. »
je nous embarquai sur la route côtière. lui demandai si elle voulait que je mette la clim’.
« - môh, ça va, dit-elle. avé les fenêtres ouvertes, ça fait un peu d’air. »
se saississant d’un petit mouchoir de tissu, elle se tamponna le buste. puis elle me dit, tout de go :
« - comment vous la trouvez ma poitrine ? »
je ne pus réprimer un petit rire nerveux, sous l’effet de la surprise.
« - eh bé voilà, c’est bien ce que je me disais : vous n’aimez pas les filles à forte poitrine vous, eh ? »
aussi poliment que possible, et avec force retenue, je l’assurai du contraire, complimentai son allure, lui dis que bien des hommes avait déjà dû faire honneur à ses charmes.
« - eh bé, détrompez-vous, té ! s’exclama-t-elle. des vieux cochons -´ 'fin je dis vieux, c’est façon de parler, eh ? ça j’en ai vu qu’auraient bien voulu. mais moi, je dis pas oui comme ça… je vous choque pas au moinsse ? que voulez-vous, moi, je suis comme ça. il faut que je dise ce qui me vient quand ça me vient. et là,… »
elle allait dire autre chose, mais se ravisa, laissant sa phrase en suspens.
dans cet intervalle, elle reprit son mouchoir pour s’essuyer la gorge.
je m’inquiétai alors de ce qu’elle eût peut-être soif.
« - ah oui, té, bonne idée. on s’arrête ? »
je lui demandai si elle avait une préférence entre un bar ou une simple station service. peu lui importait. je fis halte au premier relais routier qui se présenta en front de mer. nous nous installâmes en terrasse pour prendre quelques rafraîchissements ; anisé pour elle, malté pour moi. nous ne parlions presque pas. puis elle dit :
« - bon, faut que j’y aille. »
comme je l’interrogeais du regard, elle précisa :
« - eh bé, au petit coin, quoi. » elle disparut en m’adressant un clin d’œil presque coquin.
je sirotai mon verre, le finis, attendis un peu avant d’en commander un autre et sans attendre d’être servi à nouveau, me dirigeai vers les toilettes qui n’avaient qu’une porte. des ahans plus qu’explicites filtraient à travers le contreplaqué grossier et couvert de graffitis. je regagnai ma place en terrasse. la brunette m’y rejoignit peu après s’affalant lourdement sur la chaise branlante qui faillit céder, ce qui la fit glousser. nous reprîmes la route quand elle eût finit de boire.
quelques kilomètres plus loin, elle me dit connaître une crique très sympathique et bien ombragée.
« - on y est presque, vous n’êtes pas pressé ? on pourrait bien piquer une tête, eh ? »
en fait, j’avais roulé toute la nuit, depuis l’Espagne. la chaleur de l’après-midi m’engourdissait. un plongeon dans les Calanques fraîches me tentait bien, me ravigoterait sûrement. j’étais encore loin d’être arrivé au terme de ma course.
laissant la voiture en surplomb, nous descendîmes à pied à travers les Calanques jusqu’à un endroit des plus charmants en effet.
je n’avais pas quitté mes chaussettes qu’elle était déjà dans l’eau, barbotant nue, sur le dos. elle chantait – à gorge déployée, si besoin était de le préciser. un truc en italien, je crois. c’est ce qu’il me sembla. après m’être rafraîchi la peau, je plongeai à mon tour, à distance raisonnablement respectueuse escomptais-je. car d’autres tentations me venaient à l’esprit.
elle s’approcha. son rire gargouillait dans l’onde.
« - elle est bonne, eh ? ça fait du bien, mh ? pas vrai ? »
j’acquiesçai en souriant, un peu niaisement.
elle vint coller son torse au mien et me dit :
« - et maintenant, elle vous dit quoi ma poitrine ? »
je me laissai couler jusqu’à ses hanches, puis remontai en longeant son buste de mes mains. elle bascula pour faire la planche en répétant :
« - emmenez-moi. menez-moi. »
un bras passé autour de son ventre, je l’attirais vers l’endroit où nous aurions pied.
elle avait fermé les yeux. ne disait plus rien. je me calai derrière elle en m’agrippant à ses poumons comme s’il se fût agi de quelque bouée de sauvetage. ses fesses sur mon bas ventre m’excitaient. elle le sentit bien. passa ses mains sur mes hanches pour m’ôter mon slip de bain. quand nous fûmes tous deux dénudés l’un contre l’autre, moi toujours derrière elle et le sable sous mes talons, je glissai ma main par-dessous vers son entrejambe et entrepris de la branler doucement.
« - comme ça, oui. comme ça, soupirait-elle. oui. »
elle s’accroupi dans l’eau de sorte que je la pénètre. le contraste de l’eau fraîche et de sa chaleur fut du plus heureux effet. je gonflai en elle, tandis qu’elle entamait un mouvement de piston, souple et vigoureux.
« - et mes seins ? t’en veux pas de mes seins ? couina-t-elle »
si fait, la belle, si fait. j’y vins.
elle retenait ses cris, puis n’y tenant plus déclara :
« - allons plus haut, sur les rochers, au chaud ! »
je me défis d’elle et lui emboîtai le pas vers une roche plate partagée par l’ombre et le franc soleil.
elle s’adossa à leur lisière. sur la pierre encore chaude, l’eau qui ruisselait de son corps s’évaporait.
je pris le pli de ses genoux dans mes mains et plaquai ma bouche sur sa vulve aux poils drus. quand je l’eus bien léchée – et que dans l’intervalle, j’étais revenu à de bonnes dispositions, je la pénétrai de nouveau. bientôt, sans doute un peu incommodée par la pierre rugueuse, elle préféra me présenter sa croupe. je l’empoignai avec ardeur. devançant son appel, lui saisis la poitrine. elle écarta tant les jambes que je dus me mettre à genoux, elle était presque accroupie, prenant appui sur la frange de la pierre plate. mes aïeux, quel rythme ! le ballottement de ses seins les faisait claquer sous ses bras, sur son torse, l’un contre l’autre. mais elle ne perdait pas le nord, quand je fus sur le point d’exploser, elle stoppa net. se dégagea, me fit basculer à plat dos sur le sable chaud et emboucha mon sexe pour en recueillir la jouissance. s’essuyant la bouche d’un revers de main, elle vint me caresser les cuisses, le bas-ventre, le ventre, la poitrine et la face avec ses deux mamelons. elle fit tant et si bien que nous repartîmes pour un second élan, qui, de fougueux, finit lentement.
quand je lui dis qu’il me fallait reprendre la route, elle rétorqua :
« - eh bé, bonne route. moi je reste là... m’en voulez pas ? »
je lui dis que non. ça m’arrangeait même un peu, bien que je me fusse rappelé, peu avant, un petit hôtel pas dégueu… mais bon, non. je pris congé de la brunette, d’elle et de ses généreux poumons.
je gravissais la pente menant vers mon véhicule, mes fringues en vrac à la main, seulement chaussé de mes tennis, quand je vis débouler devant moi une paire réglementaire de gendarmes. ils se regardèrent, interdits. puis, l’un d’eux me lança sur un ton où la sévérité le disputait à la raillerie :
« - et vous allez où, comme ça ? »
norbert tiniak © 2008 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
01:40 Publié dans Juliettes, nouvelles flesh | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : juliette, brune à forte poitrine, l'été sera chaud










Commentaires
les poésies... m'emballent, mais la prose érotique toujours me laisse un goût d'inaccompli... mais ici je dirai belle prose du plus bel effet ! et puis je pense aussi au danger de ce satané (satanas, satanas...) sida... dans l'eau comme ça... sans préservatif, avec une inconnue (oui, je sais c'est d'un terre à terre déplorable). A moins que tout ne fût rêvé... et dans les rêves pas de danger.
Ecrit par : Lucia Mel | 10.05.2008
tsi hi... pas de limite à la fantasmagorie - hormis tout ce qui serait trop vulgaire.
ici, un esprit prédomine, celui des volubilistes... des écrits décomplexés, entre rêve et réalité, de l'érotisme plaisant, jamais dégradant - c'est la règle.
des capotes ? oh, il en traîne quelques-unes dans mes NOUVELLES FLESH...
prendras-tu seulement le risque d'aller plus avant ?
c'est toi qui vois.
mièleusement, tiniak.
Ecrit par : tiniak-au-miel | 10.05.2008
Tiens, quand tu parles de l'esprit volubiliste... Je me suis enfin mise sérieusement à la littérature érotique (tant la lecture que l'écriture), et il est vrai que je trouve mes écrits assez décomplexés...
On devrait monter une maison, tous les deux, pour concurrencer Blanche et la Musardine : les éditions Volubilis, ce serait pas mal, non? Et ce serait le meilleur hommage que nous pourrions lui rendre...
Ecrit par : Storia Giovanna | 13.05.2008
monter une maison ?
euh... j'aurais pas dit ça comme ça, mais pourquoi pas!
plus sérieusement, la question est à creuser, oui...
eh, mécène! on se retroucve sur MSN ?
(suis de retour au logis vendredi soir et WE)
Ecrit par : tiniak@Sto | 15.05.2008
Aurais-je le temps de te contacter sur MSN ce ouikènde (comme dirait Rotor Jambreks)?
-re2tiniak : I am open
Ecrit par : rep@Sto | 15.05.2008
But not me...
Ecrit par : Storia trop over | 16.05.2008
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